AU JARDIN TURC
POT-POLRRL
Air de Préville et de Taconnet.
Avec Manon , par un' belle soirée ,
Je nous disons : « Il faut prendre le frais ;
» J'trouv' rons partout du café d' chicorée,
« Dirigeons-nous vers le Marais. (bis.)
» Au jardin Turc, lui dis-je, il faut nous rendre j » Mets r casaquin, via l'habit qu' j'ai risque, » Pour entrer là, c'est qu'faut être musqué ! )) J' nous régal'rons : on dit qu'on peut y prendre » Ben des objets , dont 1' prix n'est pas marqué. »
Am : M. de Catinal.
AlorSj bras d'sus bras d'sous, je prenons notre élan ; Et j' tombons à la port' du jardin du Sultan ; L' vétéran dit qu' INanona z'un fichu d' couleur, Là-d'sus, moi , jem'avance , et je lui chante en majeur :
Air : Une robe légère.
« Ce fichu, mon p'tit homme, » Suffît à ma INanon, » Et pour avoir la pomme , » Je dis qu'elle a 1' pompon !
» A rOpéra-Comique » Tu n'as donc pas été ?
» Apprends que le physique » Embellit la beauté.
Air du Galoubet.
» jNous somm's dedans , (bis.)
>» Ma fine , ce n'es pas sans peine , » Il a fallu montrer les dents; )) Reprenons un peu notre haleine, » Nanon est heureus' comme une reine ! . . .
M Noussomm's dedans. » (bis.)
A]R : Dans les ç^dcs françaises.
J' voyons une terrasse Où sont des gens bien mis, J' voyons du mond'qui passe, J'en voyons qu'est assis ; Puis des cadets Eustaches D' nous pousser trouv' moyen , En criant : gar' les taches !
Quand ils ne portent rien.
Ain ( .'■ moiii linir. lu Ile Rnvmondc.
Mais, malSanon, (ju aime l'ombre, Dans un p'tit chemin giiid'mes pas ; Là, j' voyons, quoiqu il lass' sombre.
Plus d'un couple s' parler bas ; Nanon s'arrête, j' la gronde , El j' lui dis , d'vant cha(ju' bosquet :
-iQU LA BULLE DE SAVON.
(( Ne dérangeons pas le monde , )) Laissons chacun comme il est. »
Air de TEru de six francs.
rVanon , qui fait tout c' qu'ell' voit faire ,
S'écrie aussitôt : « J' veux m'asseoir. »
Je lui dis : « Voilà notre affaire ,
» Entrons dans ce bosquet tout noir. « (bis.)
Là , sur ce qui lui fait envie
J' dis à Nanon de réfléchir ,
EU' m' répond : « Pour nous rafraîchir
» Prenons du punch à l'eau-de-vie. »
Am : Encore un quarlron, Claudine.
Le punch flamb' , moi , j'espère Prendre un baiser , morbleu !
Et j' dis à la p'tit'mère, Qui me résiste un peu :
« On n'y voit qu' du feu, » ]\Ia clière ,
» On n'y voit qu'du feu. »>
Air de la Petite sœur.
A côté d' nous , dans chaqu' bosquet ,
Quoiqu'il ne brillât nulle flamme , {bis.)
J'aperçùmes, grâce au quinquet.
Lu monsieur brider pour un' dame ;
Ils causaient de leurs sentimens,
Ça les altérait, je suppose,
Car ces messieurs , à tous nioraens,
Prétendiiient prendre quelque chose. (bis.)
AiH : Signora Povera( du Concerta la Cour ).
Mais à droite, on disait , à not' oreille, K Voulez- vous
» M'accorder un rendez-vous ? »
>* — Ah! ah! ah ! ah!... ah ! ah ! ah! ah! » — Je n'éprouvai jamais ardeur pareille !
» Acceptez une glace , une groseille... )) — Ah! ah! ah! ah!... ah! ah! ah! ah! »
Même air.
\'là qu'à gauch', l'homme dit à la bourgeoise, « Voulez-vous » Des cach'niir's et des bijoux ?
)) — Ah! ah ! ah ! ah!... ah! ah! ah! ah! » — Vous vous taisez.... goûtez ma bavaroise... » Le joli bras !... Prenez une framboise... )) - Ah ! ah î ah ! ah!... ah! ah ! ah ! ah ! »
AïK ; Faut-il qu^un homme soit, etc.
A droite la femme répond :
(( Voyez comme je suis éjnuc ! ,
» Avec vous si je suis venue,
» C'est que mon mari , dans le fond ,
» Mérite bien un tel affront.
» Depuis un an il me délaisse ;
» Monsieur prétend que son docteur
» Lui défend la moindre tendresse...
» Faut-il qu'un homme soit menteur !... ■• (/y/A.^
Air. : Daignez m'<?par»;ner, etc.
A gauche , le monsieur disait
(( Ma chère , je ne veux rien taire ;
» Je suis marié ^ c'est un fait ,
)) Mais ma femme ne saurait plaire ;
« Elle a quarante ans bien sonnés ,
)) Ce n'est pas que je la df'teste !
» Mais elle a les traits bourgeonnes ,
» Les cheveux roux, les yeux tournés.
)) Daignez m'épargner le reste. »
Air : Vite , \ itc prenez le patron.
« Faut, mon fils ,
» Des époux assortis , »
M' dit Nanon,
En croquant l' macaron ,
« Je t'aim' , mais !
» Si tu m' trompais
)) Jamais , » Je t'estropîrai , M Je te tûrai , » Vrai.
» — Nanon , un baiser !
» — Veux-tu m' laisser!
» Voilà les garçons » Qui rôdent dans les environs.
» — Un baiser , i' te dis, » — C n'est pas permis...
» Est-il libertin , » Est-il taquin !
» Dieu ! qiieu lutin î )) — JTauraibien... » — Tu n'auras rien, » Vaurien. »
V'ia-t-il pas Qu'alors en jouant des bras,
Patatras ' J' fais rouler à quatr' pas De d'sus la table sur le sol L' bol !
Air des Trembleurs.
ISanon crie, elle est fâchée; Eir dit que je l'ai tachée; Eir s'était endimanchée Pour venir au boulevart.
Effrayés de ce tapafje , Les couples du voisinage Sortent de dessous l'ombrage Pour soupirer autre part.
Air : Ciel 1 l'univers , etc.
Mais qu'est-ce donc ? on se chante une gamme , Près du quinquet les amans .s' trouvant tous ; A gauclie on dit: « C'est ma femme ! » A droite : « C'«'St mon époux !
» — Perfide ! — Infâme !
» Crains mon courroux !
)) — Sont-ils bét's ! » ditlNanon, » \i\\ î pourfjuoi don(" » Prendre ce ton '.'
j) Fs d'vraient soudain » S'donner la main. »
Air du Mirliton.
« Qu' faisiez-vous ici , madame ? » Dit le mari furibond.
« Monsieur , » lui répond sa femme , « J'apprenais de ce beau blond » L'air du mirliton, » Mirliton , mirlitaine , )) L'air du mirliton, ton , ton. »
Au'. : Mes cheis enfans, unissez-vous.
« Mais VOUS, monsieur, dans c' bosquet-là,
)) Avec mamzeir qu'alliez -vous faire ?
» Vous me refusez 1' nécessaire !
» Et vous fait's ici des ejotra !
n — Madam' ! mam'zelle est un' vestale ,
» Ou' son pèr' me laiss' prom'ner les soirs ,
» Pour que j' l'instruis' sur les devoirs
» De la piété filiale. » (6«.)
Am : Oh ! oh ! oh ! oh 1 ah ! ah ! ah ! ah !
Durant l' colloque précédent ,
Le blond et la d'moiselle Jugèrent qu'il était prudent De n' pas s' mêler d' la qu'relle ; Laissant les autres s'tirer d' là , Zeste, chacun d'eux s'en alla,
Fih..
Oh! oh!oh! oh!ah! ah! ah ! ah!
Les époux rest^r'nt comm' baba.
Air du fleuve de la vie.
Par les chers objets de leur flainine S' voyant alors abandonnés, Monsieur prend le bras de madame , Ils ont tous les deux un pied d'ncz.
En songeant au nœud qui les lie, Ils dis'nt qu' c'est divertissant De descendre , en se haïssant , Le fleuve de la vie !
Air : J'oiis un cure palriolc.
Nanon , qu'est toute fripée , M' dit : « Sortons d'ici, Cadet , » J'aime ben mieux la Râpée, » On y voit ce qu'on y fait.
» Quand tu me promèneras , » Quand tu me régaleras ,
» C'est fichu !
j) C'est là qu' tu » C'est làqu' tu m'ennnenerus , » Oui, c'est là que tu m'emmèneras. »
Air de la Croisée.
J' partons, et d'un air {jracicux A mon bras Nanon se balance:
Mais de c' que j'ons vu dans ces lieux Je tirons cette conséquence :
Epoux d'un ijiinois aj^arant, lledoutez-y les infortunes !
Car Hu jardin Turc, leCioissant IN'eat puf là pour des prunco.
MA LISETTE , QLTTTO?JS-NOLS.
Air : Depuis lon(;-temps j'aimais Adèle, ou Air de M. Etienne Yoi»el.
Quittons-nous , mon aimable Lise , Ton cœur ne peut se corrij^er ; Crois-moi , tu te seras méprise En jurant de ne plus changer.
Ta bouche , toujours avec grâce , Dit que j'ai tort d'être jaloux ; Mais pour moi tes yeux sont de glace ! . . . Tiens, ma Lisette, quittons-nous.
Lorsque dans un tendre délire
Tu jurais de m'aimer toujours ,
Ton ame ne pouvait suffire
A tes transports, h nos amours.
Ta main , alors , cherchait la mienne :
La presser te semblait bien doux !
Maintenant je cherche la tienne. . .
Tiens, ma Lisette, quittons-nous.
Jadis le temps passait bien vite !
Cependant nous n'étions que deux ; Mais ta chambre, quoique petite.
Suffisait pour nous rendre heureux.
Maintenant , tu regardes l'heure Au lieu de pousser les verrous!...
L'ennui pénètre en ta demeure...
Tiens, ma Lisette, quittons-nous.
LA BULLE DE SAVOlS . 'l T'I
Mais ne crains pas que je te blâme , On n'est point maître de son cœur; Demain ; peut-être, une autre femme Doit m'inspirer une autre ardeur; Alors tes charmes, que j'adore, Dans mon cœur s'effaceraient tous; Ah ! pendant que je t'aime encore, Tiens, ma Lisette, quittons-nous.