‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 43 sur 144 · A FEMME AVARE GALANT ESCROC · texte numérisé non relu

A FEMME AVARE GALANT ESCROC

Je l'ai jà dit, rien n'y font les soupirs : Celui-là parle une langue barbare , Qui l'or en main n'explique ses désirs. Le jeu, la jupe, et l'amour des plaisirs, Sont les ressorts que Cupidon emploie : De leur boutique, il sort, chez les François, Plus de cocus , que du cheval de Troie Il ne sortit de héros autrefois.

Pour revenir à l'humeur de la belle , Le compagnon ne put rien tirer d'elle, Qu'il ne parlât. Chacun sait ce que c'est Que de parler; le lecteur, s'il lui plaît, Me permettra de dire ainsi la chose.

Gulphar donc parle, et si bien, qu'il propose Deux cents écus. La belle l'écouta; Et Gasparin à Gulphar les prêta (Ce fut le bon), puis aux champs s'en alla, Ne soupçonnant aucunement sa femme.

Gulphar les donne en présence de gens.

« Voilà , dit-il , deux cents écus comptants , Qu'à votre époux vous donnerez, madame? » La belle crut qu'il avoit dit cela Par politique, et pour jouer son rôle.

Le lendemain elle le régala Tout de son mieux , en femme de parole. Le drôle en prit, ce jour et les suivants, Pour son argent, et même avec usure.

A bon payeur on fait bonne mesure.

Quand Gasparin fut de retour des champs , Gulphar lui dit, son épouse présente : a J'ai votre argent à madame rendu, N'en ayant eu pour une affaire urgente Aucun besoin, comme je l'avois cru :

Déchargez-en votre livre , de grâce. »

A ce propos , aussi froide que glace , Notre galande avoua le reçu.

Qu'eût-elle fait? On eût prouvé la chose. Son regret fut d'avoir enflé la dose De ses faveurs : c'est ce qui la fàchoit. Voyez un peu la perte que c'étoit!

En la quittant , Gulphar alla tout droit Conter ce cas , le corner par la ville , Le publier, le prêcher sur les toits.

De l'en blâmer il seroit inutile :

Ainsi vit-on chez nous autres François.

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