‹ Contes de MadagascarChapitre 73 sur 75 · LE POSA ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE POSA ET LA TORTUE

FABLE BETSIMISARAKA

Recueillie à Antanambao ( province des Betsimisaraka-du-Sud).

(Variante).

Un jour, dit-on, 1 efosa et la tortue, qui à cette époque étaient bons camarades, se promenaient ensemble, lorsqu’ils virent un beau bananier avec un régime de bananes bien mûres. En les apercevant, la tortue dit au fosa : « Oh ! les belles bananes! Comment faire pour les avoir ? — C’est facile, répondit l’autre. Je vais grimper le long du tronc. — Va donc !» Il monta en effet jusqu’aux bananes, qu’il se mit à manger. Cependant la tortue, au pied du bananier, levait la tête et lui disait : « Donne m’en quelquesunes, mon cher aîné. — Attends un peu, répondit 1 efosa. J'en goûte encore un peu. » Bientôt

il eut mangé tous les fruits, sans en avoir jeté un seul à la tortue. Quand elle s’aperçut de la chose, elle se mit à aiguiser des piquets et les planta tout droits autour du bananier. Enfin le fosa repu et alourdi par la nourriture voulut descendre ; mais il tomba sur les piquets, fut percé de part en part et mourut immédiatement. La tortue prit toute sa graisse et l’emporta. En route, elle rencontra d’autres fosa , parents du mort, qui lui dirent : « Quelle graisse portezvous là ? — Ce que je porte, répondit-elle, c’est graisse de fosa et non graisse de tortue. — Quoi ? que portez-vous? — C’est graisse de fosa, non graisse de tortue. — Vous avez donc tué notre parent » répliquèrent les fosa, en se saisissant d’elle. « Tuons-la à coups de sagaie », dirent-ils entre eux. — « Avec des sagaies, vous ne pourrez pas me tuer. — Tuons la donc avec des fusils. — Avec des fusils, vous ne pourrez pas me tuer. — Avec quoi donc peut-on te tuer ? — Pour me tuer, il faut chercher des feuilles de bananiers, m’envelopper dedans, puis me jeter dans l’eau ; de cette façon là je mourrai. » [Ils firent comme elle avait dit; mais], dès que la tortue fut dans l’eau, elle se mit à nager et regagna sa demeure, avec les feuilles du bananier, bonnes à manger. Rentrée chez elle, elle se mit à rire et à se moquer des fosa. Eux étaient tout étonnés de la voir nager dans l’étang.

RAVOAILAHY (0

FABLE BETSIMISARAKA

Recueillie à Ambohimilanja [province des Betsimisaraka-du-Sud).

(Variante du thème des Hommes-fosa).

Une femme, nommée Faravavy, vivait avec une petite esclave. Un jour un nommé Ravoailahy entra dans sa maison pour en faire sa femme. Lorsqu’elle lç vit, Faravavy s'évanouit. Mais l’homme versa des gouttes d’eau sur le lamba de la femme, qui reprit ses sens. 11 emmena donc Faravavy et sa servante. La femme marchait devant, puis l’homme, enfin la servante derrière. Et voici que tout à coup l’esclave cria : « Faravavy ! Faravavy ! Regarde derrière toi, tu verras ton mari se transformer ! » Mais elle répondit: « Tais-toi ! Retourne-t-en avec tes farces, si tu ne veux pas m’accompa-

(i) Voay lahy, le caïman mâle.

gner ! » La servante cria encore une fois la même chose, mais sa maîtresse ne l'écouta pas davantage. A ce moment, ils arrivèrent au bord d’une rivière. Faravavy entra dans l’eau, l’homme qui s’était changé en crocodile entra derrière elle et l’emporta dans son trou.

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