‹ Contes de MadagascarChapitre 57 sur 75 · LE SANGLIER ET LE CAMÉLÉON · texte numérisé non relu

LE SANGLIER ET LE CAMÉLÉON

FABLE MERINA

Recueillie à Tananarive ( province de Tananarive! .

I.e sanglier et le caméléon, en quête de nourriture, se rencontrèrent, dit-on, au bord d'un canal de rizière. Le sanglier demanda au caméléon d’où il venait et où il allait. « Je vais chercher de quoi manger, répondit l’autre. — Comment peux-tu trouver de la nourriture, toi dont le corps est si faible et la démarche si lente? Tu as tort d'errer ainsi. N'as-tu point peur de rencontrer quelque gros animal comme moi et d’être écrasé par l’un de ses sabots. — Tu as raison, répartit le caméléon, et tout ce que tu as dit de moi est fort juste. Mais veuille réfléchir à ceci : petit comme je suis, j'ai besoin de trèspeu de nourriture, c’est pourquoi je me procure assez facilement ce qu’il me faut. » Le sanglier étonné ne trouva rien à répondre. Le caméléon

ajouta : « Si tu veux, mon aîné, faisons un pari. Ne crois point toutefois que j’aie l’intention de porter un défi à plus fort que moi. C’est un simple jeu que je te propose. — Soit; puisque tu as cette audace, malgré ta petitesse, je ne reculerai pas, moi qui suis grand et fort. Mais dis-moi quel pari nous allons faire ? — Ce que tu voudras. » Ils se décidèrent à faire une course, à qui arriverait le premier au pied d’un arbre qui croissait assez loin de là. «Je suis prêt, dit le sanglier. — Attends encore un peu, dit l’autre, que je voie bien le but. » Et il prit ses dispositions pour pouvoir sauter sur le dos du sanglier. Lorsqu’il eut trouvé une place favorable, il s’écria : « Partons maintenant, mon aîné. » En même temps il sauta sur le dos du sanglier, qui partit de toute la vitesse de ses pattes. Quand ils furent arrivés au but, le caméléon se laissa tomber dans l’herbe. Le sanglier regarda en arrière, persuadé que le caméléon était encore loin. « Mon aîné, s'écria celui-ci, ne regarde pas en arrière, c’est ici en avant que je me trouve. » Le sanglier en colère voulut recommencer le pari. L’autre accepta, employa la même ruse et arriva toujours le premier. Le sanglier était de plus en plus furieux : « Aucun animal ne m’a encore vaincu; pour me venger, je vais te dévorer. — Quelle trahison, mon aîné ! N’avonsnous donc pas fait une convention ensemble ?

— Je n’en ai aucun souvenir : je veux te manger.

— Alors permets-moi au moins d’aller prévenir mes parents, car ce n'est plus un jeu que tu veux faire, c’est une affaire d’importance. — Vas donc, dit le sanglier; je t’attends ici. »

Voilà notre caméléon parti; il rencontra d’abord le tsintsina et lui dit : « Je vais lutter avec le sanglier; je te supplie de m’aider, car tu es un ami secourable. — Volontiers, répondit le tsintsina, aie pleine confiance en moi; je serai sur le vero (herbe très haute) pour te regarder. » Le caméléon vit ensuite le kibobo [caille] et lui demanda le même service; le kibobo promit son concours et dit qu'il serait dans le fossé pour regarder la lutte. Le caméléon rencontra encore le sorohitra, le papelika, le sahona : à tous il dit la même chose et il obtint même réponse. Cependant le sanglier s’impatienta et, au lieu d’attendre son ennemi, se mit à sa recherche. En chemin, il fut aperçu par le tsintsina qui cria: « Inty! Inty ! »(i) I-e sanglier crut que c’était la voix de l’homme et il passa outre. Dans la vallée prochaine, le papelika lui cria : « Safaleo ! Safaleo ! » (2) 11 se sauva plus loin. Sur le flanc de la montagne, le Kibobo le vit : « Bobo! Bobo ! » (3) Dans la plaine, le

(1) Le voici ! Le voici !

(2) Qu'il soit entouré ! Qu’il soit entoure' !

(3) Pouf ! Pouf !

Sorohitra jeta son cri en le regardant passer : « Sorohy ! Sorohy ! » (t) Comme il traversait la rizière, le sahona coassa : « Reheto ! Reheto ! » (2) Epuisé de fatigue, le sanglier ne savait plus de quel côté se sauver. A ce moment passait un homme avec son chien. Ils tuèrent le sanglier.

Le sanglier, si grand et si fort, fut ainsi vaincu par l’intelligence du petit caméléon.

(1) Enlevez-le ! Enlevez-le !

(2} Attaquez-le ! Attaqucz-le 1

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LE SAINDRONGA

FABLE BETSIMISARAKA

Recueillie à Mananara (province de Maroantsetra).

Le voromahery, dit-on, fut autrefois le roi des oiseaux : il avait comme Andriana les goaika et autres gros oiseaux du même genre, et il se nourrissait exclusivement des œufs des oiseaux andriana. Un jour que le saindronga se promenait, il rencontra quelques oiseaux qui lui dirent : « Si tu parviens à vaincre le voromahery, nous te proclamerons roi; notre roi actuel est très méchant : il mange tous nos œufs. — J’accepte, dit le saindronga; mais auparavant, je vais à Nosy (Sainte-Marie) pour prendre mes habits noirs. » Il vola tellement vite qu’au bout de peu de temps il fut de retour. Il alla trouver le voromahery et lui dit : « Je suis

venu pour m’emparer de ton royaume. Veux-tu faire la guerre ou te retirer tout simplement ? — Je veux faire la guerre », dit orgueilleusement le voromahery. Entre les deux oiseaux s’engagea une lutte acharnée qui dura depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. A ce moment 1000 voromahery avaient péri, tandis que le saindronga n’avait qu’une perte de cent combattants. Ce dernier fut donc vainqueur et s’empara du royaume. Aujourd’hui encore, dit-on, le saindronga massacre les gros oiseaux partout où il les trouve. C’est en souvenir de la guerre qu'il a soutenue jadis contre le voromahery.

RASOKINA ET RAMBOABE

FABLE BETSIMISARAKA Recueillie à Manambia.

Rasokina et Ramboabe avaient fait amitié, dit-on, et cultivaient ensemble des bananiers. Quand les bananiers furent grands, Rasokina allait les visiter de temps à autre. Il vit qu'ils fructifiaient et le dit à Ramboabe. Au bout de quelques jours, les fruits étant mûrs, il appela Ramboabe pour aller les manger. Arrivé au pied du bananier, Rasokina essaya vainement d’atteindre le régime de bananes. Au contraire Ramboabe en se dressant sur ses pattes de derrière, arriva jusqu’aux fruits. Il mangea toutes les bananes et n’en donna même pas une à Rasokina, malgré ses prières. Quand il eut terminé, Rasokina lui dit: « Nous allons jouer à un jeu auquel je joue souvent avec mes frères. On prend un bambou qu’on taille aux extrêmi-

tes et qu'on rend bien pointu ; puis on le plante en terre au pied d’un arbre; ensuite on monte sur l’arbre, et du haut on se jette sur le bambou. » Ramboabe accepta, et, quand tout fut prêt, demanda à Rasokina de commencer le jeu. Rasokina monta, se laissa tomber sur le bambou, mais, grâce à ses piquants, ne fut pas blessé. Alors Ramboabe monta aussi, mais, en se laissant choir, il s’empala. En vain il appela Rasokina à son secours. Celui-ci lui répondit: « Va appeler les écorces de tes bananes pour t’enlever de là .» Ramboabe mourut. Rasokina prit son cadavre et le fit cuire. Vint à passer un Randiambe, qui chassait au sanglier et qui avait très faim. En voyant cet aliment tout préparé, il s’installa et mangea, cependant que Rasokina se tenait caché. Quand il eut fini, Rasokina cria :

Ils étaient trois, trois, pour manger un chien: Ils étaient trois, trois, pour manger un chien : Le petit dernier n’en mangera point !

Randiambe est le maître de la tête du chien !

En entendant cette voix, Randiambe chercha l’être qui criait, mais ne le trouva pas. Il ôta les trois pierres, et Rasokina cria encore. Randiambe, continuant à chercher, finit par le trouver. « Ne me tue pas, dit Rasokina à Randiambe, mais enveloppe-moi dans des ravintsa-

hona (feuilles de plante), pose-moi sur le chemin et poursuis ta route. » Randiambe prit des ravintsahona, enveloppa Rasokina, le posa sur le chemin et poursuivit sa route. Dès qu’il fut parti, Rasokina sortit de son enveloppe de feuilles et mit une pierre à sa place dans les ravintsahona. Randiambe [sur ces entrefaites se ravisa et] revint; il donna un coup de sagaie aux ravintsahona, mais la sagaie fut brisée. Randiambe alors écarta les feuilles et ne vit qu’une pierre : il fut stupéfait.

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