A MADAME LA MARQUISE DE B
On ne peut faire ton portrait :
Folâtre et sérieuse , agaçante et sévère ,
Prudente avec l'air, indiscret.
Vertueuse, coquette, à toi-même contraire :
POÉSIE-S MÊLÉES. a8l
La ressemblance échappe en rendant chaque trait. Si Ton te peint constante , on t'aperçoit légère ;
Ce n'est jamais toi qu'on a fait.
Fidèle au sentiment avec des goûts volages, Tous les cœurs à ton char s'enchaînent tour à tour. Tu plais aux libertins , tu captives les sages ,
Tu domtes les plus fiers courages ,*
Tu fais l'office de l'Amour.
On croit voir cet enfant en te voyant paraître ;
Sa jeunesse, ses traits, son art, Ses plaisirs, ses erreurs, sa malice peut-être :
Serais-tu ce Dieu par hasard?
Sur ce que l'auteur occupait à Sceaux la chambre de M. de Saint-Aulaire , que madame la duchesse du Maine appelait son berger. '
J'ai la chambre de Saint-Aulaire '
Sans en avoir les agréments;
Peut-être à quatre-vingt-dix ans ( i o)
J'aurai le cœur de sa bergère :
Il faut tout attendre du temps ,
Et surtout du désir de plaire.
(10) M. de Saint-Aulaire avait fait, à o,5 ans, dé jolis vers pou* madame la duchesse du Maine.
a8a poésies atLÉEt.