‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 9 sur 86 · LE LIT-CLOS · texte numérisé non relu

LE LIT-CLOS

Les hommes causent politique Et le mot français « République »

Parmi le breton retentit ; Ce sont les jeunes qui le disent, Car les tneillards toujours prédisent Le Roi qu'on leur a tant prédit !

Tout à coup, voilà que s'élève Une tremblante voix de Rêve Qui semble sortir du Lit-clos :

Les hommes se taisent, les fi lies Ne font plus danser leurs aiguilles, Non plus les femmes leurs fuseaux ;

Car celle qui parle est T Ancêtre !

Son âge ? Elle seule, peut-être, Pourrait le dire désormais :

On va, répétant à la ronde Qu'Elle est vieille comme le Monde Et qu'Elle ne mourra jamais;

La Nuit obscurcit sa prunelle «... Et c'est tant mieux, murmure-t-elle, Aujourd'hui le Monde est si laid ! »

Elle est sourde... mais d'une oreille, Car la gauche entend à merveille...

Mais ?i entend que ce qui lui plaît !

LE LIT-CLOS l3

Elle a toujours très grande allure Sur son front blanc, sa chevelure Semble une couronne d'argent :

On dirait une vieille Reine Accueillant son Peuple, sereine, Avec un sourire indulgent!

Aussi, son bon Peuple l'adore ; Il s f approche , il s'approche encore Du Lit qu'elle ne quitte plus, D'où sa tendre voix fait revivre Tous les chapitres d'un vieux livre Que ton n'avait pas encor lus !

Et tous ceux qui veulent F entendre Peuvent venir, sans plus attendre, Aux volets du logis heurter, Car maudit serait T égoïste Qui, tant que son Ancêtre existe, Resterait seul à V écouter !

Entrez donc ! Les Gueux, les Fermières, Les Sabotiers, les Lavandières, Les Matelots et les Tailleurs, Les rudes Sonneurs de bombardes, Les jeunes Cloërs, les vieux Bardes, Tous ceux d'ici... tous ceux d'ailleurs!

Page 1