‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 23 sur 86 · L'ANESSE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

L'ANESSE DE JÉSUS

Voici la Pâque- Fleurie

Eclose au calendrier :

Bonne tante Anne- Marie,

Approchez-vous du foyer;

Le « flip » bout dans la bouilloire :

Mettez du cidre dessus,

Puis racontez-nous V Histoire

De Vânesse de Jésus!...

C'est chose bien lamentable Petits enfants, de songer Que c'est dans une humble étable Creusée au flanc d'un rocher Qu'en la Nuit la plus profonde Du plus sombre des hivers Naquit le Sauveur du Monde, Le Maître de l'Univers !

Sans chemisette et sans langes Il était nu sur le foin, Plus nu que les petits anges Chantant sa venue au loin, Et chaque larme versée Par le petit Roi des cieux Etait aussitôt glacée Sur le rebord de ses yeux !

... Et c'est alors qu'une ânesse Qui somnolait dans la nuit

Eut pitié de sa détresse, S'approcha, souffla sur Lui, Réchauffa de son haleine Ses mains et son petit né, Tendit sa mamelle pleine Pour nourrir le nouveau-né !

Mais les bergers et les mages Apportèrent en présents Qui, les fruits et les fromages, Qui, l'or, la myrrhe et l'encens ; Puis, tous, de faire connaître Au pauvre Monde éperdu Qu'il venait enfin de naître, Le grand Messie attendu...

La nouvelle vole, rôde, Et le bruit des hosannahs Vient aux oreilles d'Hérode Qui fait venir ses soldats :

« Holà ! dit-il, que l'on sorte Les grands glaives triomphants !

Qu'on aille, de porte en porte, Egorger tous les enfants I »

Mais un esprit de lumière Au bon Joseph dit ceci :

« Prends Jésus avec sa Mère, Et sauve-toi loin d'ici ! »

Pour obéir à l'invite Joseph se lève aussitôt...

l'anesse DE JÉSUS

« Mais comment fuir assez vite ?

On nous atteindra bientôt ! »

Or, une ânesse pareille A celle de l'autre nuit, Cligna l'œil, tendit l'oreille, Vit Joseph et l'entendit, Hop là 1 sortit de sa crypte Et, trottant à petits pas, Emporta Jusqu'en Egypte La Vierge... et son petit Gâs!

Puis, trente ans passent dans l'ombre..

Et le divin Charpentier

Dans une boutique sombre

Exerce un humble métier ;

Et c'est en poussant la scie

Au cœur du sapin doré

Que Jésus, le doux Messie,

Rendit le Travail sacré.

Mais, enfin, quand sonna l'heure De remplir sa mission, Il laissa dans sa demeure Toute humaine affection :

Il s'en fut par la campagne, Il pria dans le désert, Il prêcha sur la montagne, Il marcha dessus la mer...

Puis — à l'époque où nous sommes — L'humble Enfant de Bethléem, Acclamé par tous les hommes, Entra dans Jérusalem :

« Voici le Dieu de victoire, Disaient les Juifs à genoux, Gloire au Fils de David ! Gloire !

Gloire au Dieu qui vient à nous ! »

Un coursier plein de noblesse S'avança... Jésus dit: « Non! »

Car il vit une humble ânesse Avec son petit ânon :

« Je te connais, pauvre bête !

Tu me sauvas par deux fois ; Aujourd'hui, c'est jour de fête:

Tends le dos... comme autrefois ! »

Et la vieille ânesse blanche, Si bonne au temps des malheurs, Sous l'odorante avalanche Des rameaux verts et des fleurs, Par tout un Peuple suivie, Mena Jésus — sans remord — Non plus, hélas ■ vers la Vie, Mais vers la Croix... et la Mort

... Voilà sa légende telle Qu'on me la conta jadis...

Pauvre ânesse ! où donc est-elle ?

Je la crois... en Paradis; Car, pour qu'on la reconnaisse Parmi tous les animaux, Dieu voulut que chaque ânesse Eût une croix sur le dos !

Cette poésie est éditée séparément. — G. Ondet, édittmr.

La Louve

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