‹ Contes bleus (volume 2)Chapitre 25 sur 25 · AU PLUS HARDI ET AU PLUS VAILLANT DES ROIS · texte numérisé non relu

AU PLUS HARDI ET AU PLUS VAILLANT DES ROIS

Cest là que l'armée attendait son général et que la reine fut saluée par la voix majesti<euse de cent canons et de deux cents tambours. Toute éloquence humaine faiblit auprès de celle-là et lui laisse toujours le dernier mol.

Je vous fais grâce du dîner, qui n'en finit pas, et des soixante autres discours qu'on tira de la Gazette de la cour, où ils avaient déjà servi deux ou trois fois, et qu'on y remit en dépôt, à l'usage des générations futures; il n'y a rien de plus monotone que le bonheur, et il faut être indulgent pour ceux qui le chantent officiellement. En pareil cas, le plus habile est celui qui en dit témoins.

Enfin elle s'acheva, cette interminable soirée où le roi avait prodigué ses plus aimables sourires à des gens que du fond de l'âme il envoyait au diable. A minuit, Charmant conduisit la reine non plus à la tour, mais dans la chambre nuptiale. Là une surprise attendait Pazza. Au fond de la pièce il y avait un transparent illuminé, et sur ce transparent on lisait des vers si mauvais, qu'un roi seul en pouvait être l'auteur. Voici ces vers que la Gazette officielle ne publia pas, mais qui nous ont été conservés par un de ces inJis-

tio.

crets qui ne laissaient rien perdre des sottises uassées. Ce sont les chiffonniers de l'histoire.

Gare aux soufflets ! paresseux indociles, Qui vous rouillez dans vostre oysiveté I Gare aux soufflets ! flatteurs, asraes serviles, Qui cachez mal sous des formes civiles Vostre impudence et vostre avidité.

Graves docteurs, fatidiques sibylles, Adroits vendeurs de grands mots inutiles Qui vous moquez de notre lascheté, Gare aux soufflets !

Et vous, maris, cœurs ingrats et mobiles, Qui vous croyez politiques habiles En desdaignant l'amour et la bonté, Si quelque jour vos femmes moins futiles Escoutaient mieux une juste fierté, Gare aux soufflets !

— Sire, dit Pazza, que signifie cette énigme ?

— Cela signifie que je me rends juslice, dit le roi. Je ne suis rien que par toi, ma chèie Pazza ; tout ce que je suis, tout ce que je pense, je te le dois. Quand tu n'es pas là, je ne suis qu'un corps sans âme, et je ne fais que des sottises

— Sire, dit Pazza, votre Majesté me permettra de la démentir.

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— Mon Dieu, reprit le roi, je n'affecte pas une fausse modestie ; je sais bien que je suis la plus forte tête de mon conseil ; mes ministres euxmêmes sont forcés de le reconnaître, ils sont toujours de mon avis; mais avec tout cela, il y a plus de sagesse dans ton petit doigt que dans toute ma royale cervelle- Aussi mon parti est arrêté. Que ma cour, que mon peuple célèbre ma sagesse, ma bonté et même ma vaillance, c'est bien, j'accepte cet hommage. Toi seule a le droit d'en rire, et tune me trahiras pas. Mais, dès aujourd'hui, je t'abandonne ma puissance. Le roi, ma chère Pazza, ne sera que le premier de tes sujets, le ministre fidèle de tes volontés. Tu feras la pièce, je la jouerai; les bravos seront pour moi, suivant l'usage, et je te les revaudrai à force d'amour.

— Mon ami, ne parlez pas ainsi.

— Je sais ce que je dis, reprit le roi avec vivacité; je veux que tu commandes, j'entends que, dans mon empire comme dans une maison, rien ne se fasse que par toi ; je suis le maître, je suis le roi, je le veux, je l'ordonne.

— Sire, dit Pazza, je suis votre femme et votre servante, mon devoir est de vous obéir.

Après quoi, dit la chronique, ils vécurent

longtemps, heureux et contents ; ils s'aimèrent beaucoup et ils eurent beaucoup d'enfants.

Des meilleurs contes c'est la morale, et de toutes les bonnes histoires.

c'est la vra[e fin-

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