‹ Contes des provinces de FranceChapitre 38 sur 76 · AMEN · texte numérisé non relu

AMEN

— Saint homme, n'aimeriez-vous pas à prêcher un peu?

— Si, mon enfant, dit l'hermite, toujours prêt; mais à qui? à toi? Tu m'as déjà entendu et je te fatiguerais.

— Pas à moi. Mais il y a par ici une foule de gens, probablement de ceux de la Crau qui Youlaient venir en Arles pour entendre au moins une fois votre parler d'or.

— Dans ce cas, mon beau garçon, je suis prêt à redire devant eux ce que m'inspire la bonté de notre Père qui est aux cieux, les splendeurs de sa création, et l'amour que nous lui devons.

— Ah ! il me semble qu'ils vous reconnaissent. Ils se sont assis en silence sur le gazon du fossé, et retiennent leur haleine pour vous mieux écouter.

— Alors, dis-moi quand nous serons arrivés et fais-moi signe quand je pourrai entamer le sermon.

— Nous y serons bientôt. Tenez, approchez-vous un peu et vous serez à portée de ces braves gens.

Or, il n'y avait qu'eux deux dans la Crau, plate et silencieuse, et tout alentour quelques herbes basses entre les cailloux roux et gris. Le bienheureux apôtre, d'une voix claire, parla à ravir, et jamais, non, jamais, il n'avait été aussi éloquent.

Il n'y avait pour l'ouïr que le gamin et la Mante du désert. Cependant quand il eut fini, pour rendre hommage à la parole divine, tous les cailloux d'alentour ensemble dirent : Amen!

Traduit de Jan dis Escarnourgue, Cacko fio, Anmiari prouvençau, per Van 1881, p. 26.

M. Cerquand a bien voulu m'aider pour la traduction de cette légende, et celle du Gros Foisscn, qu'on trouvera plus loin.

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