‹ Contes de la reine de Navarre;Chapitre 53 sur 62 · HENRI, MARGUERITE · texte numérisé non relu

HENRI, MARGUERITE

HENRI

J'étais inquiet de vous, Madame.

marguerite riant.

Que voulez-vous? Je ne puis y suffire... la cour d'Espagne me donne tant d'occu pations ! . . .

henri, à demi-voix»

Eh bien!... la dame mystérieuse !...

marguerite.

Nous nous étions trompés!

HENRI

Quoi! nos idées... sur l'Infante... sur la future reine... marguerite.

Complètement fausses!... Gardez-vous de la soupçonner!... je vous le défends, entendez-vous? Mais l'appui qui me manquait de ce côté... je l'ai trouvé d'un autre... J'ai maintenant à mes ordres une puissance qui est mon esclave !

HENRI

Comment cela?

marguerite.

Écoutez, Henri, je vous dirai tout, excepté ce qui n'est pas mon secret, et ce que l'honneur me défend de trahir... Qu'il vous suffise donc de savoir que, tenant la baguette, je n'avais qu'à commander, et que mon premier souhait fut d'être transportée auprès de mon frère.

HENRI

Vous plaisantez !...

marguerite.

Du tout ! J'ai ordonné à mon serviteur de me faire entrer dans l'oratoire de l'Empereur... Et pourquoi? s'est-il écrié, tout stupéfait... Eh! mais, ai-je répondu, pour prier, sans doute, et vous m'y conduirez?... ce qu'il a fait.

HENRI

Par quel moyen?

Eu ouvrant la porte dont il avait la clef... Voilà toute la magie!

HENRI

Et le tableau de saint Pacôme, le ressort secret... vous l'avez trouvé?...

MARGUERITE

Très-aisément... quand on sait d'avance ! ... Mais voici une rencontre que je ne cherchais pas ! Au moment où je venais de m'élancer bravement dans le couloir étroit et obscur, qui conduit de l'oratoire à la tourelle... ma robe se froisse contre une autre robe... une visite qui sortait!... (Riant.) 11 y avait ce soir-là réception chez le roi. Moins intrépide que moi... fa belle visiteuse... l'inconnue... (c'était elle!) s'arrête, tremblante, et comme si elle sentait ses genoux fléchir , s'appuie un instant contre la muraille. Je me rappelle mon conte du Muletier, je détache de mon corsage un nœud , une agrafe de rubans bleus, que j'accroche à son épaule, témoin mystérieux, indice révélateur, qui peut, tout à l'heure, à la cour, me la faire reconnaître.

HENRI

J'en doute.

Marguerite, gaiement.

A tout hasard !... Je n'aurai perdu qu'un ruban, et je risque de gagner un secret, espoir que j'ai fait partager au roi, et un autre espoir encore... Maintenant que je puis à toute heure, et sans que personne s'en doute , me rendre auprès de lui , il sera facile de combiner avec adresse et prudence quelque nouveau moyen d'évasion.

HENRI

Quoi !... vous y pensez encore ?. ..

MARGUERITE

Toujours!... et grâce aux nouveaux alliés qui me viendront en aide...

Et où les prendrez-vous ?

MARGUERITE

Dans le camp ennemi.

HENRI

Ce n'est pas possible !

MARGUERITE

Silence!... on vient!... C'est l'Infante!...-

Page 1