‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 70 sur 144 · XII. L'AMOUR MOUILLE · texte numérisé non relu

XII. L'AMOUR MOUILLE

IMITATION d'aNACREON 2.

J'étois couché mollement, Et, contre mon ordinaire, Je dormois tranquillement,

1 Od. xxvn et xxviii. Dans les éditions données par Walcko naer, cette petite pièce est intitulée : Portrait d'Iris. — 2 Od. m.

Quand un enfant s'en vint faire A ma porte quelque bruit.

Il pleuvoit fort cette nuit :

Le vent, le froid et l'orage Contre l'enfant faisoient rage.

« Ouvrez, dit-il, je suis nu. »

Moi , charitable et bonhomme , J'ouvre au pauvre morfondu , Et m'enquiers comme il se nomme.

« Je te le dirai tantôt , Repartit-il, car il faut Qu'auparavant je m'essuie. »

J'allume aussitôt du feu.

Il regarde si la pluie N'a point gale quelque peu Un arc dont je me méfie.

Je m'approche toutefois , Et de l'enfant prends les doigts, Les réchauffe ; et dans moi-même Je dis : « Pourquoi craindre tant?

Que peut-il? C'est un enfant :

Ma couardise est extrême D'avoir eu le moindre effroi; Que seroit-ce si chez moi J'avois reçu Polyphème? »

L'enfant, d'un air enjoué, Ayant un peu secoué Les pièces de son armure Et sa blonde chevelure , Prend un trait, un trait vainqueur, Qu'il me lance au fond du cœur.

« Voilà, dit-il, pour ta peine.

Souviens-toi bien de Climène, Et de l'Amour, c'est mon nom.

— Ah! je vous connois, lui dis-je, Ingrat et cruel garçon!

Faut-il que qui vous oblige

Soit traité de la façon ! »

Amour fit une gambade ;

Et le petit scélérat

Me dit : « Pauvre camarade ,

Mon arc est en bon état ,

Mais ton cœur est bien malade.

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