‹ Contes de la veillée (volume 3)Chapitre 23 sur 27 · W. W? U METTRIE · texte numérisé non relu

W. W? U METTRIE

île et attentive à faciliter la décomposition des êtres it la vie s'est retirée, comme pour rendre plus vite les nents qui les composoient au laboratoire éternel de créations? Le vautour descend de bonne heure de ses ntagnes à la suite des armées; il marque les champs bataille d'un œil plus sûr que les capitaines, et longips avant l'effusion du sang, il plane avec une hore joie autour de ce peuple de vivants qui lui doit des ntagnes de morts pour sa curée. Le corbeau s'abat au îmet d'une potence neuve, et il en prend possession sitôt que le bourreau. Le goéland bat des ailes sur les du pêcheur, et préfève en espérance la dîme de ses ts. Dans les villes de l'Orient, l'enterreur public se îve souvent précédé par la hyène, qui rôde, avec son llement affreux t à travers les fosses vides. Dès le comncement de la nuit, elle s'introduit par troupeaux is les muraille où des fléaux contagieux exercent leurs âges, et attend, la gueule béante, qu'on lui jette des avres.Chez nous, le bœuf est à peine tombé sous la ssue du boucher que l'air s'obscurcit d'un nuage d'intes dévorants, de scarabées noirs et tannés, et de uches vertes et bleues, qui viennent recueillir sur le i du sacrifice leur part de chair et de sang. Si vous îz jamais tué une taupe dans votre petit jardin, vous tiriez pas tardé à voir se ruer autour d'elle un essaim rdonnant d'escargots à la robe lugubre, bardée de ^ fauves comme celle des panthères, qui s'empressent iterrer le quadrupède tout palpitant, pour confier à entrailles encore tièdes le dépôt de leur hideuse posté. Et vous vous étonneriez que le chien, rendu à son ; primitif par une circonstance fortuite qui l'a dégagé devoirs de la domesticité en le privant de ses avanîs, recouvrât la prévision funeste sur laquelle reposent ivenir tous ses moyens d'existence! Je ne sais si je me npe, mais si je l'entends jamais sous la fenêtre du logis j'aurai été surpris par une maladie soudaine, traîner

en longs gémissements ce cri sauvage qui n'est plus familier à son espèce, je comprendrai parfaitement ce qu'il demande- Ces mots achevés, La Mettrie se dirigea vei s le salon où je raccompagnai, et c'est là que finissent notre conversation et mon récit. Tout ce qu'il me semble à propos d'ajouter, c'est que ce fameux matérialiste mourut peu de temps après, et qu'il mourut chrétien.

— Je n'en suis pas étonné, répondis-je à M. Mauduyt, Mais ces impressions sont aujourd'hui trop éloignées de moi pour que je puisse dire bien positivement si j'attachois à cette réponse le sens d'un corollaire logique ou si je n'en faisois qu'une épigramme.

Ce dont je me souviens mieux, c'est que nous allâmes prendre du café chez Peyron, qui occupoit alors cet angle de la galerie septentrionale du Palais-Egalité, habité depuis par Lemblin, et qui a conservé, je crois, la réputation de son moka parfumé et de ses liqueurs délicates* La jeune et jolie personne qui siégeait au comptoir d'acajou auroit probablement fait perdre à La Mettrie lui-même le fil de ses hautes spéculations philosophiques. J'y reviens pourtant un moment.

— Ce que vous m'avez dit, mon cher maître , m'a étrangement frappé; mais ce n'est jusqu'ici qu'une dissertation de sceptique à la manière de Bayle. Vous n'avez pas daigné me faire part de vos conclusions.

— J'en tirerois deux pour le moins, me répondit M. Mauduyt; et les voici, puisque tu les demandes :

La première, c'est qu'il ne faut pas juger trop légèrement des choses les plus absurdes en apparence, parce qu'il y a beaucoup de vérités très-positives et très-faciles S démontrer qui échappent aux demi-savants.

ta seconde, c'est que les gens d'esprit ne sont jamais embarrassés de prouver tout ce qu'ils veulent.

— Tant mieux, repris-je avec chaleur, les gens d'esprit n'ont d'intérêt qu'à faire valoir les idées bonnes et

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utiles, et le gouvernement représentatif que nous avons le bonheur de posséder nous a placés sous la direction des gens d'esprit.

M. Mauduyt me regarda froment encore une fois, replaça ses lunettes dans leur étui, et me tendit le Journal du soir des frères Chaigneau, qu'il venoit de parcourir, en m'indiquant du doigt la séance des conseils.

— Vois plutôt 1 me dit-il.

BAPTISTE MONTAUBÀÏI.

— Je ne sortirai certainement pas de ces montagnes» dis-je à l'hôtesse en arrivant avec elle sur le pas de la porte, sans avoir vu ce bon M. Dubourg dont vous me parlez. C'étoit un des plus tendres amis de mon père. Il n'est que sept heures du matin; trois lieues sont bientôt faites quand le temps est beau à souhait, et je peux disposer d'un jour sans préjudice pour mes affaires. Il me sauroit mauvais gré de n'avoir pas diné avec lui en passant» n'est-il pas vrai?

— Il ne vous le pardonneroit pas, répondit-elle, puisqu'il n'y a pas de semaine qu'il n'envoie prendre des informations de votre arrivée.

— Je ne me pardonnerais pas davantage d'avoir manqué une occasion de vérifier ce que valent mes prophéties. J'ai prédit il y a cinq ans que sa fille Rosalie, qui n'en avoit que douze , deviendrait une des piquantes beautés de la province, et je suis curieux de savoir si la petite brunetle aux yeux bleus m'a fait mentir.

— Tenez-vous assuré du contraire, s'écria madame Gauthier. On irait à Besançon, et peut-être à Strasbourg (c'étoit pour madame Gauthier l'équivalent des antipo-

des), sans rencontrer sa pareille ; et avec cela, élevée comme un charme et sage comme une image; mais n'allez pas vous y laisser prendre, pour rentrer ici au désespoir, comme vous faisiez du temps de l'autre. Tout gentil que vous êtes, vous pourriez en être cette fois pour vos peines et pour vos soupirs, car voilà déjà bien des mois qu'il est bruit qu'on la marie.

— Diable, diable! madame Gauthier, vous me prenei toujours pour un jeune homme, quoique j'aie vingt» quatre ans passés, une fortune établie et une position sérieuse. Croyez-vous qu'un avocat stagiaire au barreau de Lons-le-Saulnier se passionne comme un légiste ou comme un clerc d'avoué?... Rassurez-vous, ma chère dame, et montrez-moi seulement le chemin qu'il fan 1 que je tienne pour parvenu chez M. Dubourg, car j'ignorois même que sa maison de campagne fût si près d'ici*

— Vous ne serez pas embarrassé dans toute la première moitié de la route, répliqua-t-elle. Vous ne perdrez pas un moment le petit sentier bien frayé que vous voyez courir là dans les prés, le long de ce ruisseau bordé de saules ; mais une fois arrivé au pied du coteau qui ferme le Val, ce sera une autre affaire ; vous serez aux bois de Châtillon, qu'il faut traverser pour apercevoir le château , et comme ils ne sont pratiqués que par les bûcherons, qui y ont tracé dans leurs allées et venues bien des chemins qui se croisent, je me suis laissé dire que les gens du pays s'y égaraient quelquefois ; mais il ne manque pas de huttes et de baraques à la rive du bois, et vous n'aurez qu'à hucher pour vous procurer un guide.

Fort pénétré de ces utiles renseignements, je saluai mon hôtesse de la main; je me mis en route, et je gagnai du pays en faisant des tirades pour le premier acte de ma tragédie, avec la délicieuse et immense préoccupation d'un homme qui se complaît dans ses vers. Aussi

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j'étois fort loin, au bout d'une heure, du petit sentier bien frayé qui court dans les prés le long d'un ruisseau bordé de saules, et je fus fort heureux* pour retrouver ma direction, que la colline ne se fût pas avisée de la fantaisie, à la vérité assez étrange, de se déranger de sa place.

Après avoir longtemps côtoyé la rive du bois, comme disoit madame Gauthier, en suivant inutilement un fourré si épais, que j'aurois à peine compris qu'il pût ouvrir passage à un lièvre poursuivi par les chiens, je fus frappé de la vue d'une petite maison toute blanche, c'est-à-dire assez fraîchement crépie, qui s'adossoit au bois comme un oratoire couronné de feuillages, et autour de laquelle se fermoit en carré une palissade à treillage fort serré d'où se répandoient de toutes parts des pampres de vignes, de flottantes guirlandes de liseron et de houblon, et des rameaux d'églantier chargés de fleurs. Je fis quelques pas et j'arrivai à l'entrée de ce joli réduit, qui ne paroissoit guère propre qu'à loger deux ou trois personnes. Sur un bout de banc joint à la porte du logis; et qui étoit élevé comme elle d'une marche ou deux audessus d'un potager de quelques pieds de surface, il y avoit un jeune homme assis. Je pris le temps de le regarder, parce que lui ne me regardoit pas. Il étoit vraisemblablement trop occupé pour s'apercevoir de ma présence.

Je ne dirois pas facilement ce qui , dans ce jeune homme, excita soudainement ma curiosité, mon intérêt, mon affection. Je ne suis pas romanesque, on le sait bien ; mais le lieu, la circonstance, la personne surtout, faisoient naître en moi une foule d'idées mélancoliquement poétiques, dont j'étois presque fâché de faire tort à ma composition. Je finis cependant par y prendre un plaisir très- vif et par le goûter en silence.

Ce jeune homme, si absorbé dans ses pensées, qu'un peu de bruit que j'avois fait étourdiment. en m'appro-

chant de lui n'avoit pu un moment l'en distraire, étoit beau comme une de ces figures qu'on rêve quand on s'endort sur une bonne action, et du sommeil d'un homme qui se porte bien. (Ce sont décidément les deux seules manières d'être heureux que je connoisse.) Il sembloit délicat et même foible, et cependant sa blanche et gracieuse figure, qu'inondoient les flots d'une chevelure blonde parfaitement bouclée, ne se seroit peut-être pas refusée à l'expression d'une forte nature d'homme. A travers la suave douceur de ses traits languissants, on démêloit le caractère d'une méditation habituelle et d'une profonde résolution. Cela m' étonna.

— Eh quoi! pénsai-je à part moi, envierois-tu dans ton cœur navré les avantages dont te privent les aveu* gles répartitions de la fortune? Regretterois-tu le droit qu'elle t'a ravi de prendre une part active aux agitations de la multitude, et de l'entraîner par l'amour ou de la soumettre par le génie? Dieu t'en préserve, pauvre ange! continuai-je en m' approchant encore de lui, car je l'aimois déjà beaucoup. Reste doux et pur comme te voilà dans ta force inutile, jouis de ta solitude, et laisse aux ridicules tyrans du vieux monde, conquérant déçu ou roi détrôné que tu es sur la terre, l'empire absurde qu'ils y exercent depuis tant de siècles!

Le jeune homme tourna les yeux de mon côté, et me regarda fixement pendant que je le saluois. Il fit un mouvement pour se lever, je me hâtai de le retenir sur son banc, parce qu'il m'avoit semblé malade.

— Je vous demande pardon, mon ami, lui di&je, d'avoir interrompu le cours de vos pensées; la rêverie est si belle à votre âge! Pourriez-vous m' indiquer, sans vous déranger davantage, le chemin du bois qui conduit à la maison de M. Dubourg? Elle ne doit pas être fort loin d'ici, ,

Il me regarda encore, mais sa physionomie avoit subitement passé de l'expression d'une bienveillance ti-

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mide à celle de l'inquiétude et de l'effroi. Cependant il parut réfléchir.

—La maison de M. Dubourg? répondit-il enfin, comme s'il avoit cherché à recueillir quelques souvenirs trèsconfus; Dubourg? M. Dubourg? la maison de M. Dubourg?... Ah! ah! continua- t-il en riant, il y avoit -autrefois une belle maison de ce nom-là, que j'ai habitée quand j'étois jeune. C'est là que j'ai vu pour là première fois des anges qui avoient pris la figure de femmes, des fleurs de toutes les saisons, et des oiseaux de tous les ramages... Mais ce n'étoit pas dans ce monde-ci.

Ensuite il laissa tomber sa tête sur ses mains, et il oublia que j'étois là.

Je compris alors qu'il étoit idiot ou innocent, suivant le langage du pays. Merveilleuse société que la nôtre, où ces deux êtres d'élection, celui qui vit inoffensif envers tous, et celui qui vit solitaire, sont repoussés avec mépris jusqu'aux limites de la civilisation, comme de pauvres enfants morts sans baptême !

Au même instant, la porte ouvrit près de moi, et j'y vis paroître une femme d'une cinquantaine d'années, qui étoit mieux vêtue que ne le sont ordinairement les paysannes.

— Eh quoi! dit-elle, Baptiste, vous recevez un voyageur sans le presser d'accepter du lait et des fruits, et l'accorder à notre pauvre toit l'honneur de lui procurer il peu d'ombre et de délassement?

— Ah! madame! m'écriai-je, ne le grondez-pas, de race ! Il n'y a pas encore une minute que je suis à son >té, et son accueil m'a touché de manière à m'en sounir toujours!

Baptiste *n' avoit pas même entendu sa mère. Il étoit ombé dans ses réflexions. Ses bras étoient croisés, sa o pendoit sur sa poitrine, et il murmuroit des mots ifus que je ne m'expliquois pas.

e suivis la bonne femme dans une pièce assez vaste

et d'une remarquable propreté, qui devoit être la meilleure de la maison. Elle m'y fit asseoir sur une sorte de fauteuil (l'honneur» dont le siège étoit assez joliment tressé de paille jaune et bleue, pendant qu'elle congédioit dans la chambre suivante une volée tout entière de petits oiseaux de la montagne et des champs, qui s'étoient à peine effarouchés à mon approche, et qui lui obéissoient avec un empressement charmant à voir, tant ils étoient bien apprivoisés.

Elle renouvela ensuite les offres qu'elle venoit de me faire, et s'assit, sur mon refus réitéré, en me demandant à quoi du moins on pourrait m'être bon dans la maison blanche des bois.

— Je le disois à votre fils quand vous êtes survenue, lui répliquai-je, mais il m'a tout à fait oublié. Le pauvre enfant, madame, est bien affligé! Le voyez-vous depuis longtemps dans cet état ?

— Non, monsieur, répondit-elle en essuyant une grosse larme, et cela même n'est pas continuel. Il est toujours triste, aussi triste qu'il est bon, le pauvre Baptiste; mais il ne manque pas de suite dans sek idées et dans ses actions, quand de certains mots que je me garde bien, comme vous pouvez croire, de prononcer devant lui , ne le rendent pas à ses accès. Gomment ces mots le troublent, c'est ce que je ne sais pas. Je les évite, et voilà tout. Il étoit né si heureusement , ce cher enfant, qu'il faisoit l'espoir et d'avance l'honneur de mes vieux jours; mais le bon Dieu a changé tout à coup ses intentions sur lui!...

Ses larmes abondèrent à ces derniers mots. Je lui pris la main, en lui demandant pardon de renouveler de telles douleurs.

— Il faut vous dire, puisque vous avez la bonté de vous intéresser à Baptiste , reprit-elle avec plus de calme, que Joseph Montauban, mon mari, étoit le meilleur ouvrier en bâtiment du Grand-Vau, Gela n'empêchoit pas

que nous ne fuaio u b fortuMin j, parte que ertôit un bien mauras temps pour f omu g e , et que ma famille, d'une condition supérieure h celle de Joseph, avoit payé un tribut plus pénible encore an événements; mais cela ne fait rien à rinstoire, Noos ne sarions trop à quel saint nous foocr, quand un riche et respectable particulier de la contrée chargea mon mari de la construction d'une maison superbe que vous Terrez si tous traversez le bois, car je croîs que tous Tenez d'Aval. Quand la maison fut bâtie jusqu'aux combles, mon pauvre Joseph monta lui-même sur le faîte, comme chef d'ouvriers, pour y planter, selon l'usage, le bouquet et les banderoles d'honneur. Il étoit près d'y atteindre lorsqu'une pièce de la toiture qu'on aToit, à notre grand malheur, oublié de fixer, lui manqua sous le pied. (Test ainsi qu'il mourut. M. Dubourg, qui étoit et qui est encore le propriétaire du bâtiment, se montra rivement sensible à une si cruelle infortune. Il fit construire pour mon fils et moi ce petit logement sur un terrain assez productif, qui lui appartenoit, et dont il nous accorda la jouissance, en y joignant même une pension, afin de subvenir à l'insuffisance du revenu, et de nous mettre h l'abri de tout besoin ; enfin, non content de cela, il voulut encore se charger de l'éducation de Baptiste, qui a voit alors cinq à six ans, et qui prévenoit à la vérité tout le monde en sa faveur par son esprit précoce et sa jolie figure. Baptiste fut donc élevé chez M. Dubourg avec les mêmes soins et les mêmes maîtres qu'une aimable fille de son bienfaiteur, qui a trois ans de moins. Cela dura pendant dix ans, et Baptiste avoit si bien profité, qu'il ne lui manquoit presque rien, au dire des gens les plus savants, pour se faire un chemin honorable dans le monde. M. Dubourg prit la peine de me le venir assurer ici, en ajoutant d'un ton sérieux, mais doux : «Vous comprenez, mère Montauban, qu'il se fait temps d'ailleurs que je sépare Baptiste de ma Rosalie. Il a seize ans,

die éh a treize et davantage. Ces jeunes gens touchent à l'âge où vient l'amour; quoique élevés comme frères et sœurs, ils savent bien qu'il en est autrement, et je n'ai peut-être que trop longtemps tardé à détourner ce piège de leur innocence. Il faut donc reprendre chef tous votre fils, ma bonne amie, en attendant que je lui aie procuré la position favorable dont il s'est rendu digne par ses études et par ses succès, dans quelque famille encore [dus opulente que la mienne, ou dans quelque pensionnat en crédit. 11 faut davantage, si tous m'en croyez : il faut que nos enfants s'accoutument à ne pas se voir, pour sentir moins péniblement cette privation quand ils seront séparés tout à fait. J'ai mes raisons pour cela, quoique rien ne m'ait* indiqué entre eux d'autres rapports que ceux d'une pure et naturelle amitié. — Baptiste est un ange de tendresse et de soumission. Diteslui que je ne cesserai jamais de l'aimer, et faites-lui entendre, avec votre coeur et votre esprit de mère, que j'ai quelques motifs de le tenir éloigné de moi. Vous ne manquerez pas de prétexte; et si vous parvenez à le convaincre que mon bonheur y est intéressé, je ne suis pas en peine de sa résolution. Cependant, s'il n'y avoit pas d'autre moyen, rappelez-lui mes propres paroles. Dites-lui alors que la réputation des filles est le trésor le plus précieux des pères, et que la voix publique m'imposeroit bientôt un sacrifice plus rigoureux pour nous tous, si je ne prenois prudemment un peu d'avance sur le temps. Exigez de lui qu'il ne revienne pas à Ch&teau- Dubourg ; je l'en tiendrai pour reconnoissant , et non pour ingrat. — Un mot encore, continua-t-il. — Comme la vue de ma maison pourroit lui inspirer des regrets qui troubleraient son doux repos auprès de vous, obtenez de lui qu'il ne s'éloigne de la forêt de ce côté que jusqu'à cet endroit qu'on appelle la Bée, parce que le bois y prolonge à droite et à gauche deux longues ailes de futaies qui cernent la route des voitures, à l'endroit où elle est

sss

fermée en don-cercle par le cours de YAm, Vons savet que tes premières clôtures de mon parc ne se montrent qu'après qu'on a quelque temps suivi ce détour, — Quant à son obéissance, je vous le répète, ne vous en inquiètes pas ! B mourroit plutôt que de manquer à sa parole !... » c favots écouté M. Dubourç tout interdite , parce que moD esprit ne s'éfcoit jamais occupé du danger qui l'cf- . frayoit, et cependant ce qu'il dîsoit me paroissott si raisonnable, que je me bornai, pour lui répondre, à des expresskHisderemeraementet<feo^

c Je comprends, oontînua-t-il en se levant, que vos charges vont augmenter à mesure que les miennes diminueront, mais cela ne durera pas longtemps, car Baptiste est connu de mes amis sous les rapports les plus avantageux, et j'attends tous les jours la nouvelle qu'il est convenablement placé. En attendant, recevei de mon amitié ces coït louis d'or pour vous procurer à tous deux, dans votre petite solitude, quelques douceurs auxquelles il est accoutumé, et comptez toujours sur mot. » En parlant ainsi» M. Dubourç laissa la bourse et partit, sans vouloir, malgré mes instances, se déterminer à la reprendre.

C'étoit l'époque où Baptiste venoit chaque année passer quelques semaines avec moi; il apportoit alors ses livres, ses herbiers, ses ustensiles de science. J'étois bien heureuse ! Il ne trouva donc pas étonnant son déplacement d'habitude ; j'aime à croire qu'il l'auroit même désiré cette fois-là comme à l'ordinaire. Jamais il n'avoit été plus beau , plus animé, plus satisfait de vivre , quoique naturellement porté à la tristesse depuis son enfance; et cela fut bien pendant quelques jours. Seulement je m'affligeois qu'il travaillât tant, de crainte, comme il n'étoit que trop vrai , que sa santé ne pût pas tenir à une si continuelle occupation. « Tu as bien lo temps, lui dis-je un soir, de feuilleter et de refeuilletcr tes auteurs ! Nous ne nous quitterons plus que lorsque tu

auras une place, et on n'en trouve pas à volonté dans un pays où il y a tant de savants, surtout depuis la révolution. » Là-dessus je lui racontai ce que m' a voit dit M. Dubourg.

Quand j'eus fini, Baptiste sourit, ne répliqua pas, fit la prière, m'embrassa, et alla se coucher fort tranquille.

Le lendemain et les jours suivants, il me parut abattu. Il ne parla pas. Je ne m'en étonnai point; je Pavois vu souvent de cette manière.

Au bout d'une semaine cependant ( il y a quatre ans de cela), je crus m' apercevoir que son esprit se troubloit. Mère infortunée ! c'était ce que j'avois prévu quand il s'opiniàtroit malgré moi dans ses études. Il renonça dès ce moment à ses livres, mais il étoit trop tard. Il disoit des paroles qui n'avoient point de sens, ou qui signifiaient des choses que je ne comprenois plus. Il rioit, il pleuroit sans motif; il n'étoit bien que seul; il s'adressoit aux ambres, aux oiseaux, comme s'il en avoit été entendu; et ce qu'il y a d'extraordinaire, mais que je n'oserois vous raconter si vous ne veniez d'en voir la preuve, c'est qu'on croiroit que les oiseaux le comprennent, à la facilité avec laquelle ils s'en laissent prendre. Ne seroit-il pas possible, monsieur, que le bon Dieu, qui a donné un instinct à ces petits animaux pour éviter leurs ennemis, leur eût permis aussi de reconnoître l'innocent qui est incapable de leur vouloir du mal , et qui ne les aime que pour les aimer ?...

Ce récit m'avoit grandement ému, et je crois qu'il auroit produit le même effet sur vous, si je m'étois trouvé assez de puissance pour vous le rendre, ainsi que je l'ai entendu, dans son éloquente simplicité. Je passai ma main sur mon front comme pour en écarter les soucis qu'il y avoit fait descendre, et puis j'en couvris mes yeux pour me dispenser d'une explication douloureuse et d'un entretien inutile.

— J'ai abusé trop longtemps de votre patience, reprit

BAPTISTE MONTAUBAIf. 335

Ja mère de Baptiste. Revenons, je vous en prie, à ce que tous pourries désirer de nous. Il n'y a rien iei qui ne soit à votre service.

— Rien, rien, lui répondis-je avec attendrissement. Je n'avois à vous demander que le chemin de la forêt qui conduit chez M. Dubourg et qui en ramène, car il faut absolument que je rentre ce soir.

— Vous.êtes aussi bien tombé que possible pour vous eu instruire, monsieur; nous y touchons, mais il n'est pas fort aisé. Baptiste va vous conduire. Il ne vit pas un jour sans aller à la Bée de l'Ain , jusqu'à un certain endroit que je lui ai défendu de passer, et voici justement l'heure m il se met en chasse. Je vous prie seulement de vouoir bien ne pas lui parler de cette maison, parce qu'il ne semble que le souvenir de son ancien séjour chez son ienfaiteur n'est pas bon à la raison démon enfant.

— Quel témoignage de ma reconnoissance pourrois-je >us offrir pour ce service?

— Oh! pour ce qui est de cela, répliqua-t-elle en surut, vous ne sauriez en parler sans me mortifier. Nous ivons besoin de rien, et nous sommes au contraire en t de faire quelque chose pour des voyageurs peu faisés de la fortune, qui se présentent rarement dans chemins écartés. Bien plus, — mais c'est une condinécessaire, — l'unique grâce que j'attends de vous,

t de n'avoir aucun égard aux sollicitations de ce genre

Baptiste oseroit vous adresser, parce que leur objet

utumé m'inquiète. Me le promettez-vous?

n'hésitai pas. — Au même instant, elle frappa deux

les mains, et tous les petits oiseaux que j'avois vus

(ornent auparavant s'empressèrent à la porte avec

izouillements confus.

Eh / ce n'est pas encore vous, continua-t-çlle, im-

ts que vous êtes ! vos grains ne sont pas triés et vos

oires ne sont pas nettes.

ïite elle frappa un troisième coup*

A ce dernier signal, Baptiste entra, salua, s'approcha de sa mère, s'assit sur ses genoux, et lia un bras caressant autour de ses épaules.

— Vous voilà donc bien sage et bien beau ! dit la mère de Baptiste en le baisant sur le front. Voyez, monsieur, si je n'ai pas un aimable enfant ! un doux et docile enfant, qui sera mon enfant toute la vie, comme si je l'avois gardé au berceau ? Pensez- vous que je sois à plaindre?

Elle pleuroit pourtant.

— Ce n'est pas tout, Baptiste; il faut vous récréer un peu, car vous n'avez pas encore pris d'exercice aujourd'hui, biert que l'air fût si tiède et le soleil si riant! Jamais on n'a vu tant de papillons! Vous savez, d'ailleurs, que nous avons deux serins verts des dernières couvées qui n'ont point de femelles, et il y a longtemps que vous pensez à remplacer votre vieux chardonneret, qui est mort d'âge !

Baptiste fit entendre par des gestes et des cris de joie que sa mère alloit au-devant de ses désirs.

— Allez donc mettre vos guêtres de ratine rouge et votre toque polonoise à gland d'or pour faire honneur à monsieur, et conduisez-le jusqu'auprès de la Bée de l'Ain, où vous l'attendrez en chassant à votre ordinaire. Je n'ai pas besoin de vous dire que vous me feriez de la peine en l'accompagnant plus loin.

" Je regardois Baptiste avec un intérêt curieux pour savoir quel effet produisoit sur lui cette défense, car je croyois avoir pénétré une partie de son secret dans le récit de sa mère. Je ne m'aperçus pas que le nom de la Bée d'Ain lui rappelât rien autre chose. Il alla mettre sa toque polonoise et ses guêtres de ratine rouge, revint, embrassa la bonne femme, et courut devant moi en sifflant, tandis que tous les oiseaux du bois se hâtoient à chanter et voleter autour de lui. J'imaginai sans peine qu'ils se seroient posés à l'envi sur la toque et sur les

taules de Baptiste, si son compagnon ne les eût ef-

ayés.

Après une demi-heure de marche, nous traversâmes

s baraques des bûcherons. Les enfants s'amassèrent sur

itre passage.

— Oh ! voilà, crioient-ils, l'innocent aux rouges guêîs, le fils à la mère Montauban, qui va chasser sans ;ts. — Bonne chasse, brave Bâti! rapportez -nous elque oiseau, un gros geai bleu à moustaches, un beau ropère-loriot noir et jaune, ou un de ces méchants pi- •ts qui font des trous dans nos arbres; — et ne fût-ce 'un verdier.

— Non, non, leur répondoit Baptiste, .vous n'aurez ls de mes oiseaux comme par le passé, et je me reîs bien de vous en avoir donné quelquefois. Vous les prisonnez dans des cages, au lieu de les retenir par caresses. Vous leur coupez les ailes et vous les faites flrir! Vous n'aurez plus de mes oiseaux. L'esprit de u est dans l'oisillon qui vole; il n'est pas dans le el enfant qui le garrotte, qui le mutile, qui le tue et le mange. Vous êtes une race méchante, et les petits aux du ciel sont mes frères.

t Baptiste reprit sa course au milieu des éclats de de ces misérables enfants , qui s'étonnoient sans te de le trouver tous les jours plus stupide et plus iné!

i les aurois volontiers frappés, car je ne pouvois me ndre d'aimer Bâti de plus en plus, îand nous fûmes arrivés à là Bée d'Ain, Baptiste èta comme si une barrière de fer s'étoit opposée à passage; il recula même de quelques pas, et se reîa du côté de la forêt en appelant ses oiseaux. Oh! oh! dit-il, où êtes-vous, les jolis, les mignons» ien-aimés?... Où êtes-vous, les jeunes serines du >? où êtes-vous, Rosette? où êtes-vous, Finette If -il croire que vous ne m'aimiez plus, ingrates que

vous êtes, et plus mauvaises que des femmes, si le hibou ne vous a mangées! Venez, petites, venez, mes belles! j'ai des maris à vous donner, deux serins verts d'une couvée!... —Tenez, continua-t-il, en jetant sur le gazon sa toque polonoise, qui laissa ses grands cheveux blonds se répandre sur ses épaules ; dormez là dedans, mes filles, sans rien craindre des hommes, des oiseleurs et des serpents, car je veille sur vous comme une mère sur ses petits.

Pendant qu'il parloit ainsi , je m'étois un peu plus avancé. Je plongeois mes yeux dans cette belle eau si claire et si limpide qui baigne, mon cher Jura, le pied des nobles montagnes qui font ta gloire, et où il n'y a de trop que des villes et des habitants! L'Ain est un autre ciel dbnt l'azur n'a rien à envier à celui où nagent les soleils, et le Timave peut-être est le seul digne de lui être comparé sur la terre.

Le langage de Baptiste me tira de ma contemplation. Je m'approchai de sa toque à pas timides et suspendus, mais en souriant intérieurement de ma crédulité. — Les petites serines y étoient cependant. Elles s'accroupirenten se pressant l'une contre l'autre, hérissèrent et dressèrent leurs plumes pour s'en mieux couvrir, comme la phalange en tortue qui se cache sous ses boucliers, et laissèrent à peiné briller au dehors un œil inquiet qu'elles auraient bien voulu rendre menaçant. Je n'ai pas besoin de vous dire que je me retirai soudainement poui ne pas les effrayer davantage.

— Quoique votre chasse, dis-je à Baptiste, me paroisse heureuse et complète, il est probable que vous ne retournerez pas ce matin à la Maison-Blanche des Bois. Votre mère vous a recommandé de l'exercice, et j'espère encore vous trouver en revenant. En tout cas, j'ai assez bien remarqué mon chemin pour ne pas m'y tromper, et je serois fâché de vous retenir ici contre votre gré. Mais , si je ne dois pas vous revoir» Bap-

tiste, j'aurois du regret de vous avoir quitté sans vous Laisser quelque souvenir de mon amitié. Gardez en mémoire de moi cette montre d'argent, si vous n'ai» mez mieux une double pièce d'or pour acheter quelque chose qui vous convienne davantage. — Et ne me refusez pas!

— Une montre ! dit l'innocent en me prenant la main... Croyez-vous donc que le soleil s'éteigne aujourd'hui? — De l'or? ma mère en a encore pour nos pauvres. Que saurois-je en faire au milieu de mes Diseaux ? #

— Vous n'avez donc rien à désirer, Baptiste?

— Rien, car ma mère ne m'a rien refusé... si ce n'est un méchant couteau!...

Cette idée me glaça le sang. Je me rappelai ce que m'avoit dit sa mère.

— Dieu me garde, Baptiste, de vous donner un couteau. Ma bonne nourrice, qui vit encore, m'a répété cent fois que ce triste cadeau coupoit les attachements. — Et d'ailleurs, les gens tels que vous et moi, mon ami, ne portent pas de couteau... Je ne me suis jamais muni de cette arme de l'homme carnassier, du boucher et de l'assassin.

Baptiste se rassit à côté de sa toque polonoise, et se remit à parlera ses serines.

Je Pobservois un moment avant de poursuivre ma route, quand je m'entendis nommer par un groupe de cavaliers qui la suivoient dans la direction même que j'allois prendre.

— Maxime ici ! dirent-ils, Maxime au bord des eaux bleues de l'Ain! Que le ciel en soit loué! Mais arrive lonc ! les amis de Dubourg ne doivent pas manquer à ta bénédiction nuptiale de sa belle Rosalie, et il est déjà [)lus de midi!...

— Malheureux! pensai-je, et d'abord je ne répondis as. Baptiste m'occupoit trop. Il avoit en effet tourné

sur eux des yeux fixes, mais sans expression déterminée. J'attendis; je crus le voir sourire, et puis revenir à ses oiseaux. Je me flattai qu'il n'avoit pas entendu ou qu'il n'avoit pas compris, et je me joignis à mes nouveaux compagnons de voyage, sans le perdre tout à fait de vue. Il paroissoit tranquille.

La noce fut gaie comme une noce. Les hommes n'ont jamais l'air si heureux que le jour où ils abdiquent leur liberté. Rosalie étoit charmante, plus charmante que je ne me l'étois faite, mais plus soucieuse encore que ne l'est ordinairement une jeune fille qui se marie. Son âme entretenoit sans doute un souvenir vague de ces beaux jours de l'enfance où elle avoit dû rêver d'autres amours et un autre époux. J'en ressentis un secret plaisir!...

Quant au marié, c'étoit le type complet du gendre de convenance dont les familles se glorifient, c'est-à-dire un grand garçon d'une constitution forte qu'aucune émotion n'avoit jamais altérée; doué de cette assurance imperturbable que beaucoup de fortune et un peu d'usage donnent aux sots; parlant haut, parlant longtemps, parlant de tout, riant de ce qu'il disoit ; forçant les autres à prendre part en dépit d'eux à la satisfaction qu'il avoit de lui-même; gros industriel, teint superficiellement de physique, de .chimie, de jurisprudence, de politique, de statistique et de phrénologie; éligible par droit de patente et de capacité foncière; du reste, libéral, classique, philanthrope, matérialiste, et le meilleur fils du monde : — un homme insupportable !

Je partis aussitôt que j'en fus le maître, dissimulant adroitement mon évasion à travers la confusion des plaisirs et des fêtes. J'étois pressé de revoir Baptiste.

Lorsque j'arrivai à la pointe du bois, près de l'endroit où la Bée de l'Ain s'enfonce profondément dans les terres, je fus un moment surpris de voir la rivière parcourue par quelques petites barques fort agiles que je

n'avois pas remarquées le matin. Je supposai qu'elles appartenoient à des gens du canton qui s'efforçoient d'approvisionner Château-Dubourg pour les festins du soir et du lendemain. Tout à coup les barques se rapprochèrent, les paysans descendirent, et un groupe assez épais se forma autour de quelque chose. Je ne suis pas curieux. Je ne sais pourquoi je courus.

— C'est bien lui, murmuroit un vieux pêcheur, c'est le pauvre innocent aux rouges guêtres, c'est 'e garçon à la mère Montauban, qui se sera noyé en poursuivant une hirondelle au vol, sans se rappeler que la rivière fût là, — s'il ne l'a fait d'intention, ce que Dieu veuille épargner à son âme ! Bâti, le bon, l'honnête Bâti! regardez ce qu'il est devenu. Le malheureux enfant ne me demandera plus de couteau!

— Attendez, attendez, dis-je en reprenant le sentiment et la pensée, et en me précipitant vers le cadavre... Il n'est peut-être pas encore mort!...

— Mais comment voulez -vous, mon brave jeune homme, repartit un autre pêcheur, qu'il ne soit pas encore mort, puisque c'est un de nos petits qui étoit où nous sommes, et qui a vu de loin quelqu'un se jeter dans l'Ain, à l'instant où la cavalcade des amis de M. Dubourg a commencé à déborder la pointe du bois? Nous sommes venus au cri du petit , nous avons mis sept heures à chercher l'homme, et voilà que nous le trouvons. Alors il est mort ! et il n'est que trop mort à toujours!...

— Quel bonheur î s'écria un joli petit garçon d'une dizaine d'années en s'élançant dans le bois. — Je sais, moi, où il î laissé sa toque polonoisej qui est toute pleine, comme un nid, de jeunes serines vertes!...

J'ai repassé depuis dans le pays. Je n'ai pu obtenir aucun renseignement sur la mère de Baptiste; il faut qu'elle soit morte ou retournée dans son village.

La maison des bois a changé de forme. Elle est deve-

nue fort grande, fort peuplée et fort bruyante. Aussi les petits oiseaux n'y viennent plus; ils s'en gardent bien. Le gendre de M. Dubourg y a établi une école d'enseignement mutuel, où les enfants apprennent à s'envier, à se haïr réciproquement, et puis à lire et à écrire, c'est-àdire tout ce qui leur manquoit pour être de détestables créatures. C'est un enfer*.

1 II y a ici, de la part de Nodier, uue exagération qui se retrouve pins d'une fols dans ses oeuvres Nous ayons donné, dans les Souvenên de la Révolution, i>e note qui témoigne qne notre auteur étoit dans la pratique moins hostile i ! Attraction qi'2 ne l'étoit dans la théorie. Ce qu'il combattait surtout, c'étoit f fausse direction imprimée aux études de l'enfance et les tendances égoïstes /<t l'éducation universitaire. On peut voir, en rapprochant ses opinions, qui fartent un système complet : De l'origine de l'enseignement mutuel et de* implications dont cette méthode est susceptible. La partie théorique et historique de ce curieux morceau est reproduite dans les Souvenirs de laRèeolution, 1. 1, sous ce titre : La Révolution et l'éducation nationale. On peut consulter e ncore % De l'utilit* ^^ale de l'instruction pour le peuple.

(Jfote de l'Éditeur.)

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