‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 45 sur 144 · ON NE S'AVISE JAMAIS DE TOUT · texte numérisé non relu

ON NE S'AVISE JAMAIS DE TOUT

Un jour de fête , arrive que la dame ,

En revenant de l'église , passa

Près d'un logis d'où quelqu'un lui jeta

Fort à propos plein un panier d'ordure.

On s'excusa. La pauvre créature,

Toute vilaine *, entra dans le logis.

Il lui fallut dépouiller ses habits.

Elle envoya quérir une autre jupe,

Dès en entrant, par cette douagna2,

Qui hors d'haleine à monsieur raconta

Tout l'accident. « Foin! dit-il, celui-là

N'est dans mon livre, et je suis pris pour dupe :

Que le recueil au diable soit donné ! »

Il disoit bien; car on n'avoit jeté

Cette immondice , et la dame gâté ,

Qu'afin qu'elle eût quelque valable excuse

Pour éloigner son dragon quelque temps.

Un sien galant , ami de là-dedans ,

Tout aussitôt profita de la ruse.

Nous avons beau sur ce sexe avoir l'œil : Ce n'est coup sûr encontre tous esclandres. Maris jaloux, brûlez votre recueil, Sur ma parole, et faites-en des cendres.

1 Souillée, salie.

2 Duègne ; c'e.st le mot espagnol un peu défiguré.

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