‹ Contes de MadagascarChapitre 46 sur 75 · CX VII · texte numérisé non relu

CX VII

RANGAHIBE, RAMAMBA ET LE CHIEN

FABLE BF.T SIMI SARA K A

Recueillie à Va.tcmand.ry ( province des Betsimisaraka-du-Sud).

Ingahibe aimait beaucoup les saonjo, et chaque année il ne faisait presque que cette culture. Une fois qu’il cherchait un terrain pour faire un champ nouveau, il ne trouva qu’un petit espace au bord d'un fleuve. Un crocodile avait l’habitude de s’y chauffer au soleil. Cependant Rangahibe y planta ses saonjo et ils y vinrent à merveille. Depuis le moment où il s’était mis à travailler le terrain, le caïman n’y montait plus, car il n’y avait plus d'herbes, mais quand les saonjo se mirent à pousser, drus comme une prairie, l’animal revint et recommença à fréquenter l’endroit. Rangahibe, furieux de voir sa culture abîmée, disposa un

piège. Le lendemain, curieux de voir qui lui ravageait son champ, il s’y rendit de bon matin et trouva pris un énorme mamba. La bête ouvrit une gueule effroyable armée de superbes dents. Comme les dents de caïman se vendaient cher, Rangahibe fut enchanté de l’aubaine, déjà il calculait en lui-même combien lui rapporteraient les dents de son ennemi, à tant l’une. 11 était si joyeux qu’il songeait à laisser la vie au caïman et même à lui rendre la liberté : de cette façon les dents précieuses pourraient repousser. 11 alla donc à la ville chercher un pilon, et, revenu à son champ, se mit à casser une à une les dents de Ramamba; mais celui-ci se remua tant et si bien qu'il rompit les cordes qui l’attachaient. Redevenu libre, il saisit Rangahibe et l’emporta dans la rivière. 11 ne l’avait pas encore tué, mais s’apprêtait à le déposer dans son trou sous la berge, lorsqu’il sentit une envie de faire ses excréments. Il avisa un chien au bord de l’eau et lui dit : « Veux-tu, je te prie, me garder un moment ma proie, pendant que je vais faire mes besoins; si je la laissais, j’aurais peur que les autres caïmans viennent me la manger. — En effet, répondit le chien, si tu laissais l'homme dans la rivière, les autres arriveraient sûrement pour s’en régaler. Je vais donc te le garder jusqu’à ton retour. » Or, dès que le caïman eut déposé Rangahibe sur la terre ferme, celui-ci

s'enfuit bien vite avec le chien son sauveur. Et, quand Ramamba, après avoir fait ses besoins, fut de retour, les deux amis étaient déjà dans la case, en train de bien dîner. C’est pourquoi, diton, les Betsimisaraka aiment les chiens et c’est de là que vient le proverbe :« Quand un Betsimisaraka vient en Imerina, il n'emmène en s’en retournant chez lui qu’un chien. » C’est pourquoi aussi les caïmans ont pour les chiens une haine particulière.

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LE VINTSY ET LE KANKAFOTRA

FABLE SAKALAVE

Recueillie à Morondava ( cercle de Morondava).

Un vintsy et un kankafotra avaient fait, dit-on, amitié ensemble. Un jour le kankafotra, malade, avait prié son camarade de lui laver un lamba; celui-ci accepta, et, arrivé au bord de l’eau, déploya le lamba : « Qu’il est beau et soyeux, s’écria-t-il en le contemplant; jamais je n’ai vu pareil lamba, depuis que je suis au monde. Certes je ne m’en dessaisirai plus. Je ne retournerai plus au village et je vais m’installer ici, au bord de l’eau. » Le kankafotra cependant s’étonnait de ne pas voir revenir son ami. En vain il regardait le sentier menant à la rivière. Le vintsy ne paraissait toujours pas. « Est-il malade ? pensait l’autre. L’a-t-on tué ? Il y a

T. II

beau temps que mon lamba doit être sec. Si j’y allais voir ? »

Le voiià donc parti vers la rivière. Arrivé au bord il regarda de tous côtés, mais le vintsy se tenait coi dans la belle maison rouge qu’il s'était bâtie. Vainement son ami l’appela; il ne répondit rien. Le kankafotra le maudit alors, mais l’autre n’en avait cure : il revêtit le beau lamba qu’il s’était approprié et se glorifia de ses splendides couleurs.

Voilà pourquoi, dit-on, le vintsy et le kankafotra sont en rivalité; le vintsy habite tout au bord de l’eau et ne va pas sur le territoire du kankafotra.

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