‹ Contes en vers et chansonsChapitre 41 sur 79 · LES ESPRITS · texte numérisé non relu

LES ESPRITS

Air : Quand les bœufs vont deux a deux ( de Richard).

Dût-on rire de moi, Je l'avouerai de bonne foi , Souvent je me suis surpris A regretter les esprits.

Dans le temps de la ma^ie Des sorciers , de la féerie , Par un fortuné destin , A minuit, dans sa chambrette.

On pouvait sur sa couchette Trouver un petit lutin.

Dùt-onrire , etc.

On était inexorable Pour tous les suppôts du diable, Et souvent on en brûla ; Mais depuis qu'on les délaisse , Depuis qu'en paix on les laisse, Les sorciers nous laissent là !...

Dut-on rire, etc.

Chez cette vieille comtesse Jadis on avait sans cesse Quelques esprits siJr ses pas ; Maintenant dans sa demeure On se promène à toute heure, Et l'on n'en rencontre pas !

Dût-on rire, etc.

Mourir et puis apparaître Dans le plancher disparaître, C'était jadis notre lot ; Maintenant quand on expire On ne revient pas nous dire Seulement un petit mot.

Dût-oa rire, etc.

Le soir, aller à la cave Annonçait quelqu'un de brave, Cela faisait grand honneur; Maintenant il faut qu'on aille Sous le feu de la mitraille Prouver que l'on a du cœur.

Dut-on rire, etc.

Sous un aspect olivâtre Un seul fantôme au théâtre Faisait courir tout Paris ; Mais on a changé de mode , Nos auteurs trouvent commode De ne plus montrer d'esprits.

Dût-on rire, etc.

Un revenant secourable Nous disait : « Là , sous le sable , ») Cherche , un trésor t'appartient. »

Mais, hélas ! argent, sagesse.

Constance , beauté , jeunesse, Aujourd'hui rien ne revient.

Diit-onrire , etc.

Que j'aille à la comédie Ou même à l'Académie , Entendre un discours fort beau , D'un détracteur de Voltaire Que je lise un commentaire, Je répète de nouveau :

LA ijULLt DE SAVON. "187

Dùt-on rire de moi , Je l'avouerai de bonne foi , Souvent je me suis surpris A regretter les esprits.

LE JEL.^E SOLDAT.

Air de M. Hippolvlc Lhuillicr,o» Amcdéc de Bcauplan , ou Air du Pauvre

Berger.

Ne v'ià que six mois

Que j' port' l'unilorine

Et les plus sournoi.s

Disent que j' me forme;

Je n' suis plus c' Jean-Jean

Qu'on trouvait si bête !

A tabl' j'ai d' la tête ,

J' bats un rataplan;

J' fais du bruit comm' quatre ,

Pour un rien j' vfux m' battre !

Aussi r mond' dit-il

Que j' suii> ben gentil.

Pour marcher au pas J' n'ons pus la têt' dure , J'arrondis les bras, Je prends d' la tournure ; Je tends le jarret ,

-188 LA LLLLE DE SATON.

Et quand je m' dandine , Dieu ! que j'ai bonn' mine Avec mon briquet !

Je valse avec grâces , Je sais fair' des passes !

Aussi r mond' dit-il Que j' suisben gentil.

Quand le régiment Pass' dans un village , J' mets en un moment Un' ferme au pillage j Poulets et dindons, Je vous prends en traître , On n' voit plus r'paraître Ceux que j'abordons; Si l'on me querelle , Je cass' la vaisselle , Aussi l'mond' dit-il Que j' suis ben gentil.

Auprès d'un tendron

D' figure agaçante ,

Comme un franc luron

D'abord je ni présente ,

J' dis I « Y'nez donc causer ,

» Jolie insulaire ,

» Je suis militaire,

)) r m' faut un baiser.

» — J' n'en donn' qu'à ceux qu' j'aime ! »

Moi , j'avanc' tout d' même ;

Aussi r mond' dit-il Que j' suis ben gentil.

En passant cheux nous Ai-je fait le diable !

Ils ont ben vu tous Comm' j'étais t'aimable !

Avec un dragon J'ai bu r vin d' ma tante, A sa p'tit' servante J'ai fait un poupon; J'ai mangé, j'espère.

Tout l'argent d' mon père !

Aussi r monde dit-il Que j' suis ben gentil.

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