‹ Contes de MadagascarChapitre 70 sur 75 · LE SANGLIER ET LE CAMÉLÉON · texte numérisé non relu

LE SANGLIER ET LE CAMÉLÉON

FABLE BETSIMISARAKA

Recueillie à Soanierana [-province de Tamatave).

(Variante de la fable 129 : Le Sanglier et le Came'le'on).

Un sanglier en quête de nourriture rencontra un caméléon au pied d’un arbre. « Hé, dit le sanglier, tu vas donc mourir, que tu te traines ainsi. — Ne sois pas trop fier de ta force, mon aîné. — Tais-toi, infâme animal . Si tu prétends être fort, veux-tu lutter à la course avec moi ? — Soit, vois-tu ce monticule ? Ce sera notre but. — Oui », dit le sanglier, et il se mit à courir. Mais le malin caméléon s’était accroché à sa queue. Parvenu au monticule, le sanglier s’écria : « Où donc es-tu ? — Me voici, dit le caméléon qui s’était laissé tomber à terre. — Eh

bien! Tu cours plus vite que je ne pensais! Mais recommençons! Cette fois je ne me laisserai pas égaler! » Le caméléon recommença son manège et arriva encore en même temps que son adversaire. « Ah ! Ah ! s’écria celui-ci en se retournant, où es-tu, mon cadet ? — Me voici. » Le sanglier, honteux et confus, fut obligé de reconnaître la force du caméléon.

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LE CHAT ET LE RAT

FABLE TANALA

Recueillie à Ifanadiana ( province de Fianarantsoa) .

(Variante des fables 94 et 95).

Un chat, en quête de nourriture, rencontra un rat au bord d’un large cours d’eau. « Où vastu, dit le rat, de ce pas ralenti comme celui d’un homme qui n’aime pas ses parents? Ta démarche hésitante ressemble à celle d’un ivrogne. — Je cherche des petites sauterelles pour mon souper, répondit le chat. » A cette époque le chat se nourrissait de sauterelles. Le rat reprit : « 11 y a beaucoup de belles sauterelles sur l’autre rive de ce cours d’eau. — C’est que je ne sais pas nager, mon cadet. » Alors le rat se mit à préparer une pirogue en patate qu’il porta au bord de l’eau. Mais le chat, pris de peur, n’y voulait pas monter. Il consentit pourtant à

l'essayer dans un endroit peu profond ; l’essai ayant réussi, le chat eut confiance et s’embarqua pour traverser la rivière. Au beau milieu du courant le rat eut faim et se mit à crier : « Kî ! Kî ! Kî ! » En même temps il rongeait la barque en patate, si bien qu’au bout de peu de temps elle fut percée et fit naufrage. Le chat, qui ne savait pas nager, périt, entraîné par le courant, tandis que le rat gagnait le bord. Mais avant de mourir, le chat, déplorant la traîtrise de son compagnon, s’écria : « Que celui qui parmi mes descendants ne dévorera pas les rats, demeure sans postérité !» Voilà pourquoi, diton, rats et chats ne s’aiment guère. Dans une maison où il y a un chat, les rats ne s’aventurent point.

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LE CHAT ET LE RAT

FABLE TANALA

Recueillie à Ifanadiana ( province de Fianarantsoa).

(Autre variante des fables 94, g5, recueillie dans la même région que la fable 149).

Un chat et un rat, dit-on, se rencontrèrent un jour et lièrent amitié ensemble. Comme ils avaient faim tous deux, ils décidèrent d'aller chercher de quoi vivre. Bientôt ils arrivèrent à un champ de patates, auprès d’une rivière. Le rat se mit aussitôt à creuser la terre, et, sitôt qu’il eut trouvé une patate, il la mangea. « Qu’est-ce que tu fais là, lui dit son camarade ? — Je cherche du bois pour construire une pirogue, car j’ai entendu dire que là-bas, de l’autre côté de cette rivière, il y a beaucoup de nourriture. — Très-bien, mon cadet, dépêche toi de creuser, car nous avons grand faim. » Cependant le rat continuait à se régaler de patates.

— 3oi —

Quand il en eut mangé tout son saoul, il en apporta une très grosse à son camarade et dit: « Voici, mon aîné, le bois que j’ai trouvé dans la terre. 11 ne nous reste plus qu’à creuser notre pirogue. — Avec quoi la creuserons-nous ? — Avec quoi ! c’est bien simple : avec mes dents. Mais laisse-moi d’abord me reposer un peu », ajouta l’animal rusé; il avait tellement mangé, qu'il était lourd de sommeil. Lorsqu’il se réveilla, il avait de nouveau faim : « Allons, dit-il en s’étirant, je vais me mettre à la construction de notre pirogue, mon aîné. — Oui, répondit le chat, car j’ai bien faim. » Le rat se mit à ronger la patate, mais il l’entaillait régulièrement de façon à lui donner la forme d’une pirogue. « Tu travailles lentement, mon cadet, disait le chat. — Un peu de patience ! Voici qu’elle est finie. » Tous deux s’embarquèrent, mais, quant ils furent à moitié de la rivière, le rat, qui tenait la pagaie, se plaignit d’étre fatigué et s’arrêta sous prétexte de se reposer un peu. Pour la troisième fois, il se mit à manger la patate, mais il rongea si bien la pirogue qu'il finit par la percer; elle prit l’eau et s’enfonça petit à petit dans la rivière. Les deux compères se jetèrent àla nage ; le rat, repu et plein de force, gagna facilement le bord, mais le chat, épuisé de faim et de fatigue, faillit se noyer; et dans ces circonstances critiques, tandis qu’il luttait contre le courant, il s’écria

plein de colère : « Que celui de mes descendants qui ne poursuivra pas le rat pour le manger, soit maudit, car cette maligne hôte m'a presque fait mourir ! »

Voilà pourquoi, depuis ce jour, les chats mangent les rats.

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