‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 40 sur 86 · AU PARSON · texte numérisé non relu

AU PARSON

J'ai voulu revoir le logis

Que j'habitais avec grand'mère,

J'ai voulu revoir le logis

Que j'habitais au temps jadis ;

J'ai voulu revoir la maison,

La rustique et pauvre chaumière,

J'ai voulu revoir la maison

Que nous habitions au Pacson :

C'est à la gauche du chemin Qui traverse l'Ille-et- Vilaine, C'est à la gauche du chemin Qui mène au pays de Saint-Méen ; Je l'ai quitté voilà vingt ans, Mais je l'ai reconnu sans peine, Je l'ai quitté voilà vingt ans, Ce doux pays de mon printemps!

J'ai sauté, tout comme autrefois, Sauté pour enjamber la douve, J'ai sauté, tout comme autrefois, Par dessus l'échalier de bois; J'ai reconnu le vieux courtil Comme un vieil ami qu'on retrouve, J'ai reconnu le vieux courtil Tout baigné des rayons d'avril !

Et j'ai bonjouré le jardin Et la maison couverte en chaume, Et j'ai bonjouré le jardin Dont vous ririez avec dédain...

Et j'ai fait lentement le tour De mon ancien petit royaume, Et j'ai fait lentement le tour...

Pleurant sur mon tardif retour;

Car, hélas! je n'ai plus trouvé,

Dans le coin de sa cheminée,

Car, hélas! je n'ai plus trouvé

Celle qui m'avait élevé :

Elle avait fermé ses bons yeux

Deux jours avant mon arrivée,

Elle avait fermé ses bons yeux

Pour ne plus les rouvrir qu'aux Cieux !

Et, tout secoué de sanglots,

J'ai tiré doucement la porte;

Et, tout secoué de sanglots,

Sur le seuil, j'ai gravé ces mots :

« C'est ici que gît le meilleur

Dj ma jeunesse à jamais morte,

C'est ici que gît le meilleur,

Le plus pur lambeau de mon cœur ! »>

Adieu donc, cher petit Parson !

Adieu, pays de mon enfance !

Adieu donc, cher petit Parson, Vieux amis et vieille maison !

Votre gâs, demain, s'en ira En exil au pays de France, Votre gâs, demain, s'en ira :

Seul, Dieu sait quand il reviendra !..

Sur Vair de « La Chanson des matelots » de Yann Nibor,

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