‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 171 sur 174 · A M. LE MARQUIS DE SAINT-MARC · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE SAINT-MARC

Sur les vers qu’il lit prononcer lors du couronnement de l’auteur au théâtre français. (19}

Vous daignez couronner, aux jeux de Mclpomène,

D’un vieillard affaibli les efforts impuissants :

Ces lauriers, dont vos mains couvraient mes cheveux blaucs, Etaient nés dans votre domaine.

(ig) NOTICE de ce qui s’est passé à la sixième représentation d'Irène: Extrait du Journal de littérature } du 5 avril 1778. Pau M. he la Harpe.

Le 3o mars 1778, jour de la sixième représentation d’Irène, sera sans contredit le jour le plus mémorable dont on puisse conserver le souvenir dans les fastes de la littérature et du théâtre. M. de Voltaire, qu’une maladie dangereuse, presque au moment de son arrivée , avait

On sait que de son bien tout mortel est jaloux ;

Chacun garde pour soi ce que le ciel lui donne :

Le Parnasse u’a vu que vous Qui sût partager sa couronne.

dérobé aux vœux et à l'empressement de l’académie et du publie, a repris du moins assez de force pour venir jouir des honneurs que l’un et l’autre lui préparaient. Il se rendit d'abord au Louvre. Les portes et les avenues de l’académie étaient assiégées d’une multitude avide de le voir, et il ne passa qu’au travers des battements de mains et des acclamations. L'académie, qui était nombreuse ce jour-là, alla au-devant de lui jusque dans la première salle ; on le fit asseoir à la place du directeur, et quand tous ses confrères lui eurent témoigné la joie qu'ils avaient de le revoir après une si longue absence, M. d'Alembert crut ne pouvoir mieux faire que de lire l'éloge du législateur du goût dans le dernier siècle, à celui qui en a été l'béritier et le soutien dans le nôtre. Après cette lecture, qui fit un extrême plaisir à l'assemblée et à M. de Voltaire, ou lui proposa d'accepter extraordinairement, et par un choix unanime , la place de directeur, qu’on a coutume de tirer au sort , et qui allait être vacante à la fin du trimestre de janvier. Il la reçut avec reconnaissance. Rien de ce qui s'est passé ce jour-là , ne s'élait jamais pratiqué pour personne; et l'académie, qui a voulu déroger à ses lois et à ses usages, s’est honorée elle-même, en oubliant ainsi toutes les règles en faveur d’un homme au-dessus de toute règle comme de toute comparaison.

Ces honneurs u’étaient que le prélude d’un plus grand spectacle, et c’était à la nation d’fyhever ce qu'avait commencé l’académie. On attendait M. de Voltaire à la comédig. Les cours des Tuileries étaient pleines d’une foule innombrable de tout sexe, de tout Age, de toute condition ; du plus loin qu’on aperçut sa voiture , des cris annoncèrent son approche ; les applaudissements redoublèrent quand il descendit soutenu par deux personnes , et peut-être ne peut-on rien imaginer de plus touchant , de plus beau , qu'un pareil moment. Ce vieillard , qui semblait succomber à la fois sous tant d’années et sous tant de gloire, pouvant à peine arriver A travers la foulç enivrée , qui ne pouvait se rassasier du plaisir de le voir ; toute cette multitude , animée du même sentiment , emportée par le même transport, poussant le même cri , et par un mouvenieut bien remarquable, attentive à le protéger contre

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