‹ Contes de La FontaineChapitre 17 sur 93 · MAZET DE LAMP0RECH · texte numérisé non relu

MAZET DE LAMP0RECH

Deux des Nonnains le voyant de la sorte Seul au jardin, car sur le haut du jour Nulle des Sœurs 11e faisoit long séjour Hors le logis, le tout crainte du haie ;

De ces deux donc l une approchant Mazet Dit à sa Sœur : Dedans ce Cabinet Menons ce sot. Mazet étoit beau mâle,

Et la galande à le considérer

Avoit pris goût, pour quoi sans différer

Amour lui lit proposer cette affaire.

L’autre reprit : Là-dedans ? et quoi faire ?

— Quoi ? dit la Sœur; je ne sais; l’on verra ;

Ce que l’on lait alors qu’011 en est là :

Ne dit-011 pas qu'il se fait quelque chose ?

— Jésus! reprit l’autre Sœur se signant,

Que dis-tu là? notre Règle défend

De tels pensers. S’il nous fait un enfant!

Si l’on nous voit ! Tu t’en vas être cause De quelque mal. — O11 11e nous verra point,

Dit la première; et quant à l’autre point,

(Test s’alarmer avant que le coup vienne :

Usons du temps, sans tant nous mettre en peine, Et sans prévoir les choses de si loin.

Nul 11’est ici ; nous avons tout à point,

MAZET DE LAMPORECHIO

L’heure, et le lieu, si touffu que la vue N’y peut passer; et puis sur l’avenue Je suis d’avis qu’une fasse le guet Tandis que l’autre, étant avec Mazet,

A son bel aise aura lieu de s’instruire :

11 est muet, et n’en pourra rien dire.

— Soit fait, dit l’autre ; il faut à ton désir Acquiescer, et te faire plaisir.

Je passerai, si tu veux, la première,

Pour t’obliger : au moins à ton loisir Tu t’ébattras puis après de maniéré Qu’il 11e sera besoin d’\ retourner :

Ce que j’en dis n’est que pour t’obliger.

— Je le vois bien, dit l’autre plus sincere : Tu ne voudrois sans cela commencer Assurément, et tu serois honteuse.

Tant y resta cette Sœur scrupuleuse,

Qu’à la fin l’autre, allant la dégager,

De faction la fut faire changer.

Notre muet fait nouvelle partie :

Il s’en tira non si gaillardement ;

Cette Sœur fut beaucoup plus mal lotie ; Le pauvre gars acheva simplement Trois fois le jeu, puis après il fit chasse.

MAZET DE LAMPORECHIO

Les deux Nonnains n’oublierent la trace Du Cabinet non plus que du jardin ;

11 ne falloit leur montrer le chemin :

Mazet pourtant se ménagea de sorte

Qu’à Sœur Agnès, quelques jours ensuivant,

11 lit apprendre une semblable note En un Pressoir tout au bout du Couvent. Sœur Angélique et Sœur Claude suivirent, Lune au Dortoir, l’autre dans un cellier;

Tant qu’à la fm la Cave et le Grenier Du fait d es Sœurs maintes choses apprirent. Point n’en resta que le Sire Mazet Ne régalât au moins mal qu’il pouvoit.

L’Abl iesse aussi voulut entrer en danse :

Elle eut son droit, double et triple pitance; De quoi les Sœurs jeùnerent très long-temps. Mazet n’avoit faute de restaurants;

Mais restaurants 11e sont pas grande affaire A tant d’emploi. Tant pressèrent le here Qu’avec l’Abbesse un jour venant au choc ; J’ai toujours oui, ce dit-il, qu’un bon coq N’en a que sept; au moins qu’on 11e me laisse Tout es les neuf. — Miracle! dit LAbbesse; Venez, mes Sœurs; nos jeûnes ont tant fait

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