‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 14 sur 175 · AKOLAN, OU LB BÉNÉFICIER · texte numérisé non relu

AKOLAN, OU LB BÉNÉFICIER

De n'en voir jamais qu'à la grille , Et de vivre très chastement.

Le beau jeune homme étourdiment , Pour avoir dés biens de l'Eglise f Conclut cet accord imprudent, Sans penser faire une sottise.

Monsieur l'iman fut enchanté De l'éclat de sa dignité , Et même encor de la finance Dont il se vît d'abord payé , Par un receveur d'importance , Qui la partageait par moitié.

Tant d'honneur et tant d'opulence frétaient rien sans un peu d'amour.

Tpus les matins au point du jour.

Le jeune Àzolan tout en flamme , Et par son serment empêché , Se dit dans le fond de son âme , Qu'il a fait un mauvais marché.

Il rencontre la belle Aminé , Aux yeux charmants, au teint fleuri ; Il l'adore , il en est chéri»

Adieu la Mecque > adieu Médine , Adieu l'éclat d'un vain honneur, Et tout ce pompeux esclavage ; La seule Aminé aura mon cœur ; Soyons heureux dans mon village.

L'archange aussitôt descendit Pour lui reprocher sa faiblesse.

Le tendre,amant lui répondit :

Voyez seulement ma maîtresse ; Vous vous êtes moqué de moi , 4

68 AZOLÀNj OU LE BÉNÉFICIER.

Notre marché fait mon supplice; Je ne yeux qu'Aminé et sa foi , Reprenez votre bénéfice.

Du bon prophète Mahomet J'adore à jamais la prudence ; Aux élus l'amour il permet ; Il fait bien plus , il leur promet Des Aminés pour récompense.

Aîlez , mon très cher Gabriel , J'aurai toujours pour vous du zèle ; Vous pouvez retourner au ciel ; Je n'y veux pas aller sans elle.

Page 1