‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 52 sur 93 · TT — = ■ ■— -T · texte numérisé non relu

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Quand il arrive ; ainfi tu ne vends pas , Comme tu veux , tes herbes , ta denrée ,

Tes choux , tes aulx , enfin tout ton tracas.

Ta femme étant Jument forte ôc membrue,

Ira plus vite , & fi-tôt que chez toi Elle fera du marché revenue ;

Sans pain ni foupe , un peu d’herbe menue Lui fuffira. Pierre dit: fur ma foi,

Mefiire Jean , vous êtes un fage homme.

Voyez que c’eft d’avoir étudié !

Vend-on cela? fi j’avois grofle fomme ,

Je vous l’aurois parbieu bientôt payé.

Jean pourfuivit : or çà je t’apprendrai Les mots , la guife , & toute la maniéré Par où Jument bien-faite & poulinière Auras de jour , belle femme de nuit.

Corps, tête , jambe, & tout ce qui s’enfuit Lui reviendra : tu n’as qu’à me voir faire. Tais-toi fur-tout ; car un mot feulement Nous gâteroit tout notre enchantement:

Nous ne pourrions revenir au Myftere,

De notre vie : encore un coup motus ;

Bouche coufue : ouvre les yeux fans plus: Toi-même après pratiqueras la chofe.

Pierre promet de fe taire , & Jean dit :

Sus , Madeleine , il fe faut , &c pour caufe , Dépouiller nue & quitter cet habit :

Dégrafez-moi cet atour des Dimanches :

Fort bien. Otez ce corfet <3c cçs manches :

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tyo LA JUMENT

Encor mieux. Défaites ce jupon :

Très-bien cela. Quand vint à la chemife,

La pauvre Epoufe eut en quelque façon De la pudeur. Etre nue ainfi mife Aux yeux des gens ! Madeleine aimoit mieux Demeurer femme , &c juroit fes grands Dieux De ne fouffrir une telle vergogne.

Pierre lui dit : voilà grande befogne !

Et bien , tous deux nous fçaurons comme quoi Vous êtes faite : eft-ce , par votre foi ,

De quoi tant craindre? Eh là , là, Madeleine , Vous n’avez pas toujours eu tant de peine A tout ôter : comment donc faites-vous ,

Quand vous cherchez vos puces? dites-nous, Meffire Jean eft-ce quelqu’un d’étrange?

Que craignez-vous? hé quoi ? qu’il ne vous mange? Çà dépêchons ; c’eft par trop marchandé.

Depuis le tems Monfieur notre Curé Auroit déjà parfait fon entreprife.

Difant ces mots, il ôte la chemife.

Regarde faire , <3c fes lunettes prend.

Mefllre Jean parle nombril commence,

Pofe deftiis une main en difant,

Que ceci foit beau poitrail de jument.

Puis cette main dans le pays s’avance.

L’autre s’en va transformer ces deux monts Qu’en nos climats les gens nomment tétons; Car quant à ceux qui, fur l’autre hémifphere. Sont étendus; plus vaftes en leur tour.

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Par révérence 011 ne les nomme guere; Meffire Jean leur fait auffi fa cour,

Difant toujours pour la cérémonie ,

Que ceci foit telle ou telle partie ,

Ou belle croupe , ou beaux flancs , tout enfin. Tant de façons mettoient Pierre en chagrin; Et ne voyant nul progrès à la chofe ,

Il prioit Dieu pour la métamorphofe ;

C’étoit en vain ; car de l’enchantement Toute la force & l’accompliffement Giffoit à mettre une queue à la bête :

Tel ornement efl chofe fort honnête.

Jean ne voulant un tel point oublier L’attache donc : lors Pierre de crier ,

Si haut qu’on l’eût entendu d’une lieue: Meffire Jean, je n’y veux point de queue; Vous l’attachez trop bas , Meffire Jean.

Pierre à crier ne fut fi diligent.

Que bonne part de la cérémonie Ne fût déjà par le Prêtre accomplie.

A bonne fin le refie auroit été ,

Si, non content d’avoir déjà parlé ,

Pierre encor n’eut tiré par la foutane'

Le Curé Jean , qui lui dit : foin de toi. T’avois-je pas recommandé , gros âne ,

De ne rien dire , Sc de demeurer coi ?

Tout efl gâté : ne t’en prends qu’à toi-même. Pendant ces mots l’Epoux gronde à part foi. Madeleine efl en un courroux extrême ,

I71 JUMENT, &c.

Querelle Pierre &: lui dit : malheureux.

Tu ne feras qu’un miférable gueux Toute ta vie ; & puis viens-t-en me braire ; Viens me conter ta faim & ta douleur Voyez un peu: Monfieur notre Pafteur Veut, de fa grâce , à ce traîne-malheur Montrer de quoi finir notre mifere :

Mérite-t-il le bien qu’on lui veut faire ? Melfire Jean, laiffons-là cet oifon :

Tous les matins, tandis que ce veau lie Ses choux , fes aulx , fes herbes , fon oignon , Sans l’avertir , venez à la maifon ;

Vous me rendrez une Jument polie.

Pierre reprit: plus de Jument , m’amie;

Je fuis çontent de n’avoir qu’un grifon.

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XJET^ JLTTWJETJCJE1S.

J ’A v o i s juré de laifîer-là les Nonnes :

Car que toujours on voie en mes écrits Même fujet, &: femblables perfonnes ,

Cela pourroit fatiguer les efprits.

Ma mufe met guimpe fur le tapis :

Et puis quoi ? guimpe ; & puis guimpe fans ceffe ; Bref toujours guimpe, & guimpe fous lapreffe: C’eft un peu trop. Je veux que les Nonnains Falfent les tours en amour les plus fins ;

Si ne faut-il pour cela qu’on épuife Tout le fujet : le moyen? c’eft un fait Par trop fréquent; je n’aurois jamais fait:

Il n’eft greffier dont la plume y fuffife.

Si j’y tâchois , on pourroit foupçonner Que quelque cas m’y feroit retourner ;

Tant fur ce point mes vers font de rechutes : Toujours fouvient à Robin de fes flûtes.

Or apportons à cela quelque fin :

Je le prétends, cette tâche ici faite.

Jadis s’étoit introduit un blondin Chez des Nonnains , à titre de fillette.

Il n’avoit pas quinze ans que tout ne fût :

Dont le galant pafla pour fœur Colette, Auparavant que la barbe lui crût.

Cet entre-tems ne fut fans fruit ; le Sire L’employa bien : Agnès en profita.

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