‹ Contes de la familleChapitre 22 sur 31 · LE PAYSAN ET LE DIABLE · texte numérisé non relu

LE PAYSAN ET LE DIABLE

champ et coupa au pied les tiges des épis, si bien que lorsque le diable arriva à son tour, il ne trouva plus que les pointes de la paille et les racines. Dans sa rage et sa confusion, il alla se cacher au fond d'un abhne.

— C'est ainsi qu'il faut berner les renards, dit le paysan, en allant ramasser son trésor.

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XXVÏ

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\jn pauvre h(fnme avait douze enfans, et devait » travailler jlir et nuit pour leur procurer du pain, n devint père pour la tseizième fois, et ne sachant plus où donner de la tête, il se mit à courir sur la grande route, dans Fintention de prier la première personne qu'il rencontrerait de vouloir bien être le parrain du nouveau-né. Le premier qui s'offrit à lui fut le bon Dieu, qui connaissait déjà la pensée du pauvre honune, ei qui lui dit :

— Mon ami, ton sort m'intéresse, je veux tenir ton enfant sur les fonts de baptême et me charger de son bonheur sur la terre.

— Qui es-tu? demanda le pauvre homme.

— Je suis le bon Dieu. '

— En ce cas, ce n'est pas vous qui serez le parrain

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de mon 6Js : tous donnez au riche, et laissez le pauvre mourir dé faim.

Le malheureux père tenait ce discours insensé , parce qu'il ne savait p^ avec quelle saffesse Dieu répartit la richesse et la misère. Il laissa donc là le Seigneur, et poursuivit son chemin. Un peu plus loin, le diable s'offrit à lui, et lui dit :

— Que cherches-tu? Veux-tu me prendre pour parrain de ton enfant? Je le comblerai d'or, et le pourvoirai de toutes les joies de ce monde.

— Qui es-tu? demanda le pauvre homme.

— Je suis le diable.

— En ce cas, tu ne seras pas parrain de mon fils : tu trompes les hommes, et les détournes de la bonne voie. ^

Cela dit, il continua sa route et la Mort aux jambes grêles se présenta à son tour.

— Prends-moi pour ^parrain (*), lui dit-elle

— Qui es- tu? demanda le pauvre homme. .

— Je suis la Mort qui nivelle tout.

— Tu es bien Je parrain qu'il me faut : tu prends également le riche et ïe pauvre.

— Je rendrai ton fils riche et célèbre, reprit la Mort ; car celui qui peut me compter au nombre de ses amis, ne saurait manquer de rien.

(*) Dans la langue allemande, le mot mort est du genre * masculin. C'est pourquoi la mort devient ici parrain et non marraine.

— C'est dimanche prochain qu'aura lieu le baptême ; aie soin d'arriver à temps.

La Mort fiit exacte au rendez-vous, et remplit tous les devoirs d'un bonÇarrain.

Lorsque l'enfant fut devenu grand, la Mort se présenta à lui un beau matin et lui dit de la suivre. Elle le conduisit dans une forêt, lui montra une plante qui croissait à l'écart' et lui dit :

— Le moment est venu où je veux te faire mon cadeau de parrain. Tu deviendras un médecin célèbre : chaque fois que tu seras appelé au chevet d'un malade , je me présenterai à toi : si alors tu me vois prendre place à la tête du malade, annonce hardiment que tu vas lui rendre la santé, puis fais-lui prendre un peu de cette herbe, et il guérira. Si, au contraire, tu me vois me tenir à ses pieds, dis-toi qu'il m'appartient, et déclare que tous les remèdes seraient inutiles, que nul médecin au monde ne saurait le sauver. Mais observe bien ce que jeté dis : garde-toi de faire usage de l'herbe contre ma volonté ; tu ne tarderais pas à t'en repentir.

Peu de temps après, notre jeime homme était devenu le médecin le plu& fameux du monde entier.

— n n'a^qu'à regarder un malade, disait-on, et il sait aussitôt où il en est , s'il peut être rendu à la santé ou s'il doit mourir.

On le consultait de partout; on. venait le chercher en voiture, et on lui donnait tant d'or qu'il ne tarda pas à être immensément riche. Dans l'intervalle, il arriva

que le roi tomba dangereusement malade. On appela le médecin qui dut déclarer si la guérison était possible. Lorsqu'il approcha du lit, il vit la Mort aux pieds du malade, ce qui lui annonçait clairement qu'il ne devait point faire usage de Therbe magique. Cependant ridée vint au médecin qu'il pourrait peut-être tromper la Mort, et il surmonta la crainte de Tirriter en se disant qu'en sa qualité de parrain elle lui pardonnerait sans doute de méconnaître upe fois sa volonté.

Dans cette pensée, il prit le malade dans ses deux bras, et le retourna dans le lit, de manière que les pieds occupèrent la place de la tête. Cela fait, il lui fit avaler un peu de son herbe ; le roi reprit connaissance et recouvra la santé.

Cependant la Mort s'approcha du médecin , le regarda d'un air sombre, le menaça du doigt, et lui dit :

— Je te pardonne pour cette fois, parce que tu es mon filleul, mais s'il t'arrive encore de me tromper ^ pour le coup, ce sera toi-même qui devras me suivre.

Peu de temps après, la fille unique du roi fut atteinte à son tour d'une maladie fort grave. Le vieux roi passa les jours et les nuits à pleurer, au point qu'il en perdit la vue. Il fit annoncer que celui qui arracherait sa fille à la mort, recevrait sa main et deviendrait son héritier.

Or le célèbre médecin ne manqua pas de se présenter, et quand il approcha du lit de la princesse, il aperçut la Mort à ses pieds. Il aurait dû se souvenir de la nœnace que lui avait faite son parrain ; mais la beauté

incompaiable de la princesse Féblouit tellement qu'A oublia tout. La Mort eut beau tourner vers lui des yeux irrités et le menacer du poing, il changea la position de la malade et lui fit prendre un peu de son herbe, si bien que la vie se ranima dans ce corps épuisé.

La Mort qui se voyait ainsi privée de son bien pour la seconde fois, s'avança vers le médecin et lui dit :

— Maintenant ton tour est venu 1

A ces mots, elle Tétreignit vivement de samain glacée, et Fentraîna dans une caverne souterraine.

Là brûlaient des milliers de bougies dont les rangées s'allongeaient à l'infini :de ces bougies les unes étaient grandes, les autres moyennes, les autres petites. Chaque instant en faisait éteindre quelques-unes ; d'autres, au contraire, s'allumaient tout à coup, de sorte que les petites flammes pi^oduisaient un jeu bizarre d'ombres et de clartés successives.

— Tu vois ici, dit la Mort, les lumières qui correspondent à la vie des hommes; les grandes bougies appartiennent aux enfans, les moyennes aux hommes mûrs, et les petites aux vieillards : il y a pourtant des enfans et des jeunes gens qui n'ont qu'une petite bougie.

Le médecin pria la Mort de lui montrer aussi sa lumière. La Mort lui indiquant du doigt un petit bout qui menaçait à chaque instant de s'éteindre :

— La voilà ! lui dit-elle.

— Hélas ! mon bon parrain, s'écria le médecin avec effroi, au nom de l'attachement que vous m'avez tou-

jours témoigné, allumez pour moi une bougie neuve, pour que je puisse jouir de la vie, et épouser la belle princesse, fille du roi !

— Cela n'est point en mon pouvoir, répondit la Mort : il faut qu'une mèche s'éteigne avant qu'une autre s'allume. ' ♦

— Puisqu'il en est ainsi, placez donc la nouvelle sur celle qui est presque consumée, afin que celle-ci enflamme l'autre en s'éteignant.

La Mort fit un mouvement, comme pour exaucer le vœu de son filleul, et prit un grand cierge qui n'avait pas encore servi; mais en approchant du flambeau, elle se heurta à dessein pour satisfaire sa vengeance, et le bout de mèche tomba et s'éteignit. Le médecin tomba en même temps, et la Mort le reçut dans ses bras.

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IL était une fois une jeune fille paresseuse et qui ne voulait point filer; sa mère avait beau l'encourager ou la gronder, elle ne pouvait parvenir à la faire asseoir à son rouet. A la fin elle perdit patience et, dans sa colère, elle frappa la jeune fille qui se mit à pousser de grands cris et à pleurer.

En ce moment la reine passait par là dans sa voiture; au bruit de ces sanglots, elle ordonna au cocher d'arrêter, entra dans la maison, et demanda à la mère pourquoi elle battait son enfant. La mère eut honte de dévoiler la paresse de sa fille, et ayant recours au mensonge:

— Je ne puis point Farracher du rouet, réponditelle ; elle veut filer sans cesse ; je. suis pauvi?e et je n'ai pas le moven d'acheter du lin.

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