LE COEUR MANGÉ
punir, tout à l'heure je te plumerai, je te ferai cuire tout vif.
— Adieu, belle. Attendez-moi, le soir de la Saint-Luc, sur le seuil de votre maison.
Le soir de la Saint-Luc, la belle attendait sur le seuil de sa maison.
— Mère, mère, mon galant ne revient pas.
— A table, ma fille. Ton galant arrivera pendant le souper.
Après souper, la belle attendait sur le seuil de sa maison.
— Mère, mère, mon galant ne revient pas.
— Au lit, ma fille. Ton galant arrivera demain matin.
La belle alla se coucher. — Mais à minuit, elle se leva doucement, bien doucement, et attendit sur le seuil de sa maison.
— Bonsoir, belle. Le Roi des Aigles est plus fort que moi. Cherchez qui vous le donne, qui vous le donne prisonnier dans une cage de fer.
— Galant, quel est ce trou rouge à ta poitrine ?
— Belle, c'est la place de mon cœur. Le Roi des Aigles l'a mangé. — Nous n'épouserons jamais, jamais.
Et le galant s'en alla dans la nuit noire. — Le lendemain, la belle se rendit religieuse dans un couvent de Carmélites, et porta le voile noir jusqu'à la mort.