‹ Contes des fées [microforme]Chapitre 42 sur 50 · AMAR NES NS NES TON · texte numérisé non relu

AMAR NES NS NES TON

LA BARBE BLEUE

il faut mourir, répondit-elle en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour pe Dieu.—Je vous donne un demi-quart d'heure, reprit la Barbe Bleue, mais pas un moment davantage. Lors-

v’elle fut seule, elle appela sa sœur et lui dt : Masœur Anne (car elle s'appelait ainsi), monte, je te sur le haut de la tour, pour voir si mes frères ne viennent point : ils m'ont

romis qu'ils viendraient me voir aujour- F'hui ; et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter. La sœur Anne monta sur le haut de la tour,et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Etsasœur lui répondait : Je ne vois que

le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Cependant la Barbe Bleue, tenant un Fe coutelas à la main, criait de toute sa force : Descends vite, ou i monterai là-haut.—Encore un moment, s’il vous plaît, lui répondit sa femme. Et aussitôt elle criait tout bas: Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Et la sœur Anne répondait: Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie.— Descends donc vite, criait la Barbe Bleue, ou je monterai là-haut.—Je m'en vais, répondit : femme, et puis elle criait: Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir.—Je vois, répondit la sœur Anne, une grande poussière qui vient de ce côté-ci.—Sont-ce mes frères 7

Hélas ! non, ma sœur : je vois ur: troupeau de moulons.—Ne veux-tu pas descen/re? criait la Barbe Bleue. Encore un ‘petit moment, répondit sa femme; et puis elle cria*: : Anne,

ma sœur Anne, ne vois-tu rien ves:r ? Je vois, répondit-elle, deux cavaliers «.: viennent de ce côté; mais ils sont bicr loin encore. Dieu soit Joué ! s'écria-t-elie un moment après: ce sont mes frères. Je leur fais signe, tant que je puis, de sé hâter. La Barbe Bleue se mit à crier si fortique la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds tout éplorée et tout échevelée.—Cela ne sert de rien, dit la Barbe Bleue, il faut mourir. Puis, la prenant d’une main par les cheveux, et, de l’autre, levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, lui demanda un | moment pour se recueillir.— Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; et, levant son bras... Dans ce moment on heurta si fort à la porte, que la Barbe Bleue s'arrêta tout court: on ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux cavaliers qui, mettant l'épée à là main, coururent droit à la Barbe Bleue.

Il reconnut que c’étaient les frères de sa femme, l’un dragon et l’autre mousquetaire, de sorte qu’il s'enfuit aussitôt pour se sauver; mais les deux frères le poursuivirent de si

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près, qu’ils l’attrapèrent avant qu'il ût gagner le perron. Ils lui passèrent leur pé au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était pe aussi morte que son mari, et n'avait pas la force de se lever ur embrasser ses frères. Il se trouva quela arbe Bleue avait point d'héritiers, et qu'ainsi sa femme demeura maitresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa jeune sœur Anne avec un jeune gentilhomme dont elle était aimée depuis longtemps; une autre partie acheter des charges de capitaine à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe Bleue.

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