‹ Contes des provinces de FranceChapitre 55 sur 76 · LES DEUX BOSSUS ET LES NAINS · texte numérisé non relu

LES DEUX BOSSUS ET LES NAINS

— Ce qu'il voudra : de l'argent et de l'or à discrétion; on le débarrassera de sa bosse, s'il le préfère.

— Ah! oui, dit Nonnic, si vous voulez me soulager de ce fardeau que je porte depuis si longtemps, je vous laisserai et l'or et l'argent.

— C'est cela, enlevons-lui sa bosse!

Et ils lui frottèrent le dos avec un onguent merveilleux qui fit disparaître sa bosse, par enchantement, et il s'en retourna chez lui, droit et léger et même joli garçon.

Le lendemain, quand son ami et confrère en bosse le vit, il fut bien étonné, et c'est à peine s'il le reconnut.

— Comment! disait -il en tournant autour de lui, et... et ta bosse?

— Disparue, comme tu vois.

— Et comment donc cela s'est-il fait?

Et Nonnic lui conta tout.

— Ah ! j'irai aussi, moi, voir les Danseurs de nuit, à Penn-an-Roc'hou, et pas plus tard que ce soir!

Et il fit comme il l'avait dit.

Quand il arriva sur la lande, les nains y dansaient déjà en chantant :

Lundi, mardi et mercredi! . . .

Chantait une voix seule, et les autres continuaient toutes ensemble :

Et jeudi et puis vendredi ! . . .

Et ils tournaient et gambadaient et cabriolaient ! Gabic s'approcha et ils lui crièrent :

— Viens danser avec nous !

Et le voilà dans la ronde et de danser et de chanter comme eux :

Lundi, mardi et mercredi, Et jeudi et puis vendredi ! . . ,

— Et ensuite?... dit-il.

— C'est tout : est-ce que vous en savez plus long?

— Oui, donc!

— Oh ! dites alors ! dites alors !

Et il ajouta :

Et samedi et dimanche ! . . .

— Oh ! ce n'est pas bon ! cela ne rime pas ! Il nous a gâté notre chanson, qui était si jolie! Il faut l'en punir, que lui ferons-nous? crièrent tous les petits hommes à la fois, en se remuant et s'agitant autour de Gabic comme une fourmilière.

— Il faut ajouter la bosse de Nonnic à la sienne ! dit quelqu'un.

— Oui, c'est cela! ajoutons la bosse de Nonnic à la sienne.

Ce qui fut fait sur le champ, et le pauvre Gabic s'en retourna chez lui, tout honteux et ployant sous le faix, et il lui fallut porter, le reste de sa vie, la bosse de son camarade avec la sienne!...

Ce conte a été recueilli par M. F. -M. Luzel.

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