LA FÉE AMOUREUSE
— Je n'ai jamais vu de femme qui puisse vous être comparée.
— S'il en est ainsi, veux-tu m'épouser?
— Avec plaisir.
— Eh bien ! mets cet anneau à ton doigt et nous serons mariés. - ' ■
Le berger obéit à l'instant, et au lieu de ses vieux habits de drap grossier, il se trouva immédiatement aussi bien vêtu qu'un prince.
— Écoute, dit la fée, je demeure très loin d'ici ; voici un char traîné par des chevaux ailés, monte dessus et partons.
— Donnez-moi quelques jours, afin que je puisse voir ma mère et l'embrasser une dernière fois.
— Soit, mais ne tarde pas longtemps ; dans trois jours je t'attendrai ; ce char te conduira de lui-même dans le palais que j'aurai préparé.
La magicienne embrassa ensuite le berger et puis partit.
Celui-ci s'en alla à son tour. En route, il rencontra la reine du pays qui, le trouvant si beau, lui dit :
— Beau seigneur, le roi, mon mari, est mort. Veuxtu être mon époux ?
Le berger réfléchit un instant.
La reine n'était pas aussi belle que la femme qu'il venait d'épouser, mais, qu'importe ! il serait roi. Cela le décida.
— Oui, dit-il, je consens à être votre époux.
A ces mots, le char et les chevaux enchantés disparurent, et, de grand seigneur, le jeune homme se trouva le plus misérable de la terre. Sa beauté avait fait place à la plus affreuse laideur.
— Quel est ce monstre ? dit la reine. Qu'on le chasse de devant moi.
— C'est votre mari, madame.
— Qu'on lui donne cent coups de bâton, puisqu'il est si laid ; il ne peut être mon époux.
Mais elle venait à peine de parler que la terre trembla, des éclairs sillonnèrent les nues et les deux parjures furent engloutis dans un goufl're profond qui s'ouvrit à leurs pieds.
La fée s'était vengée.
Ortoli, Contes pojmïaires de l'île de Corse.