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Contes en vers et poésies diverses

A cet appel sans cesse répété Par la vieille marchande à la voix âpre et claire, Je faisais halte au coin du faubourg populaire Dont les vitres flambaient dans le soleil couchant, Et prenais un journal pour le lire en marchant. Ce n'est pas que je sois ardent en politique ; Les révolutions rendent un peu sceptique ;

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Mais, par vieille habitude et besoin machinal, Je parcours volontiers, tous les soirs, un journal, Pour savoir si l'on va changer ou non de maître, Comme avant de sortir on voit le baromètre.

— Demandez les journaux. . . le Temps. . . le Moniteur. . .

Et, prenant le paquet tout frais que le porteur Lui jetait, en courant; dans sa pauvre boutique, La bonne femme, active à servir la pratique, Derrière un vasistas ouvert sur le trottoir, Se démenait, cherchait des sous dans son tiroir Et vendait, d'une humeur absolument égale, Papier conservateur ou feuille radicale ;

— Et, lorsque je prenais un journal, au hasard :

— Ah ! vous voilà monsieur ! Vous arrivez bien tard, Disait-elle gaiement. Voyez, ma vente est faite.

Je n'ai plus qu'un Pays et que deux Estafette... Et c'est toujours ainsi lorsque les députés, Comme ils ont fait hier, se sont bien disputés, Et quand on dit qu'on va changer le ministère.

Quelquefois je causais, auprès de l'éventaire, Avec la brave vieille aux yeux intelligents ; Car mon goût est très vif pour les petites gens. Et, tout en déployant la Presse ou la Patrie, Qui m'envoyait sa bonne odeur d'imprimerie,

La Marchande de Journaux

J'avais pour mes trois sous un instant d'entretien.

— Mon Dieu, pour le moment, ça ne va pas trop bien.. •

C'est la morte saison, vous savez... et la Chambre

Ne se réunira que vers la mi-novembre.

Les grands formats sont nuls, et les petits journaux

N'ont que les faits divers et que les tribunaux...

Vous autres, les messieurs, vous chassez ou vous êtes

Aux bains de mer, aux eaux... Sans le son des grisettes

Qui ne voudraient pour rien manquer le feuilleton

De leur Petit Journal, à peine vivrait-on...

Pour écouler ce tas de papiers qu'on imprime,

C'est triste à dire, mais il faudrait un gros crime...

Je ne désire pas qu'il arrive, grand Dieu !

Mais, du temps du procès Billoir, quel coup de feu !

Quand on a publié toutes ces infamies,

Monsieur, j'étais au bout de mes économies ;

Mais, en un mois et rien qu'avec les illustrés,

Eh bien, j'ai pu payer deux termes arriérés...

Mais ce n'est qu'un hasard... tandis que les tapages

A Versailles, voilà le temps des forts tirages !

Ça ne peut pas manquer et ça revient vingt fois...

Aussi, lorsque je fais un billet pour mon bois,

Pendant la session j'en fixe l'échéance,

Et je m'acquitte après une bonne séance.

Je m'éloignais, trouvant singulier le destin

Qui voulait que ce fût le crime du matin

Ou le tumulte fait dans les Chambres, la veille,

Contes et Poésies

Qui donnât quelque aisance à cette pauvre vieille. Je trouvais un plaisir ironique à savoir Que l'antique combat du peuple et du pouvoir Et tout leur vain travail pour mettre en équilibre Le besoin d'être fort et l'ardeur d'être libre, Le prétoire vibrant à la voix des tribuns, L'Assemblée en démence et les cris importuns Qu'on poussera toujours autour du Capitole Et tout ce que produit, aux jours de rage folle, Le parlementarisme et son jeu régulier, Aidassent cette femme à payer son loyer. Il me plaisait assez que le bruit de la presse Assurât par hasard le pain d'une pauvresse Et que tout ce scandale eût ce bon résultat Qu'elle pût vivre, à bord du vaisseau de l'État, Durement ballotté sur la mer politique, Ainsi qu'une souris dans un transatlantique.

Un soir, — les premiers froids étaient déjà venus, — Au fond delà chétive échoppe, j'aperçus Un spectacle nouveau, qui me fit de la peine. C'était un pauvre enfant, — huit ou dix ans à peine, - Blond, pâle, l'air malade, habillé tout en deuil, Qui se tenait assis dans un petit fauteuil,

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Ayant sur ses genoux un vieux dictionnaire Et regardant avec des yeux de poitrinaire.

Je demandai :

— Quel est donc ce petit garçon ?

— Mais c'est mon petit-fils ; il apprend sa leçon, Me répondit, d'un air tout orgueilleux, la vieille... Et les frères en sont très contents !

— A merveille !

Repris-je... Ses parents l'ont envoyé vous voir ?

— Hélas ! mon bon monsieur, voyez... il est en noir. Pauvre enfant ! il n'a plus sa mère ni son père... Mais sa bonne-maman l' élèvera, j'espère. Maintenant il n'a plus que moi, cher innocent !

11 a coûté la vie à ma fille en naissant. ..

Et voilà des malheurs qu'on ne peut pas comprendre...

Des orphelins d'un jour ! . . . Quant à mon pauvre gendre,

11 était étameur de glaces ; et les gens,

Dans ce vilain métier, ne durent pas dix ans,

S'ils n'ont pas les poumons comme un soufflet de forge,

A cause du mercure. .

— Allons ! un sacre d'orge, Dis-je à l'enfant, qui vint pour me remercier, Prit mes sous et courut, joyeux, chez l'épicier.

Contes et Poésies

— Et, quand je fus resté seul avec la marchande :

— L'enfant se porte bien ?

— J'attendais la demande, Monsieur, répondit-elle avec un gros soupir. C'est le chagrin que j'ai tous les jours à subir. Non, il ne va pas bien... Que je suis malheureuse !... Avec ses yeux cernés et sa figure creuse, Cest tout son père... Il souffre, hélas ! le cher petit ! Il tousse, il dort à peine, il n'a pas d'appétit. Enfin le médecin dit que c'est la croissance !... C'est qu'il est si mignon et d'une obéissance !... Et tout ce qu'il voudrait, il l'apprendrait, je crois, Mon Joseph... à l'école il a toujours la croix... Mais sa santé... voilà ce qui me désespère !

— Courage ! dis-je.

— Enfin mon commerce prospère Continua l'aïeule, et de telle façon, Monsieur, que rien ne manque à mon pauvre garçon. Le bon Dieu, quand j'ai trop de mal, me vient en aide. Tenez, j'ai cru l'enfant malade sans remède, Voilà tantôt trois ans... Le docteur ordonna Des médicaments chers, du vin de quinquina... Mais, juste en ce moment, je m'en souviens encore, La Chambre renversa le cabinet Dufaure , Et j'ai pu, — je gagnais des douze francs par jour, —

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Donner ce qu'il fallait à mon petit amour...

Au Seize Mai, — la vente allait, je vous assure, —

J'ai fourni mon Joseph de linge et de chaussure ;

Et quand le Maréchal à la fin est tombé,

J'ai fait faire un habit tout neuf à mon bébé...

Le retour de Joseph finit la causerie ; Mais je sortis de là, l'âme tout attendrie, Et j'avais le cœur pris par le simple roman De cet enfant malade et de sa grand'maman. Le lendemain, je dus partir pour la province, Mais sans les oublier ; et l'intérêt fort mince Qu'aux choses de l'Etat jusqu'alors j'avais mis Grandit, quand je songeais âmes humbles amis, Car je ne pouvais plus juger la politique Qu'au point de vue étroit de leur pauvre boutique ; Et quand, par un hasard devenu bien banal, J'apprenais, en voyant les pages du journal Pleine d'alinéas et de rappels à Tordre, Que nos législateurs avaient failli se mordre Et qu'en plein parlement ils s'étaient outragés, Rêveur, tout en lisant leurs discours prolongés, Où le bon sens souffrait autant que la grammaire, Je me disais :

— Tant mieux pour la pauvre grand' mère !

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A mon retour, j'appris que Tentant était mort.

— Ah ! monsieur, me disait en sanglotant bien fort, La vieille, devenue en peu de jours caduque, Quand on perd, à mon âge, un enfant qu'on éduque, C'est trop dur ! ... Et bientôt j'en mourrai , Dieu merci ! . . . Je ne sais pas pourquoi je reste encore ici ; Car je perds la mémoire, un rien me bouleverse, Et je n'ai plus la tête à mon petit commerce... Autrefois, si j'étais âpre à gagner du pain, C'était pour partager avec mon chérubin... Maintenant mon chagrin me nourrit... Que m'importe Le reste ?... Voyez-vous, je suis à moitié morte ; J'aurais cent ans, monsieur, que je serais moins bas!... Un client, qui me prend tous les jours les Débats, Un bien brave homme, allez, qui plaint les misérables, M'a promis de me faire admettre aux Incurables... Eh bien, soit... J'irai là mourir un de ces jours !...

Que pouvais-j e répondre à ce navrant discours ? Que faire pour calmer une douleur si grande ? Hélas ! rien. Et depuis, chez la pauvre marchande,

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Quand j'entrais acheter quelques journaux du soir, J'étais muet devant cet affreux désespoir.

Vers ce temps, — ce n'est plus pour nous une surprise, Notre gouvernement était en pleine crise. Voici l'intéressant langage qu'on tenait :

— C'est fort heureux. Tant pis pour l'ancien cabinet.

Il subit justement la loi de la bascule.

Morel était trop vieux, et Morin ridicule ;

Moreau s'imaginait être de droit divin,

Et Morand recevait par trop de pots-de-vin. ..

Tandis que parlez-moi du nouveau ministère :

Dubois est éloquent et Dufour est austère ;

Malgré ses tristes mœurs et deux serments trahis,

Dupont par ses talents honore son pays ;

Dupuis est fin ; Durand est loin d'être une bête...

Nous aurons avec eux la politique honnête.

Leur programme est très bien, que donne mon journal..,

L'ordre et la liberté... C'est fort original.

Ces gens-là n'iront pas commettre une imprudence...

Bref, il était acquis et de toute évidence

Que le groupe Morel-Morin-Morand-Moreau

De tout progrés utile eût été le bourreau

Et que droit à l'abîme il menait la patrie ;

Tandis qu'agriculture, arts, commerce, industrie,

Allaient fleurir et prendre un essor bien plus grand

Par la combinaison Dufour-Dubois-Durand.

îo Contes et Poésies

Je connaissais Durand, un homme fort aimable ; Et, depuis quelque temps, je me trouvais blâmable ; Se désintéresser de tout, ce n'est pas bien. On finirait par être un mauvais citoyen... Voyons, ce cabinet? Il n'a rien qui me gêne ; Il est conservateur, libéral, homogène, Très gentil !...

Et déjà, plein d'un zèle subit, Le dos au feu, troussant les pans de mon habit, De mes nouveaux amis j'exposais la tactique, A l'heure où, dans l'ennui d'un salon politique, Le thé circule avec les tranches de baba.

Six semaines après, le cabinet tomba.

Ah ! j'étais furieux, cette fois! Mettre à terre Des gens si bien pensants, un si bon ministère! C'est à désespérer de tout gouvernement !... Et, maudissant le vain besoin de changement Qui, ce jour-là, venait de troubler les cervelles, Levé de très bonne heure, avide de nouvelles, J'allai chez ma marchande acheter le journal. Paris avait été plus que moi matinal ; Il ne restait plus rien qu'un Siècle de la veille. Mais je fus stupéfait en regardant la vieille ; Car je lui retrouvai l'air joyeux qu'elle avait, Les jours de gain, du temps que son enfant vivait.

— Le pauvre mort, pensai-je en mon humeur stupide,

La Marchande de Journaux u

Est oublié, ce n'est qu'une femme cupide.

Mais, devant mon regard, l'aïeule avait compris.

— Ah ! fit-elle, monsieur, ne soyez pas surpris, Si j'ai le cœur content de ce bon jour de vente. Moi, je n'ai plus besoin de rien, et je m'en vante... Mais, pour Joseph, avec de l'argent emprunté, J'ai pu prendre un terrain à perpétuité, Et j'ai fait des billets, et l'huissier me menace... Puis, si vous pouviez voir son coin, à Montparnasse ? Un vrai jardin !... Je vais prier là, tous les mois... Ça me coûte bien cher ; mais aussi quand je vois Son tombeau tout couvert de fleurs et de verdure, Il me semble que c'est ma prière qui dure !

Je lui serrai les mains, honteux de mon soupçon ; Et, depuis lors, ayant médité la leçon, Je suis tout consolé, quand un ministre tombe ; Car, ces jours-là, l'enfant a des fleurs sur sa tombe.

V Épave

evant la mer, assis au seuil de leur maison, La veuve du marin et son jeune garçon Sont en grand deuil. Hélas! l'équinoxe d'automni A fait d'affreux malheurs sur la côte bretonne; Et c'est pourquoi, rêveurs devant le ciel du soir, Cette femme et son fils sont habillés de noir. Ah! dans ce lac paisible où, sous la brise fraîche, Viennent de s'éloigner les fins bateaux de pêche Dont les voiles, là-bas, blanchissent dans le ciel, Nul ne reconnaîtrait cet Océan cruel

L'Épave 13

Qui, l'an dernier, pendant la grande marée haute, En un jour, a broyé vingt barques sur la côte, Et, parmi tant de deuils dont le pays est plein, A navré cette femme et fait cet orphelin.

Le ciel peut être pur, la mer peut être belle, La veuve du marin est sombre et se rappelle L'effroyable tempête où son homme a péri.

— C'est aussi de sa faute, à mon pauvre mari, Dit-elle en soupirant à son fils qui l'écoute,

Il faut porter secours aux malheureux, sans doute, Et nul ne l'a plus fait que mon brave Mathieu. Mais affronter ainsi la mort, c'est tenter Dieu !... On n'avait jamais vu de pareille marée. Ton père était chez nous; sa barque était rentrée; Il disait, en mangeant sa soupe : Il faut qu'on soit Maudit pour être en mer par ce vent de noroit ! Après dîner, Mathieu prend sa pipe et l'allume Et va fumer dehors, comme il avait coutume. Là, malgré le gros temps, ils étaient quelques-uns Qui regardaient sauter et mousser les embruns, Quand, tout à coup, voilà que mon homme remarque, Du côté des rochers Saint-Pierre, untrois-màts barque... Doux Jésus ! Ce ne fut pas long. En un clin d'œil, Le malheureux navire échoua sur Pécueil.

— Un canot ! dit Mathieu... J'étais épouvantée; Les autres lui montraient cette mer démontée, Et la lame en fureur qui crachait des galets.

14 Contes et Poésies

— Un canot! répétait ton père. Sauvons-les!

Un canot à la mer, ou nous sommes des lâches !

Le mien, si vous voulez, car aux plus rudes tâches

Il est bon ; il ne craint ni le flot ni le vent,

Et je l'ai baptisé d'un beau nom : En avant!...

Ah ! les hommes sont fous, mon Tiennot ! ... Ils partirent.

Et tous ont péri, tous... A l'heure où se retirent

Les vagues, tu m'as vue aller, tout cet hiver,

Chaque jour, aussi loin que va la basse mer.

Mais l'Océan qui meurt à mes pieds et les lave

N'a jamais rejeté la plus petite épave,

Pas plus du grand trois-mâts que du pauvre canot...

O mon mignon chéri! Pauvre petit Tiennot!

Ne va plus sur la mer... tu sais, j'ai ta promesse...

Monsieur le recteur t'aime et tu lui sers sa messe ;

Il t'apprend l'écriture... Eh bien, c'est ton destin,

Tu deviendras un prêtre et parleras latin.

Et puis, loin de ces flots dont le bruit m'épouvante,

Quand tu seras curé, je serai ta servante.

Ne te fais pas marin!... D'ailleurs, tu m'as promis...

L'enfant se tait. Il songe à ses petits amis,

A ces gamins qu'il voit, dés que le matin brille

A bord d'une chaloupe, aller à la godille,

Tandis qu'il n'ose plus, le craintif orphelin,

Pousser un aviron ni nouer un grelin.

Il a promis, il veut obéir à sa mère.

Mais, lorsque le curé, refermant sa grammaire,

Lui dit : — Va-t-en jouer! et qu'il est libre enfin,

L'Épave 15

Troussé jusqu'aux genoux et sur le sable fin

Marchant pieds nus, il court bien vite vers la grève.

Et le fils du marin cherche à tromper son rêve.

Mais sentir l'àpre vent souffler dans ses cheveux

Et l'eau froide monter sur ses mollets nerveux,

Voir au loin le gros coup de la lame mauvaise

Eclater en couvrant d'écume la falaise,

Remplir tout un panier de crevettes, chercher

Quelque hideux homard tapi sous un rocher,

Ou saisir le lançon dans sa fuite rapide,

Cela ne suffit pas à l'enfant intrépide.

Non, son ardent désir, c'est le bateau mouvant

Avec sa voile ronde et ses deux focs au vent

Et le lest de galets humides qui le charge,

C'est la course au lointain horizon, c'est le large

Avec sa forte houle et son grand souffle amer,

C'est l'ivresse d'aller sur cette vaste mer,

Dont le parfum le grise et le rhythme l'attire ..

Et voilà de longs mois que dure ce martyre!

Mais le temps passe. Encore un équinoxe affreux ! Et les marins du port, un jour, causant entre eux, Tout comme Tan dernier, sur la mer en délire, Viennent de signaler un malheureux navire,

— Un brick, cette fois-ci, — qui touche le récif. A chaque lame, il fait ce sursaut convulsif Qu'on pourrait appeler le râle du naufrage.

— Un canot à la mer! des hommes de courage!

i6 Contes et Poésies

Dit quelqu'un. Aucun d'eux n'a pu, certe, oublier

Les camarades morts de l'automne dernier.

Mais voilà qu'on entoure une barque et qu'on l'arme.

La mère de Tiennot est là, pleine d'alarme,

Elle étreint son garçon et lui redit tout bas :

— Tu sais, tu me l'as bien promis... tu n'iras pas! Et, les yeux dilatés et se mordant la bouche, L'enfant ne répond rien et regarde, farouche,

Les braves compagnons qui parent le bateau. Tout à coup, une lourde et sombre masse d'eau S'écroule avec fracas, couvrant tout de sa bave, Et devant l'orphelin elle jette une épave, Une planche pourrie et rongée où l'enfant A déjà distingué ces deux mots : En avant! L'Atlantique a tiré du fond de son repaire Ce débris de bateau. C'est un ordre du père! Les sauveteurs son prêts; ils poussent leur canot; Et s'arrachant des bras de sa mère, Tiennot Saute auprès d'eux, saisit à la hâte une rame... Et les voilà partis avec l'énorme lame !

Comme on les suit des yeux ! Hardi, là ! Comme ils vont !

Sainte Vierge! voyez cette lame de fond...

Ils ont chaviré... Non, le canot, se redresse...

Il va toucher, il touche au navire en détresse...

Il était temps, le brick se penche à faire peur...

Ils reviennent déjà!... Voilà des gens de cœur!

Qu'ils sont chargés, ils ont de l'eau jusqu'au bordage...

— Combien en avez-vous sauvé ? — Tout l'équipage !

L'Épave \-

— Hurrah! — Vite! jetez une corde... Aidez-nous...

Et, tandis que, joyeux, sautent sur les cailloux Sauveteurs et sauvés, parmi l'écume amére, Le brave enfant Tiennot dit à sa pauvre mère Qui de ses bras brisés, l'entoure en sanglotant :

— Maman, ne gronde pas... Le père est si content!

L'Enfant de la ISalle

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