A MADAME LA MARQUISE DE B
On ne peut foire ton portrait :
Folâtre et sérieuse, agaçante et sévère,
Prudente avec l’air indiscret,
Vertueuse, coquette, à toi-même contraire :
La ressemblance échappe en rendant chaque trait.
Si l'on te peint constante , on t’aperçoit légère ;
Ce n’est jamais toi qu’on a fait.
Fidèle au sentiment avec des goûts volages,
Tous les cœurs à ton char s’enchaînent tour à tour.
Tu plais aux libertins, tu captives les sages,
Tu domtes les plus fiers courages,'
Tu fais l’office de l’Amour.
On croit voir cet enfant en te voyant paraître ;
Sa jeunesse, ses traits, son art,
Ses plaisirs, ses erreurs, sa malice peut-être :
Serais-tu ce Dieu par hasard?
Sur ce que l'auteur occupait à Sceaux la chambre de M. de Saint-Aulaire , que madame la duchesse du Maine appelait son berger. •
J’ai la chambre de Saint-Aulaire Sans eu avoir les agréments;
Peut-être à quatre-vingt-dix ans ( 10 )
J’aurai le cœur de sa bergère :
11 faut tout attendre du temps,
Et surtout du désir de plaire.
(10) M. de Saint-Aulaire avait fait, à 95 ans, de jolis vers pour madame la duchesse du Maine.
28a POÉSIES MÊLÉES.