‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 17 sur 144 · PREFACE DE LA SECOADE EDITION · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA SECOADE EDITION

au temps, et aux personnes qu'on entretient. Ce principr une fois posé, ce n'est pas une faute de jugement, que d'entretenir les gens d'aujourd'hui de Contes un peu libres. Je ne pèche pas non plus en cela contre la morale. S'il y a quelque chose dans nos écrits qui puisse faire impression sur les âmes, ce n'est nullement la gaieté de ces Contes ; elle passe légèrement : je crain drais plutôt une douce mélancolie , où les romans les plus chastes et les plus modestes sont très-capables de nous plonger, et qui est une grande préparation pour l'amour. Quant à la seconde objection, par laquelle on me reproche que ce Livre fait tort aux femmes , on auroit raison si je parfois sérieusement; mais qui ne voit que ceci est jeu, et, par conséquent, ne peut porter coup? Il ne faut pas avoir peur que les mariages en soient à l'avenir moins fréquents, et les maris plus fort sur leur garde. On me peut encore objecter que ces Contes ne sont pas fondés, ou qu'ils ont partout un fondement aisé à détruire ; enfin, qu'il y a des absurdités, et pas la moindre teinture de vraisemblance. Je réponds en peu de mots que j'ai mes garants; et puis ce n'est ni le vrai, ni le vraisemblable, qui font la beauté et la grâce de ces chosesci, c'est seulement la manière de les conter.

Voilà les principaux points sur quoi j'ai cru être obligé de me défendre. J'abandonne le reste aux censeurs : aussi bien , seroit-ce une entreprise infinie , que de prétendre répondre à tout. Jamais la critique ne demeure court, ni ne manque de sujets de s'exercer : quand ceux que je puis prévoir lui seroient ôtés, elle eu auroit bientôt trouvé d'autres.

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