‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 52 sur 86 · BONHEUR MANQUÉ · texte numérisé non relu

BONHEUR MANQUÉ

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Quand je quittai les paysans Qui veillaient sur mes premiers ans Dans une bourgade endormie, Je ne pleurai pas les bons vieux Mais Lison, Penfant aux beaux yeux Que j'appelais « ma bonne amie ! »

Je Temmenai, le dernier soir, A travers les champs de blé noir Promener, dans le clair de lune, Et lui jurai dans un baiser, De m'en revenir l'épouser Quand j'aurais trouvé la Fortune !

Mais, à la chercher, comme un fou, De ci, de là... je ne sais où, Mon existence s'est passée ; Et ce n'est que de loin en loin Que je songeais au petit coin Où m' « espérait n ma fiancée.

Enfin, par un beau jour d'été, Vieilli sans m'en être douté, Je revins dans notre village :

Une petite fille en deuil Jouait au soleil sur un seuil, Près d'une vieille au doux visage.

l80 CHANSONS A DIRE

Et la fillette, trait pour trait, Me parut le vivant portrait De ma camarade d'enfance :

C'était bien l'azur de ses yeux Et l'or de ses cheveux soyeux, Et son sourire d'innocence !

« Ta maman, lui dis-je tout bas, <« Se nomme Lison, n'est-ce pas ?

— Maman? Elle est au cimetière.

« Mais, si Lison, certainement,

« N'était pas le nom de maman

« C'est celui de bonne Grand? mère \ »

Et, le cœur empli de remords, Je me penchai vers les yeux morts De l'aïeule assise à sa porte Où, comme dans un vieux miroir, Un court instant je crus revoir Notre Jeunesse à jamais morte!

Puis j'embrassai, comme jadis, Un front d'enfant, et je partis, Très vite, sans tourner la tête...

Mais, seul, au bout du grand chemin, Très longtemps, le front dans la main, J'ai sangloté... comme une bête !..

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