‹ Contes de Charles Pinot DuclosChapitre 5 sur 8 · EPITRE AU PUBLIC · texte numérisé non relu

EPITRE AU PUBLIC

UN Auteur instruit de ses devoirs doit vous rendre compte de son travail : je vais donc y satisfaire. Excité par l' exemple, encouragé par les succès dont je suis depuis longtemps témoin jaloux^ mon dessein a été de faire une sottise. Je n'étois embarrassé que sur le choix. Politique, morale, littérature, tout étoit de mon ressort, pour parvenir au but que je me proposois : mais ce qu'il y a d'admirable, c^est que j'ai trouvé toutes les matières épuisées par des gens qui semblaient avoir travaillé avec les mêmes vues que les miennes. Je trouvois des sottises en tout genre, et je me suis vu presque dans la nécessité d'embrasser le raisonnable pour être singulier; de sorte que je ne désespère pas qu'on ne parvienne à trouver la vérité, à force d avoir épuisé les erreurs.

J'avois d'abord eu dessein de faire un morceau contre l'Erudition.^ pour me donner l'air d'un génie

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libre, indépendant^ fécond par lui-même, et qui ne veut rien devoir aux secours étrangers ; mais j'ai remarqué que c'était un lieu commun trop usé^ inventé par la paresse^ adopté par l'ignorance^ et qui n'ajoute rien à l'esprit.

La Géométrie, qui a succédé à l'Erudition, commence à passer de mode. On sait à présent qu'on peut être aussi sot en résolvant un problème qu'en restituant un passage. Tout est compatible avec l'esprit, et rien ne le donne.

Pour le bel esprit, si envié, si décrié, et si recherché, il est presque aussi ridicule d'y prétendre que difficile d'y atteindre.

On méprise l'érudit, le géomètre ennuie, le bel esprit est sifflé; comment faire?

J'étais tout occupé de ces réjiexions et de mon projet, lorsque le hasard a fait tomber entre mes mains un recueil d'estampes, qui, sans doute, ont dû être faites pour quelque Histoire fort ancienne, du moins je n'en cannois point de moderne à laquelle elles pussent convenir; j'ai extrêmement regretté un si rare morceau; mais comme il n'y a pas d apparence de le retrouver, j'ai tâché d'examiner sur les estampes quel en pouvait être le sujet, et d'en deviner l'histoire, qui sera peut-être aussi vraie que bien d'autres. Cependant, comme je pourrais bien n'avoir pas deviné juste.

Acajou ec Zirphile. 183

je ne donnerai ceci que pour un conte ^. Je ne sais, mon cher Public, si vous approuvei mon dessein ; cependant il m'a paru assej ridicule pour mériter votre suffrage; car. à vous parler en ami. vous ne réunissej tous les âges que pour en avoir tous les travers. Vous êtes enfant pour courir après la bagatelle; jeune., les passions vous gouvernent ; dans un âge plus mûr. vous vous croyej plus sage, parce que votre folie devient triste, et vous nêtes vieux que pour radoter ; vous parlei sans penser; vous agisseï sans dessein, et vous croyei juger parce que vous prononçai.

Je vous respecte beaucoup, je vous estime très peu ; vous n'êtes pas digne qu'on vous aune ; voilà mes sentiments à votre égard : si vous en exige\ d'autres. je suis votre très humble et très obéissant serviteur.

I. Mes estampes ont été faites originairement pour un conte qui a été imprimé, et dont il n'a jamais été tiré que deux exemplaires. On a essayé de faire un autre conte sur les estampes seules : c'est celui qu'on va lire, et qui peut bien se passer de ces estampes qui sont in-^".

ACAJOU ET ZIRPHILE

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