V. LE SAVETIER
Un savetier , que nous nommerons Biaise , Prit belle femme, et fut très-avisé.
1 Dans les deux preriiières éditions , celte nouvelle est intitulée : Conte d'une chose arrivée à C, et dans la troisième, le Ci.
Les bonnes gens , qui n'étoient à leur aise , S'en vont prier un marchand peu rusé Qu'il leur prêtât, dessous bonne promesse, Mi-muid de grain; ce que le marchand fait. Le terme échu, ce créancier les presse, Dieu sait pourquoi : le galant, en effet, Crut que par là baiseroit la commère, s Vous avez trop de quoi me satisfaire , Ce lui dit-il, et sans débourser rien : Accordez-moi ce que vous savez bien.
— Je songerai, répond-elle, à la chose, d Puis, vient trouver Biaise tout aussitôt, L'avertissant de ce qu'on lui propose.
Biaise lui dit : « Parbleu! femme, il nous faut, Sans coup férir, rattraper cette somme.
Tout de ce pas, allez dire à notre homme Qu'il peut venir, et que je n'y suis point. Je veux ici me cacher tout à point.
Avant le coup , demandez la cédule ; De la donner, je ne crois qu'il recule; Puis tousserez, afin de m' avertir, Mais haut et clair , et plutôt deux fois qu'une. Lors , de mon coin , vous me verrez sortir Incontinent, de crainte de fortune. •»
Ainsi fut dit, ainsi s'exécuta,
Dont le mari puis après se vanta ;
Si ' que chacun glosoit sur ce mystère.
a Mieux eût valu tousser après l'affaire,
Dit à la belle un des plus gros bourgeois ;
Vous eussiez eu votre compte tous trois.
est remplacé par Château-Thierry. C'est un fait véritable arrive* dans cette ville , qu'habitait La Fontaine , qui a composé , en outre, sur le même sujet, un ballet intitulé les Rieurs de Beau- Richard.
1 Si bien que