‹ Contes bleus (volume 2)Chapitre 7 sur 25 · LE PROFESSEUR GOTTLOB AU PROFESSEUR..., SALUT · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR GOTTLOB AU PROFESSEUR..., SALUT

« Si vous vous portez bien, bonne nouvelle ; moi, je me porte bien. Je désire vivement que vous soyez arrivé en bonne santé dans la Bohême, et que, tranquille enfin, vous vous reposiez à Prague, à l'hôtel de l'Étoile-Bleue. Je regrette beaucoup de ne m'êlre pas trouvé à Heidelberg quand ma présence y eût été si nécessaire; vue chose toutefois me console ■ tous mes confrères m'annoncent que vous reviendrez bientôt en ce séjour des Muses germai. 'qiies. Recevez cependant cette tessera hospitalis, qui, je l'espère, fera plaisir et à vous et à mon ami et disciple Stéphane Strjbrsky. J'attends vos lettres de Prague afin d'avoir, comme dit Cicéron, le compte de vos plaisirs non moins que de \os af-

faires. Vous n'avez pas oublié l'eNcellent mot de Socrale : Entre amis tout est commun. Soignez votre santé, et dites-moi quand vous viendrez à Ileidelberg. Adieu, et une fois encore adieu. »

La tessera hospitalis, que je serrai dans mon portefeuille, était une carte de visite à laquelle le respectable Wolfgang Gottlob avait donné une tournure épigraphique.

A son élève bien-aime

Le docteur Stéphane Sip.jBP.sKr

Kolowrat slrasse 719

Le D' Wolfgang Gottlob. c. i. p. p. o. •

MAGMFIQUE RECTEUR

recommande comme un ami

et un frère

le docteur et professeur L.

de Paris.

Reddes incolumem, precor,

Et serves animse dimidium mex.

Douce hospitalité de l'Allemagne, sainte confrérie de l'étude, qui tant de fois m'avez donné un foyer à l'étranger, je ne puis assez vous bénir l Si les voyages ne m'ont pas rendu sage et vertueux, comme ce prudent Ulysse qui, dès le siège

* Conseiller intime, professeur public oixlinairei

de Troie, avait trouvé l'art de toujours revenir sur l'eau,

Adversis rerum iramersabilis undis,

du moins ils ont élargi l'horizon de ma pensée, ils m'ont agrandi le cœur, ils m'ont appris que de sa main libérale Dieu a semé par toute la terre des merveilles à admirer, des hommes à aimer. Tout égayé de cette bonne lettre, je partis à la découverte de Prague, avec la furie de ces voyageurs novices qui prennent la fatigue pour le plaisir. Murray à la main (c'est la seule autorité infaillible que reconnaissent les Anglais), je courus au vieux pont de la Moldau. Je regardai l'endroit où Jean Népomucène, un grand saint, fut jeté à l'eau, aimant mieux mourir que de livrer à un mari, roi et jaloux, la confession de la reine, sa royale pénitente. De là je montai au Hradschin, j'en interrogeai les souvenirs, je visitai l'église, ses tombeaux, ses reliques, ses trésors. Redescendu en ville, rien n'échappa à ma curiosité. Le Clementinum, le Carolinum, le Muséum, le vieux cimetière des juifs, tout y passa. Enfin, à deux heures, suivant l'usage, je dînai,

non pas à l'hôtel, mais dans l'île Sophie, en plein air, au milieu des eaux et des fleurs, aux sons d'une musique excellente. Pour que rien ne mauquàt aux plaisirs de cette folle journée, je descendis dans la Schutzemnseli>2ûc le pont suspendu, ne voulant point passer au pays du Freischûlz sans toucher une carabine. Là j'appris par expérience que je pouvais partir en guerre, sans jamais craindre de violer le cinquième commandement. A dix pas je manquerais un bataillon, à moins de faire comme le pauvre Max, et de vendre mon âme au diable. C'est un pou trop cher pour un vieux philosophe; je le laisse aux amoureux et aux Césars.

Le soleil baissait à l'horizon, les eaux paisibles de la Moldau s'enflammaient aux derniers rayons du jour, quand, fatigué de n'avoir regardé depuis le matin que des pierres, des vitraux et des peintures, je pensai qu'il serait doux de voir une figure amie. La rue Kolowrat n'était pas loin, j'y courus, et trouvai bientôt le numéro 719. C'était une maison d'apparence modeste, avec une porte basse, surmontée d'un masque de lion Refrappai, point de réponse ; je frappai une seconde fois, j'entendis à l'intérieur une voix d'homme.

— Nanyiika ! criait cette voix, Nanynka, Jiekdo Mepa na divere.

— Bon Dieu ! m'écriai-je, est-ce que je sais le bohème sans l'avoir appî is? Klepa, c'est le klopfen allemand, on frappe ; dwere, c'est thur, c'est la porte. 0 puissance de la linguistique!

— Dobre (jitro,p(me^, me dit brusquement, en ouvrant la porte, une grande fille en jupon vert, en camisole rouge. C'était Nanynka qui, d'un mot, dissipait ma science et mon rêve. Dohre gitro^ pour moi, c'était de l'hébreu.

Je lui demandai en allemand si son maître était au logis; elle se mit à rire aux éclats. Je tirai de mon portefeuille la tessera hospitalis, et j'essayai de lire le nom de mon hôte ; peine perdue, Nanynka riait de plus belle. De désespoir, je lui tendis la carte maudite en criant i

— Sstepan! Sstepan!

Nanynka riait toujours, et si fort, que de colère je me pris à rire à mon tour.

Heureusement la voix intérieure vint à mon secours en appelant Nanynka.

La grande tîUe me fit signe d'entrer, et, pre-

• Bonjour, luonsieur.

nant la carie, elle monta un petit escalier en répétant :

— Niemec, pane, niemec^, deux mots qui ne laissaient pas que de m'intriguer.

Un instant après, Stéphane me serrait la main. Des cheveux blonds rejetés en arrière, des yeux bleus et limpides, le nez et la moustache en l'air, c'était une de ces figures franches et loyales qu'on aime à première vue.

— Que je suis heureux de vous tenir dans ma maison! disait-il; que je suis fâché de ne point parler français ! N'importe, vous parlez allemand, nous pourrons maudire dans leur langue ces abominables Tudesques. Que mon vieux maître a été bon de songer à moi I Entrez, que je vous présente toute ma famille, ma grand'mère et ma sœur.

Au fond d'un parloir sombre, à peine éclairé par un dernier rayon de soleil , était l'aïeule^ tournant son rouet, le rouet de Marguerite; en face d'elle, une jeune fille chantait au piano un air national, qu'elle interrompit au bruit de nos pas.

» Un Allemand, monsieur, un Allemand,

— Chère maman, dit Stéphane, un Français, un ami du professeur Gottlob. Docteur, je vous présente Cathinka, ma sœur.

La connaissance fut bientôt faite, et îious voilà tous quatre assis et causant tranquillement comme de vieux amis.

Quand je dis tranquillement, je ne parle ni des allées et venues de la grande Nanynka, ni des signes mystérieux qu'elle traçait dans l'air, ni des paroles qu'elle murmurait à l'oreille de sa jeune maîtresse, ni des clefs qui résonnaient dans sa main. Dans la langue de l'hospitalité, langue que parlait déjà le vieil Abraham, cela veut dire : « Voilà un hôte. C'est Dieu qui nous l'envoie. Sauvons l'honneur de la maison. »

Pendant ce manège innocent, la conversation allait son train ; mais j'avais beau aborder mille sujets différents, Stéphane, par un invincible penchant, revenait toujours à l'éloge de la Bohême, à des tirades contre les Allemands. 11 appartenait à cette famille d'esprits, si bien nommée par Hazlitt la famille des joueurs d'orgue; gens aimables, du reste, mais qui tournent tou^ jours la même idée et ne chantent jamais qu'uB seul air.

— Donnez-moi la main, disait-il; Slaves et Français sont des frères. Si le sort n'avait pas jeté entre nous ces froids Germains, il y a longtemps que'l'Europe ne ferait plus qu'une patrie. Nous autres Tchèques, si nous avons remplacé les vieux Celtes de la Bohême, nous en avons gardé l'esprit, Il bravoure, l'amour de la liberté. Avezvous vu au Hradschin la Chambre de la Diète, la Landtagstubey et la fenêtre d'où nos pères jetèrent d'une hauteur de quatre-vingts pieds les conseillers de la tyrannie impériale? C'est ce qu'on appelait la coutume bohème ; cette façon de voter avait du bon, quoi qu'on dise. La fenêtre est toujours là, et vous en verrez de non moins célèbres à l'hôtel de ville. Tous nos ennemis politiques ont passé par ce chemin. Nous autres Bohèmes, on nous tue, mais nous ne cédons pas. Nous avons toujours dans les veines le sang de Népomucène, de Huss et deZiska.

A l'étranger, je n'aime guère à parler politique; il me semble que l'hospitalité impose une grande réserve; j'essayai d'amener Stéphane en France. Je ne pouvais plus mal tomber.-

— Autrefois, dit-il, nos pères ont combattu ensemble. A la bataille deCrécy, ce vieux roi aveu-

gle, qui se fait attacher entre ses deux écuyers, fond sur l'Anglais et meurt en héros, c'est un Bohême, c'est notre roi Jean de Luxembourg. Je suis sûr qu'en France, au pays des braves, on ne l'a pas oublié. Qui sait si l'alliance ne se renouera pas un jour, et non pas contre les Anglais?

C'était le moment de tenter une diversion. Je lui parlai de la langue tchèque ou bohème, de la parenté de tous les idiomes indo-européens ; la grammaire aryenne me semblait un terrain neutre à l'abri de la discorde. N'étant philologues ni l'un ni l'autre, nous n'avions aucune raison de nous prendre aux cheveux. Je me trompais. A peiîie le sujet était-il effleuré, que Sephane se mettant à rire :

— Tenez, dit-il, ceci me rappelle une bonne histoire de l'empereur Sigismond, qui, au travers de ses vices et de ses faiblesses, avait gardé l'esprit national. Au concile de Constance, il commença une belle harangue en latin impérial : « Vidtte, patres^ dit-il aux Pères du Concile, ut « eradicetis sckismam Hussitarum. » Sur quoi, un moine de notre pays, hardi et franc comme un Bohème, se leva et lui dit : « Serenissimi. rex,

« schisma est generts neutri. — Et comment !e « sais-tu? dit Sigismond revenant à la langue de « son pays. — C'est Alexandre Gallus qui l'en- « seigne, répondit le moine, — Et qui est cet « Alexandre Gallus? — C'était un moine, dit no- « tre pédant tondu. — Voilà un plaisant pataud, « s'écria Sigismond. Moi je suis l'empereur de « Rome; ma parole, je crois, vaut bien celle d'un « moine. » Et le Concile de rire en attendant qu'il brûlât notre martyr. N'est-ce pas là de l'esprit français ?

— Tout à fait; mais parlez-moi de votre littérature; on dit que Schaffarik et Palacky ont réveillé chez vous la tradition et ranimé le senliment national.

— Ce ne sont pas les seuls, reprit Stéphane; j'espère que nous remettrons bientôt en vigueur la fameuse loi de Mathias, qui chassait du pays comme un traître quiconque ne parlait pas bohème, et lui confisquait tous ses biens.

— C'est pousser un peu loin l'amour de la philologie,

— Songez donc, reprit-il, que nous avons une langue et une littérature admirai)les. Fils de l'Orient, nous en avons apporté avec nous les tré-

sors. Légendes, contes, poésies, c'est là notre domaine, comme la musique. Les Allemands ne font que nous piller.

— Vous avez des contes?

— Demandez à grand'mère, elle vous en dira jusqu'à demain. Et nous les avons recueillis ; Kulda, Maly, Daxner, Madame Niemec, les ont publiés, Wenzig les a traduits en allemand ^; je vous prêterai son livre quand vous voudrez.

— J'aimerais mieux vous entendre. Un conte, dans un livre, c'est une fleur séchée; récité, c'est la fleur sur pied, avec toute sa grâce et sa fraîcheur.

— Eh bien! mon hôte, je lâcherai de vous plaire ; grand'mère et Cathinka en feront autant de leur côté, et quand vous serez de retour en France, vous réciterez aux Français les contes des Bohèmes, leurs amis.

Je commence par un conte d'étudiant; il a pour titre : Es-tu content? ou l'Histoire des nez.

* Westslawischer Mœrchenschatz. Deutsch bearbeitet Ton ). Wenzig C'est un charmant recueil.

ES-TU CONTENT? OU l'hISTOIRE DES NEZ,

A Dewitz, aux environs de Prague, il y avait une fois un fermier, riche et bizarre, qui avait une jolie fille à marier. Les étudiants de Prague (en ce lemps-là il y en avait vingt-cinq mille) allaient souvent du côté de Dewitz, et il en est plus d'un qui eût volontiers conduit la charrue pour devenir le gendre du fermier. Mais comment faire? La première condition que le rusé paysan imposait à chaque nouveau valet était celle-ci : « Je t'engage pour un an, c'est-à-dire jusqu'à ce que le coucou chante le retour du printemps, si d'ici là tu me dis une seule fois que lu n'es pas content, je te coupe le bout du nez. Du reste, ajoutait-il en riant, je te donne le même droit sur ma personne. » Et il faisait comme il avait dit. Prague était rempli d'étudiants auxquels on avait recollé le bout du nez, ce qui n'empêchait pas la cicatrice et encore moins les mau-

vaises plaisanteries. Revenir de Dewitz défiguré el ridicule, c'était de quoi refroidir la passion.

Un certain Corandn, assez lourd de sa personne, mais froid, fin et rusé, ce qui n'est pas un mauvais moyen de faire fortune, voulut tenter l'aventure. Le fermier l'accueillit avec sa bonhomie ordinaire, et, le marché conclu, l'envoya aux champs labourer. A l'heure du déjeuner, on appela les autres valets, mais on eut soin d'oublier notre homme ; à dîner, on fit de même. Coranda ne se troubla point, revint au logis, et tandis que la fermière portait du grain aux poules, il décrocha dans la cuisine un énorme jambon, prit un grand pain dans la huche, et s'en alla aux champs dîner et faire un somme.

Lorsqu'il revint le soir :

— Es-tu content? lui cria le fermier.

— Très-content, répondit Coranda ; j'ai mieux dîné que vous.

Voici la fermière qui accourt en criant au voleur; et notre homme de rire. Le fermier pâlit.

— Vous n'êtes pas content? dit Coranda.

— Un jambon n'est qu'un jambon, reprit le maître. Je ne me trouble pas pour si peu.

Mais depuis lors on eut soin de ne pas laisser à jeun notre étudiant.

Vint le dimanche. Le fermier et sa femme montèrent en char pour se rendre à l'église, et dirent au prétendu valet :

— Tu soigneras le dîner; tu mellras dans la marmite ce morceau de viande, et lu y joindras oignons, carottes, ciboules et persil.

— Bien, dit Coranda.

Il y avait à la ferme un petit chien mignon qui se nommait Persil. Coranda le tue, le dépouille et le fait bouillir proprement dans le pot-au-feu. Quand la fermière revint, elle appela son favori ; hélas I elle ne trouva qu'une peau sanglante pepdue à la fenêlre.

— Qu'as-tu fait? dit-elle à Coranda.

— Ce que vous m'avez commandé, maîtresse: j'ai mis oignons, carottes, ciboules et Persil dans la marmite.

— Méchant sot! cria le fermier, tu as eu le cœur de tuer cette innocente créature, qui faisait la joie de la maison?

— Vous n'êtes pas content, dit Coranda en li' rant son couteau de sa poche.

CONTES BOHÈMES. I5l

— Je ne dis pas cela, reprit le bonhomme. Un chien mort n'est qu'un chien mort.

Et il soupira.

Quelques jours plus tard, le fermier et sa femme allèrent au marché. Comme ils se méfiaient de leur terrible \a1et, ils lui dirent :

— Tu resteras au logis, tu ne te permettras rien de ton chef, tu feras exactement ce que feront les autres.

— Bien, dit Coranda.

Il y avait dans la cour un vieil appentis dont le toit menaçait ruine. Vinrent les maçons pour le réparer; suivant l'usage, ils commencèrent par le démolir. Voilà mon Coranda qui prend une échelle et monte sur le toit de la maison, qui était tout neuf. Bardeaux, lattes, clous, crampons il arrache tout et en disperse au vent les débris. Quand le fermier revint, la maison était à jour.

— Drôle, s'écria-t-il, quel nouveau tour m'as-tu joué ?

— Je vous ai obéi, maître, reprit Coranda ; vous m'avez dit de faire ce que feraient les autres. Est-ce que vous n'êtes pas content?

Et il tira son couteau.

— Content, dit le fermier, content; pourquoi

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serai-je mécontent? Quelques lattes de plus ou de moins ne me ruineront pas.

Et il soupira.

Le soir venu, le fermier et sa femme se dirent qu'il était grand temps d'en finir avec ce diable incarné. Comme c'étaient des gens sensés, ils ne faisaient jamais rien sans consulter leur fille, l'usage étant en Bohême que les enfants aient toujours plus d'esprit que les parents.

— Père, dit Hélène, je me cacherai de bon matin dans le grand poirier, et je ferai le coucou; tu dirasà Coranda que l'année est passée, puisque le coucou chante; tu le payeras et tu le renverras.

Chose dite, chose faite. Dès le malin, on entend dans la campagne le cri plaintif de l'oiseau du printemps : Cou-cou^ cou-cou.

Qui parut surpris? ce fut le fermier.

— Or çà, mon garçon, dit-il à Coranda; voici la saison nouvelle; le coucou chante sur le poirier là-bas : viens que je te paye et séparons-nous bons amis.

— Un coucou, dit Coranda, je n'ai jamais vu ce bel oiseau.

Il court à l'arbre et le secoue à tour de bras.

On entend un cri, et voilà que de l'arbre tombe une jeune fille, Dieu merci avec plus de peur que de mal.

— Scélérat ! criait le fermier.

— Vous n'êtes pas content? dit Goranda en tirant son couteau.

— Misérable ! lu me tues ma fille et tu veux encore que je sois content: je suis fou de colère; va-t'en, si tu ne veux périr de ma main.

Je partirai quand je vous aurai coupé le nez, dit Coranda. J'ai tenu ma parole, tenez la vôtre.

— Holà I dit le fermier en mettant la main devant son visage, lu me laisseras bien racheter mon nez?

— Soit, dit Coranda.

— Veux-tu dix moutons ?

— Non.

— Deux bœufs?

— Non.

— Dix vaches ?

— Non, j'aime mieux vous couper le nez.

— Et il aiguisa son couteau sur le seuil de 1j maison.

— Père, dit Hélène, j'ai fait la faute, je la rc-

parerai. Coranda, voulez-vous ma main au lieu du nez de mon père.

— Oui, dit Coranda.

— J'y mets une condition, dit la jeune fille; je prends pour ma part la suile du marché. Le premier de nous qui ne sera pas content en ménage, on lui coupera le nez.

— Bien, dit Coranda, j'aimerais mieux que ce fût la langue, mais après le nez on y viendra.

Jamais il n'y eut plus belle noce à Dewitz, et jamais on ne vit plus heureux ménage. Coranda et la belle Hélène furent des époux accompli-^. Jamais on n'entendit se plaindre ni le mari ni la femme; ils s'aimèrent à couteaux tirés,'et, grâce à leur ingénieux contrat, ils gardèrent pendant une longue union et leur amour et leur nez.

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