SCÈNE VIII
MARGUERITE , près du balcon à gauche, n?NRÏ , gui descend le théâtre du même côté, CHARLES-QUIN1 , entrant par ta porte du fond, précédé de quelques seigneurs et suivi de plusieurs officiers. Il s'avance au milieu du théâtre.
marguerite, à part.
L'Empereur!... (S'avancant vers lui.) Quoi! sire, c'est voua qui daignel venir...
CHARLES-QUINT
M'inforroer moi-même d'une santé qui m'est chère et préciei'je. Comment se trouve mon frère, le roi do Frauce?
MARGUERITE
Beaucoup mieux , sire.
CHARLES-QUINT
Vous me répondez de ses jours?
MARGUERITE
Oui, sire!...
CHARLES-QUINT
Dieu soit loué!... car j'ai éprouvé, je ne vous le cache pas, un moment d'inquiétude terrible !
MARGUERITE
Par malheur... il est encore trop faible pour recevoir l'honneur de votre visite.
CIIARLES-QUINT.
Voilà qui est fâcheux ! j'aurais été heureux d'avoir enfin avec lui, sans étiquette, sans cérémonies , et en bon frère, cette entrevue depuis si longtemps désirée. Il faudra bien, et contre notre gré, remettre à une autre fois...
marguerite , avec émotion.
Oui... sire... partons... car l'air que l'on respire ici... m'oppresse!
Charles-quint , aux officiers.
Aussi nous donnerons des ordres pour que le roi de France soit transporté , dès que sa santé le permettra , dans un appartement plus convenable !
MARGUERITE
J'en remercie Votre Majesté... mais partons... charles-quint , offrant la main à Marguerite et faisant quelgués pas avec elle pour sortir.
Une personne... contre qui vous avez de grandes préventions... me demandait tout à l'heure bien vivement des nouvelles du roi...
MARGUERITE
Qui donc, sire?
CHARLES-QUINT
Un Français... le connétable de Bourbon! marguerite , voyant la fenêtre du balcon gui s'agite légèrement et parlant à demi-voix à Charles-Quint. Sire , au nom du ciel , ne prononcez pas ici ce nom !
charles-quint.
Et pourquoi?
MARGUERITE
Si mon frère l'entendait!...
charles-quint , baissant la voix.
C'est juste 1... je me tais! mais vous conviendrez vous-même ue la cour de France a eu envers lui des torts... UAïuiUiiiuTE, faisant un geste d'effroi en voyant la fenêtre du balcon qui s'entr'ouvre.
Des torts!...
charles-quint , de même.
Il y a même ingratitude... car enfin, à la bataille de Pa\ie, il me 1 a dit, c'est lui qui a épargné les jours du roi. François 1er , poussant vivement la croisée et paraissant sur le bord du balcon.
II en a menti ! (Mouvement général.) charles-quint.
Dieu ! le roi de France !
FRANÇOIS i«r.
Lui-même! aussi bien et, fut-ce au milieu de nos ennemis , nous aimons à paraître!
charles-quint, avec colère.
Cette grille ouverte!... une évasion!... (Regardant Margue rite.) au moment où je me confiais à votre loyauté... (Regardant François Ier.) à votre honneur !
FRANÇOIS Ier.
Étais-je donc prisonnier sur parole, et vous ai-je jamais donn' la mienne? Non 1 j'ai conservé tous les droits de l'opprimé contre l'oppresseur, et du captif contre son geôlier. charles-quint.
Soit! et puisque c'est vous qui l'avez voulu, conservons nos rôles! (Faisant un pas pour sortir .) Adieu!
marguerite , se plaçant au-devant de Charles.
Non , sire , non ! Votre Majesté n'acceptera jamais un rôle indigne d'elle! Ce projet de fuite, qui vous blesse, c'est moi seulqui venais de l'imaginer; le roi, qui le repoussait, n'a cédé qiu vaincu par mes prières, et le ciel, qui souvent nous protège malgi ; nous, n'a pas voulu que ce dessein insensé fût exécuté par moi . pour vous réserver à vous, sire, une plus digne et plus no!»!-; tâche.
charles-quint.
Que dites-vous'
marguerite.
Que Dieu qui vous a ainsi rapprochés, semble avoir amené luimême celte entrevue, cette conférence qui paraissait impossible. Qu'avez-vous besoin d'intermédiaires?... Comme vous le disiez si bien , sire, sans étiquette, sans cérémonies, en bons frères, arrangez tous vos différends.
FRANÇOIS i".
Je suis prêt à entendre toutes vos propositions , sire.
marguerite, à Charles-Quint.
Et Votre Majesté?
charles-quint, après un instant de silence. Soit!
marguerite , bas à François /«.
De la prudence!... et surtout de la modération ! (S1 approchant de Charles-Quint à gui elle fait une profonde révérence. ) Sire , il est souffrant encore ! . . . ménagez-le !
charles-quint, gravement.
Je vous jure que ce n'est pas moi qui me fâcherai , ni qui brouillerai les choses... au contraire ! ( Un officier approche un fauteuil à Charles-Quint , Henri en avance un autre à François Ier. ) Laissez-nous ! ( Marguerite sort par la porte à gauche, Henri la suit; les officiers sortent par le fond.)