‹ Contes de Madagascar (volume 2)Chapitre 9 sur 29 · LE ROI DU CENTRE · texte numérisé non relu

LE ROI DU CENTRE

CONTE BETSIMISARAKA Recueilli à Vatomandry ^province des Betsimisavaka-du-Sud) .

Ce roi avait trois filles ; l’aînée s'appelait Tsiorivalanampanga ; elle avait les pieds paralysés, mais son visage était très beau. Quand vinrent des prétendants pour ses sœurs, ils ne voulurent plus d’elles, après avoir vu Tsiorivalanampanga. Deux années passèrent ainsi.

Enfin les deux cadettes dirent à leurs parents : « Jamais nous n'aurons de maris, tant que Tsiorivalanampanga sera là. Quelle est celle de nous trois que vous préférez ? Si c’est elle, nous nous en irons. Si ce n’est pas elle, renvoyez-la. » Or ce fut Tsiorivalanampanga que le père et la mère rejetèrent, parce qu'elle était paralysée. Toute la famille fut réunie pour annoncer l’abandon de la jeune fille. La sœur du roi en

fut contristée et la réclama pour l'élever; mais les deux sœurs cadettes s’y opposèrent, car ainsi elle serait toujours restée dans leur voisinage. On fit donc cuire du riz qu'on lui donna à emporter dans une petite sobika, avec une natte, puis la malheureuse fut emmenée par ses parents et ses deux sœurs. Arrivés à une certaine distance, ils atteignirent une grande forêt; après avoir écarté les branches et les lianes, ils la conduisirent au cœur de la forêt et l’y abandonnèrent. Survint un angatra qui cria:

<1 Tsiorivalanampanga, eh ! Tsiorivalanampanga, eh ! qu’est-ce que tu fais là dans les profondeurs de la forêt sombre ? » La jeune fille chanta : « J’ai été abandonnée par mon père pour que tu me manges, j’ai été abandonnée par ma mère pour que tu me manges, j’ai été abandonnée par mes sœurs pour que tu me manges. — Que ferai-je de toi, pauvre malheureuse ? Peut-être que Ragoagoaika (le corbeau) te mangera. » Passa le corbeau qui n’en voulut pas non plus. Puis passèrent successivement tous les oiseaux qui ne la mangèrent point. Enfin vint Rabesaritaka qui grommela : « Ça sent la chair ici, ça sent la chair! » La bête demanda à la jeune fille qui elle était : elle raconta son histoire et Rabesaritaka l’emporta pour être sa fille ; elle mit un fanafody sur les pieds de la jeune fille, qui furent aussitôt guéris, puis elle natta

ses cheveux, elle alla voler des vêtements dans le village des hommes et l’habilla richement. Ensuite elle quitta sa fille adoptive pour aller voler un autre enfant qui devait lui tenir compagnie ; elle en ramena un et le présenta à Tsiorivalanampanga : «Voici Iketaka qui va rester avec toi : moi, j’irai chercher des proies. » Bientôt passa le fils du roi du Nord, qui était à la chasse ; lorsqu’il vit Tsiorivalanampanga, il voulut l'avoir pour femme ; mais, quand elle lui eut dit qui elle avait pour mère, il fut trèsdésappointé et s’en alla. Puis passa le fils du roi du Sud, qui la désira aussi pour femme ; la jeune fille lui dit : « C'est une bête qui est ma mère, elle n’aime que moi et Iketaka ; j’ai peur qu’elle ne te mange ». Mais il consentit à affronter la béte. Tsiorivalanampanga lui promit de demander sa grâce à Rabesaritaka. Quand ils furent restés ensemble deux jours, la jeune femme confia son histoire à son mari et lui dit comment elle était devenue la fille de la béte. Alors il lui demanda la permission de tuer Rabesaritaka et elle y consentit. Ils chauffèrent donc une longue pointe de fer, et, le soir venu, lorsque la bête fut profondément endormie, ils la transperçèrent de façon que la pointe, entrée par les pieds, ressortit par la bouche. Aussitôt les gens qui étaient dans le ventre de la bête crièrent: « Eh 1 Faites attention de ne pas nous

tuer ! » Quand la bête fut bien morte, on ouvrit son ventre et les gens en sortirent. Tsiorivalanampanga leur dit ; n Voulez-vous suivre le \'ivant ou le mort ? » Ils répondirent qu'ils voulaient suivre le vivant. Alors elle leur ordonna de se construire chacun une maison et de s'organiser en village; puis on enterra Rabesaritaka. Quand ils eurent séjourné là quelque temps, la jeune femme devint grosse, puis accoucha. Quand l’enfant fut grand, ils allèrent tous rendre visite au père et à la mère de Tsiorivalanampanga. Arrivés au village, ils entrèrent dans la maison du roi, et se firent toutes les salutations d'usage. Mais la sœur du roi, inquiète et se rappelant sa nièce, demanda au jeune homme : « Qui es-tu ? De qui es-tu fils ? D’où viens-tu ? D’où vient ta femme ? Et quels sont ses parents ? » Le fils du roi du Sud raconta l’histoire de Tsiorivalanampanga, telle qu’il l’avait entendue. Ses parents alors demandèrent pardon à la jeune femme ; ils réunirent le peuple pour faire une grande fête qui dura toute une semaine ; on tua de nombreux bœufs ; on chanta et on dansa. Quand ce fut fini, les jeunes époux retournèrent chez eux, et les sœurs de Tsiorivalanampanga étaient comme mortes de honte.

Si c’est vrai, c’est vrai ; si c’est un conte, c’est un conte ; en ce cas, ce sont les Anciens qui ont menti, et non pas moi.

BESORONGOLA

CONTE BETSIMISARAKA

Recueilli à Andevoranto (province d'Andevoranto).

Ee rat, en se rinçant la bottche, s’est cassé une de ses deux dents ; le ver de terre, le chauve, s’est lavé la figure. Conte ! Conte ! Sornette ! Sornette ! Ce n’est pas moi le menteur, ce sont les Anciens !

Un homme avait trois fils ; le premier s’appelait Andriamatoa, le second Andrianaivo et le troisième Andriamparany. Ees deux premiers étaient sages et obéissants ; ils faisaient toutes les volontés de leurs parents. Mais Faralahy, le dernier né, était désobéissant et entêté. Un jour, les parents envo)'èrent leurs garçons aux champs pour retourner la terre avec des angady. Andriamatoa et Andrianaivo obéirent tout de suite, mais Faralahy refusa en disant; n Je vais

jouer d’abord ; je ne veux pas y aller. » Et c’est ainsi qu’il refusait souvent d’accomplir ce que son père lui ordonnait. Un beau jour, le père, la mère et les deux frères se fâchèrent tout de bon contre lui et dirent : « Faralahy, tu es un enfant très désobéissant, tu ne veux même pas écouter tes parents ni tes frères; tu repousses toutes les remontrances. Va donc et cherche un pays où tu pourras vivre heureux, et où tu n’auras rien à faire. Dès aujourd’hui, ajouta le père, tu n'es plus au nombre de mes enfants. » Faralahy sortit en pleurant ; avant de partir, il s’écria; n O papa, ô maman, û mes frères, j’aime à jouer et c’est pour cela que vous me chassez. Je vais donc aller dans quelque pays où je trouverai la mort. « — Vas y », répondirent ses quatre parents. Faralahy se mit en marche et gagna une montagne très élevée. Quand il y fut, il coupa une grosse tige de ravinala (arbre du voyageur); il porta cette tige au sommet escarpé du mont, s’assit dessus, puis la laissa glisser jusqu’au fond de la vallée. 11 recommença ce 7Tianège un certain nombre de fois et en parut fort satisfait ; jour et nuit il ne faisait plus que se livrer à ce jeu, malgré la pluie, le soleil et la faim. Aussi on le surnomma Besorongola (i) et

( 1 ) Besorongola, de sorongola, glissade, « qui fait beaucoup de glissades. »

bientôt on ne lui donna plus d’autre nom. Quelque temps après son arrivée sur cette montagne, un Etre (Zavatra) survint qui lui dit: « Besorongola, pourquoi joues-tu ainsi à la glissade? Je te vois ici continuellement, même la nuit; tu aimes trop le jeu, et tu en négliges de manger. Le froid, la chaleur, la fatigue, l’obscurité, rien ne t’empêche de jouer. Dis-m'en la raison, je te prie, mon enfant. » Besorongola lui répondit ; H Je joue à la glissade, nuit et jour, sur cette montagne, pour chercher la mort, car je suis un enfant détesté de mes parents. \^oilà la vraie cause de mon jeu. — Est-il vrai que tu es venu ici pour y mourir ? dit l'Etre. — Oui, c’est vrai. — Tu ne cherches pas autre chose que la mort ? — ■ Je ne cherche rien que la mort. — Quitte ton jeu et va tendre un piège. — Non, je ne quitterai pas mon jeu si amusant, avec lequel je cherche la mort. Je ne veux pas du tout tendre de piège. » Et il fitencore d’autres réponses évasives, comme lorsqu'il était devant ses parents. Pourtant l'Etre insista tellement que Besorongola finit par céder : il demanda seulement quelques jours pour faire le piège. Quand il fut achevé, l’Etre lui dit: « 'Va tendre ton piège dans le lieu que tu voudras, puis visite le chaque matin. Tu rouvriras l'ou- ^■erture, après avoir enlevé la proie, et je t’interrogerai chaque fois sur tes prises. » Besorongola alla tendre son piège, puis il retourna à son

jeu de glissade. La nuit, l’Etre lui recommanda d’aller dès le matin visiter le piège, ce qu’il promit de faire. Il s’y rendit en effet et trouva un beau lamba tout neuf, qu’il emporta, après avoir rouvert le piège. Il reprit son jeu et l’Etre vint lui demander: « Qu’as-tu pris, mon enfant ? — Un lamba neuf. — Un lamba ? — Oui. — Ce lamba est pour toi, puisque tu es nu et que tu n’as plus de pagne pour te couvrir. Demain^ regarde encore ton piège. — Oui. — » Dès que le coq chanta, Besorongola alla voir son piège: il y trouva cette fois une grande quantité de riz. Après l’avoir enlevé, il rouvrit le piège ; puis retourna à ses glissades. L’Etre lui demanda encore ce qu’il avait trouvé : « Du riz ! C’est une bonne aubaine ; on se nourrit avec le riz; il le fortifiera le corps, h Le lendemain, Besorongola trouva dans son piège des marmites, des assiettes en terre et toutes sortes d'ustensiles de cuisine ; et les jours suivants il obtint toute espèce de biens en abondance : par exemple des esclaves, des troupeaux de bœufs, de grosses sommes d’argent. Besorongola devint un homme riche, grâce à son piège. Mais malgré ses richesses, il ne renonçait pas à son jeu. L’Etre l’admonesta en ces termes : i< Besorongola, te voilà riche : n’agis plus comme un enfant, c’est honteux de jouer ainsi ; renonce à tes glissades et dis-moi ce que tu désires. — C’est par mes glissades que je me

suis enrichi ; aussi n’y renoncerai-je point. Mais je veux une jeune tille pour être ma compagne : c’est ennuyeux d'être seul dans une maison, et n’y a-t-il pas un proverbe qui dit : Case sans femme, corps sans âme. — Demain, va donc regarder ton piège. » Le lendemain Resorongola y trouva une belle jeune fille à la longue chevelure, qu'il emmena au village. Puis il retourna à son jeu. L’Etre survint. « N’as-tu pas honte de jouer ainsi, toi un homme riche et marié. Retourne dans ta maison où ta femme t’attend. » Besorongola obéit et quitta son jeu. Il se ht construire une grande maison par ses esclaves, avec de vastes communs pour eux et des fosses à bœufs. Quand tout le mobilier fut en ordre, la jeune fille lui dit : » Comment me traiteras-tu, comme une femme, une sœur, ou une mère ? — Je te prends pour ma femme, répondit Besorongola. — Alors je te serai ton épouse. — Certainement oui. « Ils vécurent heureux ensemble, bien qu’ils fussent deux enfants abandonnés.

Or un jour la mère de Besorongola tomba gravement malade et fit envoyer un messager à son fils ; « Ton père et tes frères te font prévenir que ta mère est gravement malade. On ne sait pas si elle va mourir ou non. Va donc la voir, pendant qu’elle est encore vivante. » Mais Besorongola répliqua : « Dis à mon père, à ma mère

et à mes frères ceci : Besorongola était votre enfant que vous avez rejeté à cause de sa désobéissance et de sa pauvreté. Je n’irai donc pas chez vous, mais soignez bien la malade. » Il resta, et le messager partit, emportant ses paroles. La maladie empira et la malade mourut. Le père, les frères et les habitants du village envoyèrent dire à Besorongola que sa mère était morte, et qu’on le convoquait pour célébrer les funérailles et pour pleurer. « Je n’irai point ; à mon père, à mes frères et aux habitants du village dis ceci : le pauvre n’est pas le parent du riche ; le bœuf vendu n’appartient plus à son ancien propriétaire. Je suis le petit d’une alouette au bord du chemin. Ce n’est pas moi qui n’ai pas aimé mes parents, ce sont mes parents qui ne m’ont pas aimé. Aussi je n’irai point, mais qu’on fasse de belles funérailles. » Le messager partit. Longtemps après, le père de Besorongola tomba malade à son tour. Les frères le firent prévenir, mais il refusa d'y aller. Le père mourut. On convoqua Besorongola pour les funérailles, mais il ne vint pas.

Or un jour un homme célébrait une fête en accomplissement d'un vœu. Besorongola fut invité à s’y rendre pour assister aux rites, boire du rhum et goûter la chair des bœufs sacrifiés. Besorongola accepta : lorsqu’il arriva avec sa femme et ses esclaves, on eût dit un roi escorté

par tout un peuple qui jouait de divers instruments de musique : flûtes, timbales, amponga. Partout retentissaient des chants dont l’écho se répercutait dans les montagnes. On tua des bœufs pour la fête et on en partagea la chair entre les assistants. Lorsque chacun eut sa part, on apporta du rhum et tout le monde se mit à boire. Chaque fois qu’on faisait une nouvelle distribution, on en donnait une grande quantité à Besorongola, et les distributeurs commençaient toujours par lui. 11 aimait le toaka et en but avec excès. Lorsqu’il eut la tète perdue, ses frères et les chefs s’approchèrent de lui et lui dirent doucereusement : « Seigneur Besorongola, comment as-tu fait pour acquérir tous ces biens? Tu ne travailles pas, tu ne te livres pas au commerce, et pourtant tu es riche. Comment t'y es-tu pris? — .le n’ai pas travaillé en effet, mais j’ai à moi un bon Zanahary. » Il n’en voulut pas dire davantage, car il avait encore une lueur de raison. Les autres résolurent de lui faire boire encore beaucoup de toaka, de façon à l'enivrer tout à fait, et ils y réussirent. Ils revinrent alors à la charge et le supplièrent de lui dire le moyen dont il s’était servi pour devenir riche. Besorongola dit alors : '< Vous me demandez ce que j’ai fait pour acquérir tous ces biens : pas grand’chose en vérité ; je les ai pris au piège ; tous mes biens

sont des biens de piège. » A ce moment meme, toutes ses richesses s’évanouirent. Il n’eut plus rien, ni femme, ni argent, ni esclaves, ni bœufs. Quand il sortit de son ivresse, il s'aperçut qu'il était seul, et, seul, il reprit tristement le chemin de son village. Arrivé à la maison, il eut un nouvel étonnement : elle était vide de mobilier. L'Etre revint et lui demanda : « Où sont tes compagnons, où sont tes richesses? — Je ne les ai pas vus. Tout m’abandonne. J’ai assisté à la fête d’un chef, je me suis enivré, et mes frères, à ce qu’il paraît, m’ont prié de leur dire comment j’avais fait pour devenir riche. Je leur ai répondu que mes biens étaient des biens de piège. Je pense que ma femme et mes esclaves n’ont pas aimé ces paroles, et c’est pourquoi ils m’ont abandonné, furieux de s'entendre appeler biensde-piège. — Je t’avais promis de te donner ces richesses, en raison de ta pauvreté ; si tu es discret, je consens à te les rendre. — Sûrement, répliqua Besorongola, je ne dirai plus rien à personne, si tous mes biens me sont rendus. » Et soudain lui revinrent scs biens en même temps que sa femme et ses esclaves. Tous vécurent tranquillement. L’Etre revint voir Besorongola et lui demanda ce qu’il désirait encore. « Je veux avoir une autre femme ; quand on est riche, on doit avoir au moins deux femmes. Un homme qui n’en a qu’une est au nombre des

malheureux. — Soit. Dirige-toi donc vers le Sud : tu y trouveras la femme que tu dois aimer. Voici les conseils que je te donne et que tu devras suivre de point en point. Avant ton départ, prends un fihitra (mouche de bœuf) et mets-le dans un bambou. Quelque temps après ton départ, tu trouveras des bananes mûres, tu ne les mangeras pas, mais tu continueras ta route. — Oui. — Plus loin tu verras des deux côtés du chemin des cannes à sucre hautes et grosses; tu n'y toucheras pas, mais tu poursuivras ta marche. — Oui. — Puis tu verras une tête d'homme sans corps, en train de mettre sa nasse dans l’eau. Elle fera tout son possible pour te faire rire, cependant tu ne riras pas, et tu ne t’écarteras pas de ton chemin. — Oui. — Après avoir encore marché, tu verras une jambe sans corps en train de faire tourner une meule pour les cannes à sucre. Elle gesticulera et tâchera de te faire rire, mais tu ne riras pas et tu marcheras toujours. — Oui. — Ensuite tu verras deux ponts sur un grand fleuve ; sous l'un, qui parait bon, les bancs de sable affleurent à la surface de l’eau ; l’autre au contraire est mauvais : les bois en sont vermoulus et, audessous, l’eau est très profonde. Cependant tu ne prendras pas le bon pont, mais tu passeras sur le mauvais. — Oui. — Après avoir traversé ce fleuve, tu n’auras plus qu'une courte distance

à franchir, et tu arriveras auprès d’un village. Tu trouveras là un gros chien à longs poils, très méchant, qui menacera de se jeter sur toi. Tu ne le chasseras ni ne le frapperas, car ce chien sera ton beau-père. — Oui. — Arrivé à une case, tu trouveras une jeune hile syphilytique, couverte d’ulcères : elle te demandera de lui écorcer une canne à sucre. Ecorce-la et donne la lui. — Oui. — Ensuite tu laisseras s’envoler le hhitra enfermé dans le bambou, il se posera sur la jeune hile et tu diras au maître delà maison que cette jeune hile est à toi. — Oui. — Quand tu auras prononcé cette parole, il te montrera un bâton, et te demandera d’en indiquer l’ancienne extrémité supérieure et l’ancienne extrémité inférieure, chose impossible a distinguer. Pour les reconnaître, tu jetteras ce bâton au dehors, et la partie qui touchera le sol la première sera l’ancienne extrémité inférieure. — Oui. — Alors il te donnera la belle jeune hile sur laquelle le hhitra se sera posé. Mais aie soin de bien suivre tous mes conseils. — Oui. »

On prépara les provisions de route et tout ce qui était nécessaire au voyage. Puis on attrapa un hhitra et on l’enferma dans un bambou. V^oilà Besorongola parti.

11 marcha quelques heures, et la nuit vint, car il n’avait quitté son village qu’après avoir

mangé. Il se coucha et le lendemain continua sa route vers le Sud. A midi il rencontra sur son chemin des bananiers chargés de régimes de bananes complètement mûres. Il n’y prit pas garde ; pourtant il avait très faim'et il mourait de soif à cause de l'ardeur du soleil. Au bout de quelque temps il vit de grosses et longues cannes à sucre : il n’y toucha pas, mais continua de marcher : il fit alors cuire du riz, mangea, et repartit. Tout près de là, il vit une tète sans corps qui mettait sa nasse dans l’eau et essayait de le faire rire. Cependant il ne rit point. Plus loin, comme le soleil était sur le point de se coucher, il vit une jambe sans corps qui faisait tourner une meule, et gesticulait pour le faire rire. 11 n’y prit pas garde et ne sourcilla point. 11 marcha encore, la nuit vint ; il se coucha. Le lendemain il repartit de bonne heure et arriva bientôt près d'un fleuve. 11 vit les deux ponts et hésita un moment. En prenant le mauvais pont, il craignait pour sa vie, car les bois étaient pourris et l’eau très profonde. D’autre part il se rappelait les conseils de l’Etre. II se décida enfin à les suivre et s’engagea sur le mauvais pont. Sitôt qu’il y eut mis le pied, ce pont devint excellent et, dessous, l’eau fut peu profonde. Il arriva donc sain et sauf sur l’autre rive. Il parvint rapidement à la porte du village; là un gros chien à longs poils.

d’aspect très méchant, menaça de le mordre. Cependant il ne le gronda, ni ne le frappa, mais entra dans la maison, sans faire attention à lui. Lorsqu’il fut assis, le chien entra et se changea en homme. Puis ils se saluèrent tous deux. Besorongola dit alors qu’il venait pour chercher une femme. Quelques instants après, une jeune fille syphilitique entra et lui dit : <1 Seigneur, ccorcc-moi ma canne à sucre. » Besorongola l’écorça et la lui rendit. Puis il laissa s’envoler le fihitra, qui se posa sur le nez de la jeune fille syphilytique. « Celle-ci m’appartient, s’écria-t-il. » Au même moment la fille devint merveilleusement belle, et une longue chevelure se déroula sur ses épaules. Le père dit, en lui montrant un bâton ; « Si tu arrives à distinguer l’ancienne extrémité inférieure de ce bâton, ma fille sera à toi. » Besorongola, après l’avoir examiné, le jeta au dehors et désigna comme la partie inférieure celle qui avait touché le sol la première. « Oui, dit le père; prends donc ta femme : elle est à toi. » Besorongola partit donc avec la jeune fille qu'il avait eu tant de mal à gagner.

Quand il fut rentré chez lui, l’Être lui dit : « Tu as maintenant tout ce que tu désires, mon enfant : donne-toi du bon temps. Tu appelleras ta femme Ramarozavapadiana, car pour l’avoir tu as résisté à l’envie de beaucoup de choses. »

Dès lors on nomma cette femme Ramarozavapadiana.

Les frères de Besorongola vinrent lui demander comment lui étaient revenues toutes ses richesses et comment il avait eu cette deuxième femme aux longs cheveux et si belle. Besorongola leur répondit : « Si vous pouvez résister à l'envie de beaucoup de choses, vous aurez la même chance que moi. — Sans doute nous le pourrons. Dis-nous ce qu’il faut faire. » Alors Besorongola leur répéta toutes les recommandations que rKtre lui avait faites ; il n’altéra la vérité que sur un seul point : il leur dit que l'extrémité du bâton qui toucherait d'abord le sol serait l’ancienne extrémité supérieure ; or c'était juste le contraire.

I-es deux frères partirent. Quand ils arrivèrent aux bananiers, ils regardèrent tout autour et virent par terre des écorces de bananes. « Besorongola est un imbécile, s’écrièrent-ils, ou bien il a voulu nous tromper. \'oilà par terre les écorces des bananes qu’il a mangées, et il a eu l’audace de nous dire de ne pas en prendre ! » Ils se rassasièrent donc de bananes. Ils mangèrent de même des cannes à sucre et en emportèrent une provision pour la route. Ils éclatèrent de rire en voyant la tête qui mettait sa nasse dans la rivière, et la tête leur cria : « Puissiezvous ne pas réussir dans votre entreprise, vous

qui vous moquez de moi ! » Les deux frères rirent de plus belle en regardant la jambe qui tournait la meule, n Vraiment, disaient-ils, comme nous avons vu des choses nouvelles et étranges! En aurons-nous à raconter à nos femmes et à nos enfants, quand nous serons de retour dans notre village ! i> Arrivés au fleuve, en face des deux ponts, iis se moquèrent encore de Besorongola : « Ce coquin-là voulait nous faire noyer ici ! Nous croit-il bêtes, pour nous dire de passer sur un pont vermoulu au-dessus d’une eau profonde, lorsqu’à côté se trouve un beau pont tout neuf. » lis s'engagèrent donc sur le pont en bon état ; mais à peine y eurent-ils fait quelques pas, qu’il s’écroula sous eux, et les eaux qui paraissaient basses devinrent tout à coup très profondes. Heureusement les deux frères savaient nager ; ils gagnèrent l’autre bord sains et saufs, mais tout mouillés. Quand leurs vêtements furent secs, ils se remirent en route.

Arrivés au village, ils frappèrent à coups de bâton le gros chien, qui se sauva tout meurtri, en aboyant bien fort. Le chien se changea ensuite en homme et la jeune fille syphilytique leur demanda d’écorcer sa canne à sucre.

Il Ecorce-la donc, dit l’un des frères. — Je n’ose pas, répondit l’autre ; j’ai peur d’attrapper aussi la syphilis. » Ils dirent à la jeune fille qu’ils ne pouvaient pas écorcer la canne à sucre, parce

qu'ils avaient mal aux mains. Enfin, lorsque le père les soumit à l'épreuve du bâton, ils dirent que l'extrémité qui avait touché d’abord le sol était l’ancienne extrémité supérieure de l’arbuste, ce qui était le contraire de la vérité. Le chien changé en homme leur dit alors : « Vous ne savez pas grand chose tous les deux ; vous avez besoin d’étre nettoyés avec de bons fanafody dans le petit lac qui se trouve à l’est du village. )) Les deux imbéciles consentirent. L’homme les emmena au bord du petit lac, les frotta avec des feuilles qui se trouvaient près de là et leur dit de se plonger dans les eaux du lac. x\ussitôt ils furent transformés en chiens. Ils se sauvèrent tout honteux et regagnèrent leur village. Arrivés chez eux, ils firent mille démonstrations d’amitié à leurs femmes, en aboyant et en remuant la queue. Mais, n’étant pas habituées à avoir des chiens, elle les frappèrent et les chassèrent.

Les chiens d’aujourd’hui sont les descendants de ces deux frères. Et, si les chiens aiment les hommes et ne se séparent pas d’eux, c’est, diton, parce qu'ils ont été eux-mêmes des hommes autrefois. D’autre part ils sont voraces et ne savent pas choisir leurs aliments, mais mangent tout ce qu’ils rencontrent.

FARALAHY

CONTE MAROFOTSY

Recueilli à Tsaratanana (cercle de Maevatanana).

Deux époux eurent, dit-on, trois fils. I^e dernier de ces enfants était paralytique. Très vieux et incapables de gagner leur vie, les deux époux dirent un jour à leurs fils valides: « Chers enfants, nous sommes las de vous nourrir et nous ne pouvons plus gagner notre vie. A votre tour, vous allez subvenir à nos besoins, puisque vous êtes grands. « — « Nous le voulons bien, répondirent-ils, mais à condition que vous chassiez Faralahy. Lui aussi est votre fils. Pourquoi ne nourrirait-il pas, comme nous, ses parents, et pourquoi serait-il entretenu par les frères élevés avec lui ? n Les deux époux, émus de pitié, s’écrièrent: « Mais vous savez bien dans quel

état est Faralahy ? — Nous ne le savons que trop. Il est inutile d’insister. Si vous voulez que nous vous nourrissions, il faut le rejeter. » Les deux époux étaient bien embarrassés. Rejeter la chair de leur chair leur paraissait impossible, mais garder leur fils, c'était se condamner à mourir de faim tous les trois. Ils se décidèrent donc, bien malgré eux, à rejeter Faralahy. Auparavant, ils voulurent lui donner le tiers de ce qu’ils possédaient. Un taureau rouge et un coq rouge furent sa part. Puis les deux jeunes gens emportèrent leur frère paralytique pour le perdre dans une grande forêt. Ils le portaient sur leurs épaules, le taureau marchait devant, et le dernier-nc tenait le coq sous son bras. Arrivés dans la forêt, les deux hommes firent une petite cabane et y déposèrent leur frère. Ils construisirent également une étable pour le bœuf et un poulailler pour le coq ; puis ils retournèrent chez eux. Au bout d'un certain temps, Faralahy sentit ses forces diminuer, parce qu'il avait épuisé les faibles provisions laissées par ses frères. Or, un jour, quelques gardiens des bœufs d'Andriambahoaka, qui cherchaient un bœuf égaré dans la forêt, entendirent un chant de coq. Ils s’approchèrent et, arrivés à peu de distance de la cabane, ils entendirent mugir un bœuf. Ils se hâtèrent alors, croyant qu’il y avait là un camp de voleurs de bœufs. Lorsqu'ils parurent

à la porte de la cabane, Faralahy les fit entrer et les pria de s’asseoir. Il leur conta ses malheurs. « Je ne suis un homme que de nom ; je me trouve condamné à ne rien faire jamais ; fatigué d’être couché, je me lève ; fatigué d’être levé, je me couche. » Les chercheurs de bœufs retournèrent chez Andriambahoaka et lui racontèrent leur visite chez le paralytique. « Moi aussi, s’écria le roi, j’ai été malheureux jadis, sans toutefois être paralytique. Allez prendre ce pauvre homme et amenez le moi . » Lorsqu'on l’eut cherché, Andriambahoaka lui fit construire une belle maison en bois, avec des places pour son bœuf et pour son coq .

Or, un jour, un marchand d’esclaves arriva chez le roi, lui demandant s’il voulait échanger un esclave contre un taureau rouge et un coq rouge. « Je n’en ai pas, répondit Andriambahoaka, mais va au nord à cette maison que tu vois làbas. Tu trouveras peut-être ce que tu cherches.» Le marchand alla chez le paralytique, qui lui donna, en échange de l’esclave, le bœuf et le coq rouges.

Au bout d’un certain temps, l’esclave du paralytique fit un jour le sikidy avec des grains de haricot et dit à son maître : « Viens que je te porte sur mon dos étalions au pied de ce grand arbre. » Quand ils furent au pied de l’arbre, l’esclave ajouta: « Monte sur l’arbre.» Et il

l'approcha du tronc, k Tu te moques du monde, dit le paralytique. Tu sais que je suis perclus et tu veux que je monte sur un arbre. — Peu importe; je sais ce qui en est ; monte et tu seras guéri immédiatement. » Le paralytique, containcu par ces paroles, se mit à monter. A moitié de l'arbre, il se trouva fatigué et cria qu’il allait descendre. Mais l'esclave piqua des sagaies dans le tronc. Le paralytique, effrayé, parvint au sommet avec de grands efforts. Puis son domestique lui dit de descendre, et, quand il fut à quelques mètres du sol, l’autre abattit l’arbre à coups de hache ! En entendant trembler l’arbre, le paralytique sauta en bas et se trouva guéri ; à partir de ce jour, il fut fort et vigoureux.

Ensuite l’esclave fit de nouveau le siUidy et dit .• « Aujourd’hui nous n’avons rien à manger, mais nous allons faire des collets pour la chasse. » Quand les collets furent prêts, l’esclave dit encore : « \'a tendre ces pièges au bord de l'étang, et apporte la première chose que tu prendras, quelle qu'elle soit. » Le maître suivit les indications de son domestique; il se rendit au bord de l’étang, tendit le piège, et attendit ; aucun oiseau ne se prit. Après un long temps, un balai se trouva dans le piège et il l’emporta comme l’avait ordonné le sikidy. 11 tendit les pièges une seconde fois ; cette fois il prit une grande caisse qu’il ne pouvait presque pas

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remuer; dedans il y a\ait deux jeunes filles et un canard sauvage.

Faralahy rapporta chez lui le produit de sa chasse. Tous les deux se partagèrent les jeunes tilles pour en faire leurs femmes. Le chasseur choisit le premier ; il n'osa pas prendre la plus belle et désigna la moins belle. L'esclave dit alors; « C’est celle-ci qui est noble comme toi. Quant à celle-là, elle est bonne pour moi. » 11 lui donna donc la plus belle et prit l'autre. Ensuite la femme Andriana dit aux deux hommes; « Allez chercher une grande plaine, pour que nous y demeurions, car cette habitation ci est malsaine. » Mais l’esclave seul partit; Faralahy resta avec les deux filles et la caisse où on les avait trouvées. L’esclave ne tarda pas à trouver une grande plaine à l’est du village d’Andriambahoaka et il retourna joyeusement l'annoncer. Tous les quatre partirent alors, les deux hommes portant la caisse sur leurs épaules. La servante emportait le balai et l’Andriana le canard sauvage. Lorsqu’ils furent arrivés, la hile noble brisa la caisse, et il en sortit des gens, des bœufs, des moutons, des oies et toute espèce d’oiseaux, en très grand nombre. Andriambahoaka, de son village, entendait les cris des hommes, les meuglements des bœufs, les bêlements des moutons. Il envoya un esclave pour voir ce qui se passait. Celui-ci revint au bout de

peu de temps et annonça au roi que Faralahy le paralytique était devenu fort et vigoureux; il était en outre possesseur de grands biens : c’étaient ses esclaves qui criaient, ses bœufs qui meuglaient, ses moutons qui bêlaient. <i \^oyez, dit Andriambahoaka, l’Andriamanitra l'a enrichi!»

Partout on ne parlait que des richesses de Faralahy. Le bruit en arriva jusqu’aux oreilles de ses parents qui lui firent dire : » Viens visiter tes parents, qui t'ont donné le jour. — Oui, dit le dernier-né, j’y viendrai, qu’on leur dise de préparer un grand repas, car j’aurai beaucoup de monde avec moi. » L’esclave de Faralahy lui dit ; « O maître, laisse-moi aller à ta place et reste ici ; de peur que tu ne t’enivres et qu’ils ne te demandent ce que tu as fait pour devenir si riche. Si tu leur réponds que tu as pris ta fortune au piège, nous tomberons dans la plus affreuse pauvreté, et tu seras plus malheureux encore qu’autrefois. » Faralahy répondit : « Laisse-moi-partir, je ne dirai rien. » A contre cœur l’esclave le laissa partir. Faralahy se mit en route, suivi d’un foule d’esclaves, de sa femme et de la servante. Quand ils furent arrivés, la fille Andriana ne voulut pas entrer avec Faralahy, mais elle fit entrer l’esclave pour écouter les paroles de son mari. On commença à causer, et les aînés de Faralahy lui demandèrent :

<1 Dis donc, F’aralahy, commentas-tu fait pour

avoir toutes tes richesses ? — Quand l’Andriamanitra le veut, tout abonde. » Alors ils firent boire beaucoup de rhum à leur frère et, quand celui-ci fut ivre, il dit; « J'ai pris mes biens au piège. » A ces mots, l’esclave sortit pour prévenir sa maîtresse, et en un instant tous les biens de Faralahy, jusqu'à sa femme, disparurent, parce qu'il avait violé le fady. 11 demeura tout honteux, car même les lambas qu'il portait avaient disparu, et il s’était trouvé couvert de haillons, comme jadis. Quand il fut de retour, son esclave se moqua de lui; cependant, au bout d’un certain temps, il fit de nouveau le sikidy et dit à Faralahy : « Si tu peux supporter ce que je vais te dire, ta femme et tes richesses te seront rendues, du reste ta vie sera respectée. — Je supporterai tout ce qu’il faudra, du moment que ma vie sera sauve; dis-moi seulement ce qu’il faut faire.» — «Voici! tu vas te diriger droit vers l'est; une cascade obstruera ton chemin; tu ne te détourneras ni à droite ni à gauche, tu marcheras droit devant toi et tu traverseras la cascade. Tu verras ensuite un champ de bananiers, et tu ne mangeras que les bananes qui ne sont pas mûres. Si tu as soif, tu ne boiras pas de l’eau pure, mais de l’eau sale. Tu rencontreras de grosses bêtes qui se dirigeront vers toi pour te tuer, tu ne prendras pas la fuite, mais tu te défendras seulement avec tes mains. Enfin tu

verras un crâne suspendu, à qui tu diras ; « Un grand homme sourit à un petit gamin ! » — <1 Aie confiance, répondit joyeusement Faralahy, tout ce que tu me dis sera suivi exactement. « Et il se mit en route. Il arriva bientôt à une cascade qu’il traversa facilement et passa l’eau pour continuer sa route. 11 arriva ensuite dans un champ de bananiers et il ne mangea que les bananes vertes. Il parvint à un village qu’habitait sa femme : il l’ignorait d’ailleurs. Dans ce village il ne trouva qu’un vieillard. Celui-ci lui demanda ce qu'il venait faire, à quoi Faralahy répondit : « Je viens chercher ma femme, mais il fait nuit; voulez-vous me donner l’hospitalité?

— Où comptes-tu trouver ta femme, jeune homme ? Et pourquoi la cherches-tu ? Tu l’as donc perdue ? — Je ne sais pas où elle est allée » répondit Faralahy, et il lui raconta son histoire depuis le commencement jusqu’à la fin. «N'aie pas d’inquiétude, mon enfant, tu verras ta femme. Mais hélas ! j’ai une rizière qui n’est pas labourée. Tous les hommes du village sont pressés de travailler les leurs; moi je suis vieux, et je ne peux plus rien faire. Si tu peux retourner ma rizière, je te rendrai ta femme. Cependant pour être franc, cette rizière est très grande....

— Je la finirai; montre-la moi. » Tous deux partirent, et Faralahy, quand ils furent arrivés à la rizière, dit au vieillard de s’en retourner.

A peine eut-il tourné les talons, que Faralahy se mit à pleurer. Plusieurs sangliers arrivèrent et lui demandèrent la cause de ses larmes.

Et lorsqu'ils coururent sur lui, Faralahy étendit seulement les mains pour les écarter et leur dit : <1 Je pleure, parce qu’à moi tout seul je suis obligé de labourer cette grande rizière. — Ne t'inquiète point. Aujourd'hui même ce sera hni. » 11 se mirent à piocher avec leur groins et bientôt la rizière fut retournée, l'aralahy leur donna du manioc et ils s’en allèrent.

1,’homme, tout joyeux, retourna au village et dit au vieillard que sa rizière était labourée.

« C'est bien, dit celui-ci, mais un collier de perles est tombé dans cette rivière ; il faut que tu le retrouves pour avoir ta femme. » Faralahy se mit de nouveau à pleurer; une sarcelle vint et demanda la cause de ses larmes. « Quand j’étais en route, dit Faralahy, je n’ai pas bu de l’eau pure, mais seulement de l'eau sale, parce que je craignais que tu ne manques d’eau pour te baigner. Or voici qu'un collier de perles est tombé dans cette rivière et il faut que je le retrouve pour qu'on me rende ma femme. — N’aie pas peur, tu l'auras. » Et la sarcelle, plongeant dans l’eau, ramena les perles. Faralahy les apporta au vieillard. « C’est bien, dit celui-ci, mais deux mesures de riz sont tombées dans ce vero ; si tu peux les ramasser, je te rendrai ta femme. »

Des fody arrivèrent et Faralahy leur dit : « Ce qui fait qu’en route je n’ai pas touché aux bananes mûres mais seulement aux vertes, c’est que je voulaisles laisser pourvous. Maintenant je pleure, parce qu’il me faut ramasser deux mesures de riz tombé dans ce vero. « Les fody ramassèrent le riz. Quand tous les travaux imposés par le vieillard furent accomplis, les richesses de la femme Andriana revinrent toutes chez Faralahy et sa femme elle-même l'attendait, toute joyeuse. Pourtant elle n’était pas encore à lui, car une dernière épreu\e vint à la pensée du vieillard. Il Tu auras ta femme, mais à la condition de me désigner le premier-né de tous mes bœufs. — Assemble donc le Fokonolona, dit Faralahy, pour me voir désigner ton bœuf premier-né. » Cela dit, P'aralahy pleura encore, mais un tihiira le consola en lui disant; « Regarde-moi bien, le bœuf que je piquerai et qui bondira dans le parc, sera le premier-né. » Quand le P’okonolona fut rassemblé, le vieillard proclama les conventions faites : un bœuf, à ce moment, se mit en fureur; Faralahy le désigna pour le premier-né, et tout le monde l’acclama parce qu’il avait trouvé juste. «Viens donc reprendre ta femme, » dit le vieillard. F’aralahy entra dans la maison et vit deux femmes, la mère et la fille, qui se ressemblaient absolument. Aussitôt il s’écria ; « Laissez-moi sortir un peu

il fait trop chaud dans cette maison. » Arrivé dans la cour, il pleura comme il avait déjà fait. Une mouche lui demanda ce qu’il avait et il conta son embarras. <i N’aie pas peur, dit la mouche; regarde-moi bien : celle sur le front de qui je me poserai sera ta femme. » Alors Faralahy rentra en souriant : une mouche était déjà posée sur le front de la jeune Andriana. «La voici! )> s’écria joyeusement Faralahy. Cette fois, l’.Andriana lui fut rendue. Elle appela sa servante et tous trois se mirent en route. Avant leur départ, les parents de la jeune fille dirent à Faralahy ; « Maintenant elle est ta femme pour jamais et ne peut plus te quitter. » Arrivés chez eux, ils furent aussi riches qu’auparavant. Les parents et les frères de Faralahy lui demandèrent encore de leur rendre visite ; le dernier-né consentit et leur recommanda de préparer un grand repas. 11 emmena avec lui sa femme et un grand nombre d’esclaves. Ses parents lui donnèrent beaucoup de rhum et il fut bientôt complètement ivre. Alors ils lui demandèrent comment il était devenu si riche. (I Ma fortune et ma femme, je les ai prises au piège. Elles m’ont aimé, m’aiment et m’aimeront toujours. Jamais elles ne pourront me quitter, quelles que soient les mauvaises paroles des envieux. Elles demeureront immuablement avec moi. » Et Faralahy, en prononçant ces paroles.

quitta dédaigneusement ses frères. Arrivée à la porte, la jeune Andriana secoua sa robe et tout ce que possédaient les frères de Faralahy disparut soudain. Les deux frères, qui avaient perdu Faralahy dans la forêt sombre, furent couverts de plaies.

LES 3 FRERES aUI-ONT-DES-QUEUES

CONTE MERINA

Recueilli à Aukorona {province de Tananarive).

Il y avait, dit-on, trois filles d’un roi, qui ne voulaient pas se marier avec des hova, mais seulement avec des andriana comme elles. Trois frères qui-avaient-des-queues (i) entendirent raconter que ces trois sœurs refusaient d’épouser des hova, et ils vinrent les demander en mariage. Ils avaient mis de splendides costumes et par dessus portaient de superbes lambamena, sous lesquels ils avaient dissimulé leurs queues. Arrivés devant le roi ils lui dirent qu'ils venaient de très loin pour lui demander ses filles en mariage ; elles consentirent, séduites par leurs beaux atours, et parce que, disaientelles, ils étaient trois frères comme elles étaient

(i) Trois animaux.

trois sœurs. Elles partirent donc, accompagnées d'un esclave, pour suivre leurs trois maris dans l’endroit où ceux-ci habitaient. L’esclave s’appelait Ibitrika. La demeure des trois frères était très éloignée; c'était une caverne sous de grands rochers. Arrivés sous les roches ils dirent aux trois sœurs: « Voici notre habitation. Attendez-nous ici, nous allons chasser du gibier pour nous tous. » A leur retour, ils apportèrent beaucoup de miel et de belles anguilles. Ils mangèrent ensemble et firent très bonne chère. Le but des trois frères qui avaient-des-queues était d’engraisser leurs femmes et Ibitrika l’esclave, pour les manger ensuite, lorsqu'ils seraient gros et gras. Chaque jour ils partaient à la chasse et revenaient avec beaucoup de gibier. Quand leurs femmes furent grosses et grasses, les trois frères, ne se tenant plus d’aise, montèrent un soir sur les rochers et se mirent à danser pendant que les filles du roi dormaient. Ils dansaient en se frappant avec leurs queues et en chantant cette chanson :

fl Les garçons d’ici les recherchèrent; elles dirent non !

Il Les garçons de là les recherchèrent : elles dirent non !

Il Les mauvais les recherchèrent : elles dirent oui!

<( Pourtant qu’est-ce que nous sommes, sinon des bêtes ? »

Mais Ibitrika l’esclave ne dormait pas, il entendit le chant des trois frères et le matin il dit aux trois jeunes femmes.» Vos maris chantent pendant la nuit de singulières chansons ! » Le soir venu, les trois frères se frappèrent encore à grands coups de queue et chantèrent comme la nuit précédente. Ibitrika réveilla les trois sœurs pour écouter le chant de leurs maris; et elles eurent grand peur en reconnaissant qu’elles avaient épousé des bêtes. Le lendemain, dès que leurs maris furent partis pour lâchasse comme d’habitude, les trois jeunes femmes coupèrent trois troncs de bananiers, les couvrirent de nattes et les placèrent à l’endroit où elles se couchaient elles-mêmes, puis elles s’enfuirent. Précisément ce jour là, les trois bêtes se proposaient de les manger à leur retour. Line fois rentrés, ils dirent ; « Elles sont maintenant grosses et grasses ; les voilà profondément endormies : mangeons-les. » L’un mordit aussitôt à belles dents dans l’un des corps, mais il fut bien étonné, car il ne coula pas de sang, la chair était très dure et sans goût, et même il se brisa une dent. Les autres s’étaient jetés en même temps sur leurs prétendues femmes, et tous trois s’aperçurent qu’ils n’avaient devant eux que des troncs de bananiers.

— So —

Us partirent alors pour aller chercher les fugitives chez le roi leur père. Elles étaient arrivées saines et sauves, mais n’étaient pas rentrées directement chez elles. Auparavant, elles étaient nrontées, pour se cacher, dans des arbres près d’un puits. Une esclave du roi, venue pour puiser de l’eau, vit l’image d’une des soeurs se reflétant dans l’eau, et se dit en elle-même: « Je suis beaucoup trop jolie pour être esclave. » Et de dépit, elle brisa sa cruche. Les trois sœurs se mirent .à rire; l’esclave leva les yeux et les vit cachées dans les arbres. Elle courut aussitôt à toutes jambes à la case du roi en criant: « Tes flllcs sont revenues; elles sont cachées dans les trois arbres auprès du puits ! » Le roi convoqua tous ses sujets, et fit tuer un grand nombre de bœufs dont il aligna les cadavres les uns à la suite des autres depuis la porte de sa case jusqu’au puits. Et les jeunes femmes rentrèrent sans fouler le sol. Elles racontèrent au roi comment elles s’étaient aperçues que leurs maris n’étaient point des hommes, mais des bêtes. Juste à ce moment arrivèrent les trois frères qui avaient des queues. Ils étaient somptueusement vêtus comme la première fois et dissimulaient leurs queues sous leurs lambas. « Nous sommes venus chercher nos femmes ; nous les avons toujottrs bien traitées ; pourtant elles nous ont quittes, sans nous prévenir et nous

— Si¬

en sommes très surpris. — C’est bien, leur dit le roi. Aujourd’hui je veux vous faire fête, nous allons nous régaler ensemble et nous réjouir; demain vous retournerez chez vous avec vos femmes. » On se mit donc à manger et à boire. Le roi servit aux trois frères tout un tonneau de toaka. Bientôt ils furent ivres, et dès lors n’eurent plus honte de montrer leur queue d’animal . A ce moment le roi ordonna de les tuer, car ce n’était que des bêtes.

Depuis ce jour les jalousies n’existent plus entre hova et andriana, et beaucoup d’andriana épousent des hova.

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