PREMIÈRE JOURNÉE
Travailles, prenei ie la peine.
C'est le fondU qui manque le a..:aj
Il y avoit une fois, à Damas , un vieillard très-riche, très-riche, qu'on appeloit le Bienfaisant , parce qu'il n'usoit de ses trésors que pour adoucir les maux du peuple, soulager les malades et les prisonniers, ou héberger les voyageurs; et il réunissoit tous les jours quelques-uns de ceux-ci à sa table, car il n'étoit pas fier,
1 Les Quatre Talismans ont été publiés, dant l'année 1838, avec la Légende de sœur Bèatrix, en 1 vol. in-8° de 304 pages et une préface. Voici es que dit Nodier, dans cette préface, sur la pensée qui lui a inspiré ce conte:
« J'ai consacré les Quatre Talismans à la classe de la société qui a le inieui compris, selon moi, ses obligations de la vie, et qui en tireroit le parti le plus raisonnable, si elle connoiîsoit tous ses avantages, c'est-à-dire aux ouvriers J'ai voulu leur montrer dans un cadre trop étroit pour un tableau de cette importance, mais dont tout le monde peut agrandir la bordure à sa fantaisie, que les condition» de supériorité sociale les plus universellement reconnues ajoutent fort peu de chose oo n'ajoutent rien au bonheur, et qu'il arrive même asseï souvent qu'elles le rendent impouible, tandis qu'il y a peu d'eiemplcs d'un travail actif, obstiné, consciencieux, dirigé par l'envie de bien faire, qui n'ait pas tôt ou tard trouvé en lui-même sa récomprnse légitime. Oîtte leçon est gr-uide,
quoiquil fût parvenu. Les plus anciens de Damas se Eouvenoient qu'il y étoit arrivé bien pauvre, et qu'il y avoit longtemps gagné sa vie à porter des fardeaux pour les marchands; après quoi, ses petites économies lui permettant dVutveprendre le négoce à son propre compte, on l'avoit ni s'élever au plus haut degré de prospérité sans donner lieu au moindre reproche, de sorte que personne ne prenoit ombrage de sa fortune, dont il ne sembloit jouir que pour en faire part à tout le monde.
Un jour, trois voyageurs fort mal en point et recrus d'âge, de fatigue et de misère, s'étant rencontrés au même moment à sa porte, pour y demander l'hospitalité, les esclaves du vieillard leur donnèrent à laver suivant l'usage, substituèrent à leurs pauvres haillons et à leurs turbans délabrés des vêtements propres et décents, et distribuèrent entre eux trois bourses pleines d'or. Ils les introduiront ensuite dans la salle du festin, où le maître les attendoit, comme il faisoit tous les jours, entouré de ses douze fils, qui étoient de beaux jeunes gens rayonnants d'espérance, de ftm e et de santé, car Dieu avoit béni le Bienfaisant dans sa famille.
Quand ils eurent fini leur repas, qui étoit simple, mais copieux et salutaire, le Bienfaisant leur demanda leur histoire, non pour satisfaire une vaine curiosité, comme
consolante, salutaire, propre à désabuser les bons esprits de ces ambitions jalouses et déplacées qui précipitent les vieux peuples vers leur ruine, et qui sont l'unique secret des révolutions. Aussi n'aurois-je pas hésité à la soumettre aux respectables distributeurs du prix fondé par M. de Montyon, si cette noble récompense ne paroissoit presque uniquement réservée désormais aux vues philosophiques et aux applications expérimentales, qui ont pour but le perfectionnement intellectuel et moral des fainéants, des vagabonds et des forçats. Je conviendrai volontiers d'ailleurs, dans toE*e la sincérité de mon âme, que la direction en ce sens à l'accomplissement des intentions rémunératrices du bienfaiteur, ne sati oit être plus impérieusement prescrite par le» besoins de notre civilisation, et je ne crois pas le temps fort éloigné où l'on poorra la regarder comme un hommage rendu aux intérêts de la majorité souveraine, qui «ont la principe et la lin de >a nouvelle politique. »
le font la plupart des hommes, mais pour s'informer du moyen de les aide dans leurs entreprises et de les secourir dans leurs tribulations- Le plus âgé des trois, auquel il s'étoit adressé, prit donc la paro'c et s'exprima ainsi :