LA MULE DU PAPE
F rères très-chers, on lit dans Saint Matthieu Qu’un jour le diable emporta le bon Dieu 1 Sur la montagne ; et puis lui dit : Beau sire ,
Vois-tu ces mers, vois-tu ce vaste empire,
L’Ëtat romain de l'un à l'autre bout ?
L’autre reprit , je ne vois rien du tout ;
Votre montagne en vain serait plus haute.
Le diable dit : Mon ami, c’est ta faute.
Mais avec moi veux-tu faire un marché ?
Oui-da, dit Dieu, pourvu que sans péché Honnêtement nous arrangions la chose.
Or voici donc ce que je te propose , ,
Reprit Satan : Tout le monde est à moi ,
Depuis Adam j’en ai la jouissance ;
Je me démets , et tout sera pour toi,
Si tu me veux faire la révérence.
Notre Seigneur ayant un peu rêvé,
Dit au démon que quoiqu’en apparence
* Le jésuite Bouhours se servit de cette expression : JÉstJS-CnniST fut emporté par le diable sur la montagne j c’est ce qui donna lieu il ce noël qui finit ainsi :
Car sans lui saurait-on , don , don ,
Que le diable emporta , la , la ,
Jésus notre bon maître ?