‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 2 sur 142 · LE CADENAS · texte numérisé non relu

LE CADENAS

Proserpina reçut ce triste don.

Ou m’a coûté qu’essayant son ouvrage Le cruel dieu fut ému de pitié ,

Qu’avec tendresse il dit à sa moitié ,

Que je vous plains ! vous allezvètre sage.

Or ce secret aux enfers inventé Chez les humains tôt après fut porté ;

Et depuis ce , dans Venise et dans Rome ,

Il n’est pédant, bourgeois , ni gentilhomme , pour garder l’honneur de sa maison , De cadenas n’ait sa provision ;

Là tout jaloux, sans craindre qu'on le blâme , Tient sous la clef la vertu de sa femme.

Or votre époux dans Rome a fréquenté :

Chez les méchants on se gâte sans peine ;

Et le galant vit fort à la romaine.

Mais son trésor est-il en sûreté?

A ses projets l'Amour sera funeste;

Ce dieu charmant sera notre vengeur :

Car vous m’aimez; et quand on a le cœur De femme honnête , on a bientôt le reste.

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