‹ Contes de Noël [microforme]Chapitre 19 sur 24 · TRE A NE · texte numérisé non relu

TRE A NE

Deux souliers

Le petit Noël, au bout de sa tournée, s’arrêtait indécis devant deux souliers qui lui restaient à remplir.

Et pourtant, rarement il hésite, car c'est son métier de semer à pleines mains le bonheur sur sa route, et le bienfaisant génie a pour cette tâche délicate les grâces d'état.

Jamais, depuis qu'il avait com-

mencé sa carrière, depuis qu’il avait été chargé de rappeler au monde le glorieux anniversaire en répandant les trésors de la charité divine, jamais ilne s'était trouvé en pareille perplexité.

C'est que pour un seul cadeau qui lui restait, il y avait encore deux souliers à combler,

L'un était une merveille.

La mule d’une sultane n’est pas plus précieuse, et Cendrillon en aurait avec plaisir chaussé son second pied.

Il était fait de peluche brodée d'argent, et, sur le nœud de satin, nuancé comme une fleur, qui l’ornait,

un papillon reposait dont les ailes

RD AE rl HA D A D 5 M Pa an mu à m5 ré ED Pa Éd ré

semblaient avoir gardé des reflets d'aurore.

Cambré sur son fier talon, touchant à peine le sol du bout de sa pointe efflée, ce soulier ne semblait avoir emprisonné jamais que le pied d’une fée mignonne, qui l’aurait laissé tomber à terre en s’élançant vers son mystique royaume.

Mais, ce qui surtout faisait ressor-

tir la grâce exquise de l’adorable san-

dale et qui en même temps embrouillait complètement les idées de l'excellent petit Noël, c'était le contraste du voisinage,

À côté de ce chef-d'œuvre d’élégance et de luxe, gisait, sur le tapis,

le plus roturier des sabots.

Lourd, usé, crotté, il semblait durci au feu, après avoir été trempé aux bourbiers des rues.

Pauvre petite ruine! peut-être au demeurant était-elle plus à plaindre qu’à mépriser pour sa laideur...

Comme il avait dû vaillamment patauger, trottiner et courir pour être ainsi sali et morfondu, le pauvre sabot ! Mais, que venait-il faire ici ? Et pour qui réclamait-il les faveurs du petit Noël ?

Celui-ci voyait bien devant lui — sommeillant dans leurs lits respectifs — deux enfants, aussi dissemblables d’attitude et de nature que l'étaient le soulier merveille et le

th PE dr DEEE EE SAS 5 D Qu ne sr ne be 4 re La

MA 0 Loi er de dE

tree in a a

rt ae 2 dre, rs Ne hat UD À lande Ge à Cu

& À à È > K ti :

grossier sabot ; mais cela ne tranchait pas son embarras.

Dans un berceau duveté, tendu de soie et de gaze blanches, vaporeuses comme les visions d’un rêve, une enfant reposait.

Elle ressemblait aux anges qui ornent les autels, tant elle était belle et pâle. Pas un soupir, pas un mouvément ne trahissait la vie sur sa figure idéale, Son repos était une extase.

Tout auprès, dans sa camisole de bure, une fillette rose dormait heu-

reusement, la tête appuyée sur son bras potelé,

FE 2e é o a

88 è CONTES DE NOEL

te uen

Ses cheveux en broussaille cachaient à demi son visage, et flottaient comme une poussière d’or sur l'oreiller.

Parfois un plus long soupir accentuait sa respiration; ses bras nus s'étiraient avec aise, ses lèvres closes, rouges comme un fruit mur, s'ouvraient en un sourire de béatitude ; ses petons dodus repoussaient la couverture, puis la bouche rieuse se reformait en une fleur vermeille, les menottes disparaissaient dans la brume blonde des cheveux, les petits pieds blancs, devenus frileux, allaient s'enfouir sous les lainages; et l'enfant se peletonnait voluptueusement

dans la tiédeur de son nid.

PA y rh 82 7 dom eat cat murti

PA rh dm art ca mo

En la contemplant, le petit Noël cherchait à s'expliquer le mystère de ce bizarre rapprochement.

Il supposait bien, lui qui connaît intimement le bon Dieu, et qui sait que sa toute-puissante Providence ne s'amuse pas à de futiles espiègleries, il soupçonnait fort, dis-je, un dessein de la miséricorde divine.

Et cependant !… répétait-il d’un air songeur en regardant le bébé mignon, qu’il était bien près de trouver importun.

Un grand sac dégonflé pendait au cou du céleste émissaire, et chaque fois que ses yeux tombaient sur le bon diable de vieux sabot, sa main

instinctivement tâtait ce sac vide.

Page 1