‹ Contes des fées [microforme]Chapitre 46 sur 50 · UT · texte numérisé non relu

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e était une bête, et u en prenant le nouvel esprit q

li avait donné, elle avait oublié toutes ses soltises,

Elle n'eut fait trente Pas en continuant sa Promenade, que Riqnet à Ja Houppe se présenta à elle, brave, magnifique et comme Un prince qui va se marier,

« Vous me voyez, dit-it, madame, exact à tenir ma parole, 'et je ne doute Point que vous — ne veniez'ici pour exécuter la vôtre, et me =

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rendre, en me donnant votre main, le plus heureux de tous les hommes.

— Je vous avouerai franchement, répondi la princesse, que je n’ai pas encore pris me résolution là-dessus, et que je ne crois pc pouvoir jamais la prendre telle que vous le souhaitez.

— Vous m'étonnez, madame, lui dit Rique

‘ à la Houppe.

— Je le crois, dit la princesse; et assuré ment, si j'avais affaire à nn brutal, à un hom. me sans esprit, je me trouverais bien embar rassée. Une princesse n’#. que sa parole, me dirait-il, et il faut que vous m'épousiez, puis que vous me l'avez promis ; mais comme ce

lui à a je parle est l’homme du monde qu re

a le plus d'esprit, je suis sûre qu'il enten raison. Vous savez que, quand je n'étais qu’une bête, je ne pouvais néanmoins me résoudre à vousépouser; comment voulez-vous qu'ayant l'esprit que vous m'avez donné, qui me rend encore plus difficile en gens que je n'étais, je prenne aujourd’hui une résolution que je n'ai pu prendre dans ce temps-là? Si vous pe tant à m’épouser, vous avez eu grand tort de m'ôter ma bêtise et de me faire voir plus clair que je ne voyais.

— Si un homme sans esprit, répondit Riquet à la Houppe, était bien reçu, comme vous venez de le dire, à vous reprocher votre

ENEN

Une

RIQUET A LA HOUPPB.

manque de parole, Pourquoi vaulez-vons, madame, que je n’en use pas de même dans une chose où il y va de tout le bonheur de ma vie ? Est-il raisonnable que les personnes qui ont de l'esprit soient d’une pire condition que ceux qui n'en ont pas? Le Pouvez-vous prétendre, vous qui en avez tant et qui avez tant souhaité d'en avoir? Mais venons au fait, s’il vous plait. A la réserve de ma laideur, y a-t-il quelque chose en moi qui vous déplaise Etes-vous malcontente de Ma naissance, de mon esprit, de mon humeur et de mes manières ?

— Nullement, répondit la princesse ; j'aime en vous fout ce que vous venez de me

ire.

— Si cela est ainsi, répondit Riquet à la Houppe, je vais être heureux, puisque vous

ouvez me rendre le plus aimable de tous les Emste.

— Comment cela se peut-il faire ? lui dit la princesse.

— Cela se fera, répondit Riquet à la Houppe, si vous m’aimez assez pour souhaiter ue cala soit ; et afin, madame, que vous n’en doutiez pas, sachez que la même fée qui, au jour de ma naissance, me fit le don e pouvoir rendre spirituelle la Personne qui me plairait, vous a aussi fait le don de pouvoir rendre beau celui que vous aimerez et à qui vous voudrez bien faire cette faveur.

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— Si la chose est ainsi, dit la princesse, je soubaite de tout mon cœur que vous deveniez le prince du monde le plus beau et le plus aimable, et je vous en fais le don autant qu'il est en moi. »

La princesse n'eut pas se tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la Houppe parut à ses yeux l'homme du monde le plus beau, le mieux fait et le plus aimable qu’elle eût jamais vu.

Quelquet-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la fée qui opérèrent, mais que l'amour seul fit cette métamorphose. Ils disent que la princesse, ayant fait réflexion sur la persévérance de son amant, sur sa discrélion et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de son esprit, ne vit js la difformité de son corps ni la laideur de son visage ;

que sa hosse ne lui sembla plus que le bon air d'un homme qui fait le gros dos ; et qu’au lieu que jusqu'alors elle l'avait vu boiter effroyablement, elle ne lui trouva plus qu’un certain air penché qui la charmait. Ils disent encore que ses yeux, étaient louches, ne

lui en parurent que plus brillants; que leur dérégleinent passa dans son esprit pour la marque d’un violent excès d'amour; et qu’enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de martial et d’héroïque.

. Quoi qu'il en soit, la princesse lui promit

sur-le-champ de l'épouser, pourvu qu'il en obtint le consentement du roi son père.

Le roi, ayant su que sa fille avait baucoup d'estime pour Riquet à la Houppe, qu'il con-

naissait d'ailleurs pour un prince très-spirituel et très-sage, le reçut avec plaisir pour son gendre,

Dès le lendemain, les noces furent faites, ainsi que Riquet à la Houppe l'avait prévu, et selon les ordres qu'il en avait donnés longtemps auparavant.

MORALITÉ

Ce que l'on voit dans cet écrit

Est moins un conte en l'air que la vérité même; Tout est beau dans ce que l'on aime, Tout ce qu'on aime a de l'esprit.

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