‹ Contes et discours d'Eutrapel, de Noël du FailChapitre 18 sur 39 · DE LA MOQUERIE. I · texte numérisé non relu

DE LA MOQUERIE. I

duquel Ton ne mesdist onc) qu'on ne se puisse ou doive se moquer de vous, pour estre tous vous autres enchainez et garrotez en une certaine seigneurie, bien souvent imaginaire et fausse, par laquelle, en vostre privé et à part, vous jugez (par certaines tranchées de Sainct Mathurin, qui vous escorchent l'entendement) la jeunesse inexpérimentée et de nul savoir. Plutarque, en Lucullus, trouvoit le commandement aux jeunes d'avoir l'œil sur les fautes des vieux, pour après les accuser, subtil et finement pardonné, et où les bien clair-voyans n'eussent deviné la brèche. Car, si nous sommes ministres et dispensateurs des loix, pour les rendre au peuple, à sa nécessité, sous l'authorité du souverain magistrat, acquerans par une longue suitte d'années le rang aux superbes et ambitieuses places, ne se peut croire, d'autant que nous sommes tous hommes, c'est à dire pécheurs, que nous ne soyons quelquefois poincts et eguillonnez par mots bien dits, sentences mieux rencontrées et mocqueries sagement couchées, joinctes aux personnes, aux saisons, et qui servent beaucoup à la façon et rallement de nostre vie, exceptant en cecy une sorte de gens qui ont les mains longues : que si vous en dictes bien, vous mentez; si mal, vous en repentez; mais non tous. Ains en ont les plus

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sages empereurs premier ris de ce que Ton disoit contre eux, et qu'en une grand' ville franche, il convenoit aussi les paroles estre libres; et de mesmes chassant aussi de bien loing ces moqueries piquantes, cousines de l'amour de nous mesmes, de la jalousie et de l'envie, où nous voyons de grandes peines avoir esté establies. Comme, en Genèse, de Cam, qui se mocquade son père Noé, et auquel et à sa postérité, qui sont les gens du tiers estât, fut jette une malédiction perpétuelle de servir à jamais les deux autres ordres de gens ; les jeunes gens qui se mocquerent .du prophète Elisée; et David juge celuy estre heureux qui ne s'est point assis au banc des moqueurs. Car, si ce jeune marchant qui si vivement attacha et se moqua d'Octavius, des princes de son temps le meilleur, en eut autant dit à Néron ou Galba, son procès estoit fait. Ce pauvre gars vint à Rome pour trafiquer. Octavius, entendant qu'il luy ressembloit en tout et par tout, le fit appeller, luy demandant si autrefois sa mère estoit venue à Rome. Respondit que non, fort accortement, comme il estoit gaillard et aconché, trop bien son père y estre diverses fois venu marchander. Ce fut à l'empereur dire qu'il en avoit d'une, et que trop enquerre n'est pas bon; se rcstraindre, et songer que les grans, qui sont

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