LES ESPRITS
Air : Quand les bœufs vont deux a deux ( de Richard).
Dût-on rire de moi, Je l'avouerai de bonne foi , Souvent je me suis surpris A regretter les esprits.
Dans le temps de la ma^ie Des sorciers , de la féerie , Par un fortuné destin , A minuit, dans sa chambrette.
On pouvait sur sa couchette Trouver un petit lutin.
Dùt-onrire , etc.
On était inexorable Pour tous les suppôts du diable, Et souvent on en brûla ; Mais depuis qu'on les délaisse , Depuis qu'en paix on les laisse, Les sorciers nous laissent là !...
Dut-on rire, etc.
Chez cette vieille comtesse Jadis on avait sans cesse Quelques esprits siJr ses pas ; Maintenant dans sa demeure On se promène à toute heure, Et l'on n'en rencontre pas !
Dût-on rire, etc.
Mourir et puis apparaître Dans le plancher disparaître, C'était jadis notre lot ; Maintenant quand on expire On ne revient pas nous dire Seulement un petit mot.
Dût-oa rire, etc.
Le soir, aller à la cave Annonçait quelqu'un de brave, Cela faisait grand honneur; Maintenant il faut qu'on aille Sous le feu de la mitraille Prouver que l'on a du cœur.
Dut-on rire, etc.
Sous un aspect olivâtre Un seul fantôme au théâtre Faisait courir tout Paris ; Mais on a changé de mode , Nos auteurs trouvent commode De ne plus montrer d'esprits.
Dût-on rire, etc.
Un revenant secourable Nous disait : « Là , sous le sable , ») Cherche , un trésor t'appartient. »
Mais, hélas ! argent, sagesse.
Constance , beauté , jeunesse, Aujourd'hui rien ne revient.
Diit-onrire , etc.
Que j'aille à la comédie Ou même à l'Académie , Entendre un discours fort beau , D'un détracteur de Voltaire Que je lise un commentaire, Je répète de nouveau :
LA ijULLt DE SAVON. "187
Dùt-on rire de moi , Je l'avouerai de bonne foi , Souvent je me suis surpris A regretter les esprits.
LE JEL.^E SOLDAT.
Air de M. Hippolvlc Lhuillicr,o» Amcdéc de Bcauplan , ou Air du Pauvre
Berger.
Ne v'ià que six mois
Que j' port' l'unilorine
Et les plus sournoi.s
Disent que j' me forme;
Je n' suis plus c' Jean-Jean
Qu'on trouvait si bête !
A tabl' j'ai d' la tête ,
J' bats un rataplan;
J' fais du bruit comm' quatre ,
Pour un rien j' vfux m' battre !
Aussi r mond' dit-il
Que j' suii> ben gentil.
Pour marcher au pas J' n'ons pus la têt' dure , J'arrondis les bras, Je prends d' la tournure ; Je tends le jarret ,
-188 LA LLLLE DE SATON.
Et quand je m' dandine , Dieu ! que j'ai bonn' mine Avec mon briquet !
Je valse avec grâces , Je sais fair' des passes !
Aussi r mond' dit-il Que j' suisben gentil.
Quand le régiment Pass' dans un village , J' mets en un moment Un' ferme au pillage j Poulets et dindons, Je vous prends en traître , On n' voit plus r'paraître Ceux que j'abordons; Si l'on me querelle , Je cass' la vaisselle , Aussi l'mond' dit-il Que j' suis ben gentil.
Auprès d'un tendron
D' figure agaçante ,
Comme un franc luron
D'abord je ni présente ,
J' dis I « Y'nez donc causer ,
» Jolie insulaire ,
» Je suis militaire,
)) r m' faut un baiser.
» — J' n'en donn' qu'à ceux qu' j'aime ! »
Moi , j'avanc' tout d' même ;
Aussi r mond' dit-il Que j' suis ben gentil.
En passant cheux nous Ai-je fait le diable !
Ils ont ben vu tous Comm' j'étais t'aimable !
Avec un dragon J'ai bu r vin d' ma tante, A sa p'tit' servante J'ai fait un poupon; J'ai mangé, j'espère.
Tout l'argent d' mon père !
Aussi r monde dit-il Que j' suis ben gentil.