‹ Contes canadiens [microforme]Chapitre 7 sur 7 · If · texte numérisé non relu

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LA VOIX DU PEUPi.^.

des opinions. Je voudrais

Ou dit que la lumière jaillit ilu (les opinions.

L'hoc

seulement voir Vétincelle qui s'échappe de la lecture de pareilles tirades.

Il y a quarante ans, les élections se passaient souvent d'une façon plus pittoresque et aussi plus dangereuse que de nos jours. Bon nombre d'électeurs cherchaient à arriver à l'unanimité d'opinions en se lançant des pierres et en échangeant des coups de manche de hache. Il n'était pas rare de ramasser sur le terrain les cadavres d'électeurs trop attachés à leur opinion, après une de ces rencontres électorales. Si l'éclair de la vérité était étrangère à ces chocs, il y avait des individus (|ui, grâce aux coups de bâton, voyaient trente-six chandelles.

Ces façons de manifester son opinion sont passées de mode chez le peuple avec la diminution de la foi politique; l'éloquence et l'argent sont aujourd'hui les leviers qui soulèvent l'électeur.

L'art d'arriver à saisir l'esprit du i-cuple est fort difficile et demande un long exercice. Un bon nombre des nôtres y excellent. Pour être un orateur populaire à succès, il faut avoir une faconde intarissable et une présence d'esprit qui ne faiblit jamais. Gare au malheureux candidat qui hésite; il est perdu. Il vaut mieux dire une bêtise que de ne rien dire du tout. Témoin l'aventure arrivée à un brave notaire, candidat

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. Il y avait des Individus qui, grâce aux ronps do bâton, voyaient trente-six chandelles

aux élections de 1863. Il avait pour adversaire un démagogue de la plus belle venue. Le jour de la nomina-

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tion nos deux candidats paraissent ensemble sur le husting. Le notaire prend d'abord la parole. C'est un homme à l'air respectable; sa voix est solennelle comme son air et il a le geste bénisseur. Au milieu de sa harangue, son chenapan d'adversaire l'interrompt pour lui poser cette question: "M. un tel, qui posez pour l'homme impeccable, où étiez- vous le soir du 24 novembre 1859 ?"

Le questionneur n'en savait rien, pas plus que le notaire, qui aurait du répondre n'importe quoi, même: **Cela ne vous regarde pas" ; mais notre homme hésite,

rougit et bafouille, se demandant s'il ne lui serait pas arrivé de faire une escapade ce soir-là. Ce n'était pas le temps d'un examen de conscience.

Alors les malins parmi la foule de s'écrier: "Il répondra, il ne répondra pas." Le notaire désarçonné ne sut que dire et se retira au milieu des huées. Le soir il rentra sa candidature et plus jamais la fantaisie d'affronter un auditoire populaire ne lui vint.

Il n'avait pas la présence d'esprit de ce candidat célèbre entre tous qui dans une réunion se voyant ennuyé par un électeur occupé à tirer les oreilles d'un veau, dans le but de faire crier l'animal — fâcheuse

Un (^let-teiir occuijé à tirer les oreilles d'un veau.

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concurrence à notre ami — s'écrie aux applaudi ssements'de la foule: "Dites donc, vous, l'honimc là-bas, faites donc taire votre petit garçon."

Il y a des politiqueurs à gage qui sont parfois durs aux orateurs dont l'opinion ne leur convient pas, surtout s'ils croient faire plaisir aux candidats ([ui les emploient. Pour ces individus maltraiter un beau parleur qui s'époumone au profit d'une cause quelconciue, est une affaire des plus naturelles.

Un jour un digne citoyen, aujourd'hui juiy. d'une de nos Cours, adressait la parole au public du comté de S Il débute par force compliments pour conquérir les bonnes grâces de son monde, puis il entre dans le vif de la question et l'on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il n'est pas de la religion du pays, comme le lui prouve cette question qu'il entend un de ses voisins espèce de fier-à-bras, poser au candidat de la partie adverse : ''Ecoute donc, c'est-y le temps de le descendre?" Il paraît que cette interpellation coupa court à l'éloquence du futur juge.

Un des moyens de persuasion que certains électeurs aiment le plus, c'est celui qui se présente sous la forme d'un bon billet de banque. Depuis longtemps la vivacité des opinions politiques s'est émoussée à l'usage. Il y a nombre d'électeurs qui préfèrent l'argent à l'argument le plus subtil et le plus éloquemment offert. Il leur arrive souvent d poser l'ultimatum : pas d'argent, pas de suisse, pas de majorité; avec des mots détournés de leur signification, ils arrivent à se faire comprendre. Au temps oti je m'occupais d'élections, étant le directeur électoral de 36 comtés, un individu

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vint me trouver à mon bureau. A ma question comment allaient les choses dans son comte, i\^^^ f P^^^i^^^ "Ca va très bien et je crois que nous allons gagner, mais ça manque d'organisation." Je fus un peu interloqué sur le sens du mot organisation, parce que je ne comprenais pas comment les choses pouvaient bien aller sans cela. C'est alors que mon homme me fi. le eestt du portefeuille vide, et je saisis son idée, a laquelle je n'étais pas cependant en état de correspondre.

A venir jusqu'à 1846, la lutte électora e durait longtemps, dans le Bas-Canada. La première loi concernant la matière décrétait que la votation irait jusqua trois jours dans les petits comtes et six dans les grands^ On prétend qu'elle pouvait se prolonger beaucoup plus lon^ernps. Garneau dit que l'élection de Tracey contre Bagg, en 1832, a duré trois semaines La régie était que tant qu'il ne s'écoulait pas plus d'une heure entré l'enregistrement de deux votes l'élection ne finissait pas. Il n'yavait qu'un bureau de votation pour tout le comté. De là de grands rassemblements et des rixes. C'est de cette façon que lord Sydenham fit battre La Fontaine à Terrebonne. Le bureau de votation avait été fixé à New-Glasgow, centre écossais ou les électeurs canadiens ne pouvaient approcher sans se faire assommer. ,

La lutte électorale fait naître toute espèce d expre^- ^ • .ns et de mots. Il y en a une dont je ne puis deviner i'origine, quoique sa signification soit bien connue; c'est le mot "télégraphe". Quels rapports y a-t-il entre l'individu qui vote frauduleusement sous le nom d'un autre, et la machine à transmettre les dépêches?

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Un mot plus facile à comprendre, c'est l'expression : YlcsTgcll employée pour désigner le cabaleur la veille tout feu et flammes et aujourd'hui tout refroidi. Il y a un remède à ce rnal, c'est la braise, c'est-à-dire l'argent. Rien de pareil a l'éclat réchauffant des piè- ces d'or pour chasser le /\^

froid. (t

De nos jours dans certains pays" les luttes électorales deviennent de plus en plus compliquées. Toute espèce d'influences entrent en jeu pour dérouter et dominer le peuple expo- ^ se à force appels à ses convoitises, à ses appétits, à

ses préjugés. C'est la re- ^^^^^^^ ^^^^^^ ^^^^^^ ^„ ^g^impugnance à affronter les . ^^f^,.rnpni-

lutfes qui se font dans ces condi ions qui Retournent tant de gens respectables de la vie publique. Raison de plus pour tenir compte de leurs sacrifices aux esprits élelés, dédaigneux de l'insulte qm y [estent

Aux Etats-Unis, un homme qui b^^g^^J^^^^i^^'^^ ees populaires peut s'attendre a tout. On fouille sa f k prTvée et gare à lui si on peut ^ terrer jd^^^^^^^ aventures scabreuses dans son passe. <^^^y^^^^^ ^^ Blaine en firent l'expérience lors de leur lutte pour la présidence. En f urelant dans les chroniques l^^^^^^^^ avait découvert que Blaine avait eu une femme dont

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le nom n'apparaissait pas aux registres de l'état civil. Donc ...

Cleveland, lui, à la même élection, fut accusé d'être le père d'un enfant dont la mère n'était pas connue. Conmie l'on sait, aux Etats-Unis, les politiciens organisent d'immenses processions dans les grandes villes, processions où l'on chante des couplets plus ou moins spirituels. Or, à cette élection-là les démocrates ennemis de Blaine, chantaient dans les rues, faisant allusion à sa femme mal mariée :

''Blaine, Blaine, marry her again !"

A cela les amis de Blaine répliquaient, en parlant de Cleveland:

'Ta, Pa, where is Ma ?"

Vous comprenez l'effet de ces insanités clamées par de? milliers d'hommes. Personne ne pouvait ignorer la tache vraie ou imaginaire qui souillait la vie de ces deux hommes.

Drôle de tactique qui commence par salir les candidats dont l'un doit le lendemain représenter toute la nation.

Malgré toutes les conditions, toutes les misères, toutes les turpitudes brassées dans la marmite électorale, quelques vérités arrivent à se faire jour, et ' est étonnant après tout et malgré tout, que le monr ne soit pas plus mal gouverné. La voix du peuple tout . contrariée qu'elle est, pousse toujours au sommet un bon nombre d'hommes de valeur et des grandes individualités qui s'imposent en dépit de toutes les séductions électorales hostiles, et c'est ce qui rend possible le gouvernement basé sur le suffrage populaire.

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