‹ Contes de la familleChapitre 7 sur 31 · L*OISEAU D*OR · texte numérisé non relu

L*OISEAU D*OR

reconnaissance, dit le prince ; il m'est impossible de te rendre un pareil service.

Le renard reprit :

— Si tu ne veux point faire ce que je te demande , je suis forcé de me séparer de toi ; mais avant de te quitter, je veux encore te donner un bon conseil : préservet<H de deux choses : n'achète point de viande de potence, et aie bien soin de ne jamais f asseoir au bord d'un torrent.

A ces mots , le renard s'enfuit à travers le bois.

Le jeune homme se prît à penser : — Voilà un merveilleux animal qui a de bien singuliers caprices ! Qui songerait jamais à acheter de la viande de potence 1 Et quant au plaisir de m' asseoir au bord d'un torrent, une telle fantaisie ne m'est jamais passée par la tête.

n poursuivit sa route avec la belle princesse , et son chemin le conduisit bientôt dans le vilfage où ses deux frères étaient restés. Il y remarqua beaucoup d'agitation et de bruit, et quand il en demanda fa cause, on lui répondit que deux hommes allaient être pendus. Lorsqu'il fut arrivé plus près du groupe, il reconnut que ces deux hommes étaient ses frères , dont la mauvaise conduite avait mérité cette punition. U s'empressa de demander s'il ne restait plus un seul moyen de leur rendre fa liberté.

— Oui , si vous voufaz payer pour eux , lui rép(mdit-on ; mais comment voudriez-vous donner votre argept pour d'aussi mauvais sujets?

12 €ONTES DE LA PAMILUE.

Il n'hésita pas cependant, paya pour eux, et quand ils furent redevenus libres, ils partirent avec nos deux vQyageurs.

ïlg arrivèrent dans le bois où, pour la première fois, leur était apparu le renard ; et comme le feuillage y répandait une douce fraîcheur, les deux frères dirent :

— Reposons-nous un moment au bord de ce torrent afin d'y prendre un peu de nourriture.

Le jeune prince y consentit, et rendu distrait jpar la conversatiwi, il s'assit au bord du torrent sans se défier de rien. Mais les deux frères le renversèrent dans le ravin, s'emparèrent de la princesse, du cheval et de l'oiseau, et se hâtèrent de se rendre à toute bride au palais de leur père.

— Non-seulement, lui dirent-ils, nous vous apportons Toiseau d'or, mais encore nous vous amenons le. cheval d'or et la jeune princesse du palais d'or.

Cela réjouit fort le roi ; mais le cheval refusa de manger, l'oiseau refusa de siffler, et la jeune fille s'assit et pleura.

Cependant le plus jeune des frères n'était pas mort. Par bonheur le torrent était presque à sec, et il tomba mollement sur un lit de mousse ; mais il lui fut impossible de sortir du ravin. Le fidèle renard n^ l'abandonna pas dans ce nouveau péril; il sauta dans l'eau et, s'apptoçhant^ie lui, le gronda d'avoir oublié ses conaiNls.

— Je ne puis pourtant pas souffrir ce qui arrive, continua-t-il, et je veux t'aider à revoir la lumière du jour.

l'oiseau dob. 13

Puis il Jui recommanda de saisir sa queue avec l^s

deux mains et de s'y accrocher fortement,* ensuite il

grimpa avec adresse contre les roches du torrent, et

arriva sans malheur jusqu'au bord.

— Tu n'es pas encore hors de tout danger, dit le renard ; tes frères ont rempli le bois de sentinelles, qui ont ordre de te mettre à mort si tu parviens à sortir du ravin .

Il se trouva fort à propos qu'un pauvre homme était assis- au bord du chemin; h prince fit échange de vêtemens avec lui, et arriva à la cour du roi. Personne ne le reconnut ; mais l'oiseau semit à siffler, le cheval à manger, et la belle princesse suspendit ses lar- / mes. Le roi, Misi d'étonnement, dit :

— Qu'est-^ que cela signifie?

La jeune fille répondit :

— Je n'en sais rien ; mais j'étais triste , et maintenant je me sens joyeuse I On dirait que mon vrai fiancé est de retour.

Puis elle raconta au roi tout ce qui é,tait arrivé, quoique les autres^rères Feussent menacée de la tuer, si elle trahissait leur secret. Le roi donna ordre de faire pa- ' raître devant lui toutes les.personnes qui se trouvaient dans le palais; le^plus jeune prince vint comme les au-, très, dans ses habits de mendiant, mais la jeune fille le reconnut aussitôt et sauta à son cou. Les deux frères indignes furept saisis et mis à mort; quant au jeune prince, il fut uni à la belle princesse et désigné comme héritier d^i roi.

Mais que devint donc le pauvre renard? .

Longtemps après, le prince retourna un jour dans le bois, où il rencontra le renard qui lui dit :

— Tu es maintenant au comble de tes vœux, mais mpi^ mon malheur n'a point de fin, et pourtant il ne dépend que de toi de m'en délivrer.

Bt cette fois encore il le supplia du ton le plus douloureux de lui donner la mort, et de lui couper ensuite la tête et les pattes. Le prince 7 consentit enfin, et à peine Teut-il fait, que le renard se changea en un beau jeune homme;*ce jeune homme n'était autre que le frère de la belle princesse qui venait d'être affranchi de la sorfe d'im charme qu'il subissait depuis longtemps; et désormais , tant qu'ils vécurent, il ne.4nanqua plus rien à leur bonheur.

n^mn>

BliAlVCHBIVBICïB.

\ N jour d'hiver , tandis que les flocons de neige # tombaient du ciel comme des plumes, il arriva qu'une reine était assise à sa fenêtre à la bordure noire comme de Fébène, et qu'elle cousait. Et tandis qu'elle était ainsi occupée à coudre et à regarder tomber la neige , elle s'enfonça l'aiguille dans le doigt, et trois gouttes de sang tombèrent dans la neige. Et comme ce sang brillait si rouge dans la blanche neige, la reine se dit en elle-même : Si j'avais un enfant aussi blanc que cette neige, aussi rouge que ce sang, et aussi noir que cette bordure ! Peu de temps après, elle eut une petite fille blanche comme neige, rouge comme du sang et noire comme de l'ébène , ce qui fut cause qu'on la nomma Blancheneige. Et dès que l'enfant fut né, la reine mourut.

Un an après, le roi prit une autre épouse : c'était une

belle femme, mais orgueilleuse et vaine ; elle ne pouvait souffrir que personne la surpassât en beauté. Elle avart un miroir merveilleux ; lorsqu'elle se plaçait devant lui et s'y regardait, elle disait :

Petit miroir, petit miroir contre le mur, Quelle est la plus belle dans tout le pays?

Et le miroir répondait :

Madame la reine, vous êtes la plus belle du pays.

Alors elle était satisfaite, car elle savaif que le miroir disait la vérité !

Cependant Blancheneige grandissait et devenait toujours plus jolie , et quand elle eut atteint l'âge de sept ans, elle était belle, belle comme le jour, et plus belle que la reine elle-même. Un jour que celle-ci disait à son miroir :

Petit miroir, petit miroir contre le mur.

Quelle est la plus belle dans tout le pays?

11 répondit :

Madame la reine, vous êtes la plus belle ici",

Mais Blancheneige est mille fois plus belle que vous.

Cela effraya la reine , qui devint jaune et verte de jalousie. Des ce moment , lorsqu'elle regardait Blancheneige, son cœur bondissait dans sa poitrine, tant elle haïssait la petite fille. Et sa jalousie et son orgueil

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