ON NE S'AVISE JAMAIS DE TOUT
Un jour de fête , arrive que la dame ,
En revenant de l'église , passa
Près d'un logis d'où quelqu'un lui jeta
Fort à propos plein un panier d'ordure.
On s'excusa. La pauvre créature,
Toute vilaine *, entra dans le logis.
Il lui fallut dépouiller ses habits.
Elle envoya quérir une autre jupe,
Dès en entrant, par cette douagna2,
Qui hors d'haleine à monsieur raconta
Tout l'accident. « Foin! dit-il, celui-là
N'est dans mon livre, et je suis pris pour dupe :
Que le recueil au diable soit donné ! »
Il disoit bien; car on n'avoit jeté
Cette immondice , et la dame gâté ,
Qu'afin qu'elle eût quelque valable excuse
Pour éloigner son dragon quelque temps.
Un sien galant , ami de là-dedans ,
Tout aussitôt profita de la ruse.
Nous avons beau sur ce sexe avoir l'œil : Ce n'est coup sûr encontre tous esclandres. Maris jaloux, brûlez votre recueil, Sur ma parole, et faites-en des cendres.
1 Souillée, salie.
2 Duègne ; c'e.st le mot espagnol un peu défiguré.