Contes et Apologues Indiens. Tome Second
11 y avait jadis deux hommes qui cultivaient ensemble des cannes à sucre. L’un des deux se dit en lui-meme : « Les cannes à sucre sont extrêmement douces; si j’en pressais une certaine quantité et qu’avec leur jus j’arrosasse les autres cannes qui sont sur pied , ces dernières acquerraient
CONTES
infailliblement une bonté extraordinaire ,
et je l’emporterais sur mon rival. »
Il écrasa donc des cannes à sucre et
en prit le jus pour arroser les autres cannes,
dans l’espoir de communiquer à celles-ci
une saveur délicieuse. Mais il fil périr
tous ses plants , et perdit en outre le jus
de cannes dont il les avait arrosés.
Telle est la conduite des hommes du
siècle. Dans le désir d’obtenir le bonheur que procure la pratique du bien, ils abusent de leur puissance pour opprimer le petit peuple, et arrachent violemment les richesses et les biens de leurs subordonnés pour les employer en bonnes œuvres. Ils espèrent par là recueillir des fruits de vertu; , ils ne savent pas qu’un jour à venir,' ils ne recueilleront que le malheur, semblables
BT apologues indiens.
en cela à celui qui pressa des cannes à sucre, et perdit deux choses à la fois.
( Elirait du Li-vre des cent comparaitons, Pe-jrv~king, I” partie,)