‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 4 sur 174 · LA MULE DU PAPE · texte numérisé non relu

LA MULE DU PAPE

F rères très-chers, on lit dans Saint Matthieu Qu’un jour le diable emporta le bon Dieu 1 Sur la montagne ; et puis lui dit : Beau sire ,

Vois-tu ces mers, vois-tu ce vaste empire,

L’Ëtat romain de l'un à l'autre bout ?

L’autre reprit , je ne vois rien du tout ;

Votre montagne en vain serait plus haute.

Le diable dit : Mon ami, c’est ta faute.

Mais avec moi veux-tu faire un marché ?

Oui-da, dit Dieu, pourvu que sans péché Honnêtement nous arrangions la chose.

Or voici donc ce que je te propose , ,

Reprit Satan : Tout le monde est à moi ,

Depuis Adam j’en ai la jouissance ;

Je me démets , et tout sera pour toi,

Si tu me veux faire la révérence.

Notre Seigneur ayant un peu rêvé,

Dit au démon que quoiqu’en apparence

* Le jésuite Bouhours se servit de cette expression : JÉstJS-CnniST fut emporté par le diable sur la montagne j c’est ce qui donna lieu il ce noël qui finit ainsi :

Car sans lui saurait-on , don , don ,

Que le diable emporta , la , la ,

Jésus notre bon maître ?

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