‹ Contes et facétiesChapitre 12 sur 69 · M. H IN UT IN · texte numérisé non relu

M. H IN UT IN

Je sais que vous ne vous encanaillez pas; je ne me plains pas des gens que vous voyez : ce n'est que la façon de les voir.

M. BORDEREAU

Oh ! c'est autre chose.

MADAME MINUTIN.

Qu'a donc de répréhcnsible ma manière d'agir?

M. MINUTIN.

Comptez-vous pour rien d'aller scandaleusement aux spectacles et aux promenades, avec des mousquetaires et des abbés?

M. BORDEREAU

Celui-là est un peu fort.

M. MINUTIN.

Paraître en public, avec des gens de cette espèce, :'est vouloir se décrier à plaisir; et nous sommes solidaires en réputation.

M. BORDEREAU

11 a raison.

M. MINUTIN.

Voyez-les au logis, madame, voyez-les au logis.

M. BORDEREAU

Il y a encore quelque chose à dire à cela ; mais îela viendra avec le temps. Avcz-vous encore quelque mose sur l'estomac?

M. MINUTIN.

Monsieur Bordereau, vous êtes mon ami ?

M. BORDEREAU

Touchez là.

M. MINUTIN.

IJ faut donc vous ouvrir mon cœur. Je ne suis rien moins que jaloux; mais je suis ruiné. J'en impose encore au public par un faste éblouissant; mais, dans peu, on me verra donner du nez en terre.

M. BORDEREAU

Eh bien, mon ami, nous vous soutiendrons.

M. MINUTIN.

Je n'aurais pas tout à fait besoin du secours de mes amis, si madame Minutin voulait associer sa pratique à la mienne.

M. BORDEREAU

Ah ! ah ! est-ce qu'on passe aussi des actes pardevant madame ?

MADAME MINUTIN.

Que voulez-vous dire?

M. MINUTIN.

Vous m'entendez : votre pension ne peut suffire pour vos plaisirs et vos habits; il faut bien qu'il vous vienne de l'argent de quelque autre part.

MADAME MINUTIN.

Mais je gagne beaucoup au jeu.

M. BORDEREAU

Cela se peut sans miracle.

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