‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 48 sur 144 · L'ANNEAU D'HANS CARVEL · texte numérisé non relu

L'ANNEAU D'HANS CARVEL

Car l'un sans l'autre ne va guère.

Babeau (c'est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat) Fut du bon poil, ardente et belle, Et propre à l'amoureux combat.

Carvel, craignant de sa nature Le cocuage et les railleurs , Alléguoit à la créature Et la Légende l et l'Ecriture , Et tous les livres les meilleurs ; Blâmoit les visites secrètes ; Frondoit l'attirail des coquettes, Et contre un monde de recettes Et de moyens de plaire aux yeux , Invectivoit tout de son mieux. A tous ces discours la galande Ne s'arrêtoit aucunement, Et de sermons n'étoit friande, A moins qu'ils fussent d'un amant.

Cela faisoit que le bon sire Ne savoit tantôt plus qu'y dire :

Eût voulu souvent être mort.

11 eut pourtant, dans son martyre, Quelques moments de réconfort :

L'histoire en est très-véritable.

Une nuit qu'ayant tenu table , Et bu force bon vin nouveau, Carvel ronfloit près de Babeau , 11 lui fit avis que le diable Lui mettoit au doigt un anneau ; Qu'il lui disoit : « Je sais la peine Qui te tourmente et qui te gêne, Carvel, j'ai pitié de ton cas :

1 La légende dorée de Jacques de Voragine : Legenda aurea sive flores sanctorum.

Tiens cette bague , et ne la lâches ; Car, tandis qu'au doigt tu l'auras, Ce que tu crains , point ne seras , Point ne seras, sans que le saches.

— Trop ne puis vous remercier, Dit Carvel ; la faveur est grande :

Monsieur Satan, Dieu vous le rende!

Grand merci, monsieur l'aumônier1 ! »

Là-dessus, achevant son somme, Et les yeux encore aggravés 2, Il se trouva que le bon homme Avoit le doigt où vous savez.

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