‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 83 sur 174 · LES DEUX AMOURS · texte numérisé non relu

LES DEUX AMOURS

A madame la marquise du Châtelet.

Certain enfant qu’avec crainte on caresse,

Et qu'on connaît à son malin souris,

Court en tous lieux précédé par les ris ,

Mais trop souvent suivi de la tristesse ;

Dans les cœurs des humains il entre avec souplesse, Habite avec fierté, s’envole avec mépris.

11 est un autre Amour, fils craintif de l’estime,

Soumis dans ses chagrins, constant dans scs désirs, Que la vertu soutient , que la candeur anime,

Qui résiste aux rigueurs et croît par les plaisirs.

De cet Amour le flambeau peut paraître Moins éclatant; mais ses feux sont plus doux : Voilà le Dieu que mon coeur veut pour maître,

Et je ne veux le servir que pour vous.

A LA MÊME

Lorsqoe Linus chatjtc si tendrement,

Crois-tu que l’Amour seul l’anime ?

Non, il sait l’art d'exprimer dans son chant Plus d’amour que son cœur n’eu sent;

Et j’en sens plus qu'il n’en exprime.

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