‹ contes des landes et des grevesChapitre 30 sur 81 · LA PETITE TOUTE-BELLE · texte numérisé non relu

LA PETITE TOUTE-BELLE

bord de la mer. Quand la marée monta, la châsse fut soulevée et se mit à flotter sur les eaux comme une barque. Tant que les dragons la virent, ils restèrent sur le rivage à pleurer ; mais bientôt elle disparut à leurs yeux, et ils crurent qu'elle avait coulé au fond de l'eau.

■ La châsse navigua longtemps sur la mer ; elle finit par s'arrêter sur des rochers près desquels était bâti un château. Le jeune roi qui regardait par sa fenêtre la vit et ordonna à son domestique d'aller la chercher et de l'apporter dans sa chambre.

Quand elle y eut été transportée, le jeune homme ferma sa porte et ouvrit la châsse.

Il y vit Toute-Belle, qui était jolie corr^me un jour, et semblait dormir. « Oh ! se dit-il, elle est trop fraîche, elle ne peut être morte,

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elle ne peut être qu'endormie. » Il alluma un grand feu et prit la jeune fille sur ses genoux pour voir si la chaleur la ferait revenir à la vie. Cependant la mère du roi, qui ne l'avait pas vu depuis quelques jours, pensa qu'il était malade, et elle monta à la chambre de son fils. La porte était fermée, et elle ordonna à une de ses femmes de regarder par le trou de la serrure. La servante vit le roi qui essayait de réchauffer la jeune fille et la tenait sur ses genoux. Elle le dit à la reine, qui entra dans une grande colère, et, défonça la porte. Mais quand elle fut entrée, et qu'elle eut vu cette jeune fille qui semblait morte, elle fut prise de pitié, et dit au roi :

— Où donc, mon fils, avez-vous trouvé cette jeune personne?

— Ma mère, répondit-il; elle était dans cette châsse que voilà, qui voguait sur les eaux comme une barque et s'est arrêtée au pied du château.

La servante s'était approchée de Toute- Belle, et elle dit à la reine :

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— Madame, cette jeune fille est trop jolie et trop fraîche pour être morte ; si vous voulez, nous allons lui ôter sa robe pour mieux la réchauffer.

Dès que la robe eut été enlevée, Toute- Belle ouvrit les yeux et demanda : « Où stiisje ? »

Alors le roi et la reine lui dirent qu'elle était chez des gens qui lui voulaient du bien, et ils lui demandèrent de raconter son histoire. Elle leur dit ce qui lui était arrivé jusqu'au moment où, ayant revêtu la robe rouge, elle était tombée sans mouvement. Mais, dit-elle, je voyais tout ce qui se passait autour de moi; j'ai entendu les dragons qui pleuraient en me faisant leurs adieux, mais je ne pouvais ni. parler ni remuer.

Le roi envoya chercher les trois dragons, qui furent bien heureux en voyant que Toute- Belle était vivante : le roi les récompensa et dit :

— Toute-Belle sera ma femme, si elle le veut ; mais avant de me marier avec elle, je . veux faire venir sa mère et sa bonne.

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Quand elles furent devant le roi, il salua respectueusement la mère de Toute-Belle et lui dit :

— Madame, j'ai entendu dire que vous aviez une jeune fille à marier.

— Non, répondit-elle; j'en avais une, mais elle est morte.

— De quelle maladie ?

— Elle mourut subitement, et j'en eus beaucoup de chagrin.

— Madame, vous mentez : votre fille est vivante ; la voici, et elle sera reine. Pour vous et votre méchante bonne, vous monterez sur le bûcher pour y être brûlée toute vivante, parce que vous n'êtes pas une mère, mais une marâtre.

(Conté par Jeanne- Marie Kernevivaine, de Mèdrèac).

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