‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 100 sur 174 · A MADAME D’ARGENTAL · texte numérisé non relu

A MADAME D’ARGENTAL

Le jour de sainte Jeaqne, sa patronne.

Jean fut un saint (si Ton en croit l’histoire De saint Matthieu ) qui buvait l’eau du ciel ,

D’un rocher creux faisait son réfectoire ,

Et tristement soupait avec du miel :

Jeanne au rebours , sainte sans prud’hommie ,

Au sentiment unissait la raison ,

Sans opulence avait bonne maison,

Et de l’esprit était la bonne amie :

On l’adorait, et c’était bien raison.

Or vous, grand saint, mangeur de sauterelle *

Dans vos déserts vivez avec les loups ,

Prêchez, jeûnez , priez ; mais vous , la belle ,

Quand vous voudrez , j’irai souper chez vous.

A M. CLEMENT, de Montpellier,

Qui avait adressé des vers & l'auteur , en l'exhortant à ne pas abandonner la poésie pour la physique.

Un certain chantre abandonnait sa lyre;

Nouveau Kepler, un télescope en main,

Lorgnant le ciel, il prétendait y lire,

Et décider sur ïc vide et le plein :

Un rossignol , du fond d’un bois voisin ,

Interrompit son morne et froid délire ;

Ses doux accents l’éveillèrent soudain,

( A la nature il faut qu’on se soumette)

Et l’astronome entonnant un refrain ,

Reprit sa lyre et brisa sa lunette.

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