LE CAPORAL ET LE CONSCRIT
Air (le la Catacoua.
« Caporal , c'est moi que j'invite,
)) Faites-moi celui d'accepter ;
» Je suis amoureux de c'te p'tite,
» A qui je voudrais en conter ;
» Mais pour lui décliner la chose,
» Faudrait qu'un malin, conmie vous,
» Vînt avec nous ,
» Et m' dise en d'sous ,
» Ce qu'on s' permet » Auprès de son objet j » Ça me formerait, que j' suppo.se; » Caporal,
» Je paie un régal.
» — Allons, Jean-Jean, si ça t' contente,
» J'accepte l'invitation.
» C'est ça ta p'tite.^ elle est tentante,
» Je conçois l'inclination;
» Donnez-moi votre bras , la belle :
» Toi, Jean-Jean, mardi' derrière an pas,
» Surtout \\ va pas,
» En aucun cas,
» Faire un mouv'ment » Sans mon commandement.
» Prends ma tournure pour modèle.
» — Caporal, » C'est r point capital.
» — Il faut entrer dans c'te guinguette, » ^'ous ralraîcliir me semble urgent; » Faut êtr' galant près d'un' fillette : » Garçon, du vin!... Verse, Jean-Jean : » Vois comme ta belle a l'air tendre j » Tiens, v'ià comme on prend un baiser;
») Pour t'amuser,
» Faut supposer
» Qu' c'est toi , Jean-Jean , » Qui l'embrasse à présent; » Admire comm' je sais m'y prendre.
» — Caporal ,
» C'est original.
'> — Mais je crois qu' j'entends d' la musique, » Belle enl'ant, nous allons valser; » Au bal je suis bon là, j' m'en pique; » Jean- Jean, tu nous verras passer; »» Pendant qu'à ta particulière » Jf vais montrer mon abandon,
>i IVends un leçon ,
» Comme un tonton
•> Tourne tout seul » Autour de ce tillenl ; >» Moi , i vais fair' tourner c to p'fit mère. » — Caporal ,
») !Ne vous fait's pas d m;il. »
240 l^A TîULl-F. DR SAVON.
Jean-Jean ;, avec obéissanee,
Sans s'arrêter tourne toujours,
Apres une assez longue absence
On lui ramène ses amours :
« Tiens , Jean-Jean , pour le badinage
» Y'Ià ton objet bien disposé,
)) J ai tant pressé,
» Tant courtisé,
» Qu'à c't' heur' mon p'iit, n En avant... Et suffit!
» Pour toi ;, je me suis mis en nage. » — Caporal,
« Yous êt's sans égal. »